La journaliste du mois : Keletso Thobega

parNaomi Ludlow
6 janv 2021 dans Journaliste du mois
Keletso Thobega

La journaliste Keletso Thobega ne fait pas que captiver le public avec ses reportages. Son objectif, c'est raconter des histoires qui vont changer la vie des lecteurs.

Mme Thobega a grandi dans un petit bidonville du Botswana. Confrontée jeune aux politiques discriminatoires mises en place dans les domaines de la pauvreté et de l'égalité femmes-hommes dans son pays, elle a toujours su qu'elle voulait devenir journaliste. Ce métier lui permettrait de donner à ses concitoyens un regard critique sur ces politiques et ceux qui les mettent en place.

"En tant que journaliste j'ai la possibilité d'avoir une grande influence, en rectifiant les récits qu'on entend dans notre société, en contribuant au changement de politique. Cela a des effets sur la vie quotidienne de tout un chacun", explique-t-elle.

Cette mission l'anime encore aujourd'hui. Cette année, par exemple, elle a couvert l'instauration d'une nouvelle législation au Botswana permettant aux femmes d'être propriétaires de terres.

        [Lire aussi : Journaliste du mois : Mariana Verbovska]

Aujourd'hui, Mme Thobega s'intéresse particulièrement aux violences motivées par le genre, une problématique qui fait perdurer les inégalités dans son pays. Elle s'est spécialisée dans ce domaine après avoir avoir couvert les enquêtes criminelles au début de sa carrière, traitant les cas de viol ou de vol, entre autres.

Plus de 67 % des femmes au Botswana sont victimes de violences dues au genre. C'est plus du double de la moyenne mondiale. Après de nombreux entretiens avec des femmes et des périodes de recherche, Mme Thobega s'est rendue compte que les violences basées sur le genre ne cessaient d’augmenter dans le pays, malgré une plus grande proportion de femmes occupant des positions de pouvoir.

Le mois dernier, Mme Thobega a couvert la mise en place de nouveaux tribunaux spécialisés dans les violences sexistes, qui n'ont fait qu'empirer durant les confinements liés au COVID-19. "On fait partie de la communauté à laquelle les reportages s'adressent. Il faut regarder le sujet ainsi : 'Quel impact cela a-t-il pour moi aussi ?'", dit-elle.

Keletso Thobega
Photo de Keletso Thobega.

 

Mme Thobega s'est lancée dans le journalisme en 2013 au sein du Botswana Guardian, l'un des plus vieux journaux du pays. Elle avait un rôle de l'ombre en tant que secrétaire de rédaction. Elle se plaisait dans ce métier jusqu'à ce qu'un de ses mentors ne l'encourage à travailler en tant que reporter. "Une fois lancée, impossible de revenir en arrière", se souvient-elle.

Elle a ensuite travaillé pour le Midweek Sun, un tabloïd détenu par le Botswana Guardian, au sein de la rubrique Arts et Culture. C'est là que sa passion pour les histoires à impact s'est développée, à travers des reportages de fond au sujet des artistes et leur travail.

Grâce à une annonce qu'elle a trouvée sur IJNet, Mme Thobega a reçu le premier prix de la Fondation Merck pour son reportage sur le COVID-19 et ses conséquences sur sa communauté. Grâce à ce reportage, elle a pu révéler des problématiques qui étaient ignorées ou sous-traitées au niveau mondial.

Elle est ensuite devenue lauréate de la Fondation Thomson Reuters, un accompagnement dont elle bénéficie encore aujourd'hui, grâce à une deuxième annonce trouvée sur IJNet. Elle a ainsi pu voyager à Rome pour étudier les enjeux liant agriculture et finance.

 

Keletso Thobega
Photo de Keletso Thobega.

 

Même si Mme Thobega aime produire des reportages, cela n'a pas toujours été facile. En tant que femme, dans ce milieu, elle a été confrontée à des actions de "sabotage, d'intimidation et d'humiliation", notamment au début de sa carrière. Elle a également été sujette à l'anxiété et au stress lors de reportages traumatisants où elle a dû couvrir des meurtres rituels ou des cas de fraude foncière.

[Lire aussi : Conseils pour se remettre après avoir travaillé sur des sujets traumatisants]

Pour se préserver, Mme Thobega a appris à lâcher prise. Pour se déconnecter, elle lit, passe la journée au spa ou se rend à l'église. Son mantra ? "Je ne suis pas là pour sauver tout le monde. Faire de mon mieux suffit." Elle fait son travail de passeuse d'histoires et cherche ainsi à avoir le plus d'impact possible.

À l'avenir, Mme Thobega veut continuer à développer sa carrière, notamment en diversifiant les médias avec lesquels elle travaille. Elle aimerait, par exemple, se lancer dans le reportage multimédia.

Voici ses quelques conseils aux journalistes en devenir :

  • Soyez intelligemment curieux
  • Comprenez les enjeux d'un sujet
  • Soyez passionnés
  • Soyez ouverts au changement
  • Pensez "solutions"
  • Rien ne vaut la pratique

Naomi Ludlow est stagiaire chez IJNet.

Images fournies par Keletso Thobega.