La journaliste du mois : Mariana Verbovska

parNaomi Ludlow
9 déc 2020 dans Journaliste du mois
Mariana Verbovska

Mariana Verbovska a grandi en Ukraine et n'a pas eu d'autre choix que de comprendre pleinement le territoire qui l'entourait. L'Ukraine est composée de 57 % de terres arables et l'agriculture représente une grande partie de l'économie ukrainienne. Cette dépendance à la terre a permis à Mme Verbovska d'être plus attentive aux mutations qui pourraient l'affecter, comme le changement climatique.

"Le changement climatique concerne tout le monde", déclare Mme Verbovska. "Ce n'est pas une question de savoir si vous y croyez ou non. C'est un fait."

Son intérêt pour l'environnement, en plus de sa passion innée pour l'écriture, ont conduit Mme Verbovska vers une carrière de journaliste spécialiste du reportage sur le changement climatique.

"Peu de journalistes veulent écrire sur le climat car ce n'est pas aussi ‘sexy’ que la corruption politique ou d'autres sujets du genre", dit-elle. Mais cela ne l'a pas arrêtée.

Mme Verbovska a étudié le journalisme à l'Université nationale Ivan Franko de Lviv. Durant les mois d'été, elle a effectué différents stages dans des médias où des journalistes plus expérimentés l'ont aidée à développer ses compétences de reporter multimédia. Au cours de ces stages, elle a assisté à des conférences de presse, réalisé des interviews et écrit des articles sur l'environnement, notamment l'exploitation forestière illégale ou les problématiques autour des récoltes, entre autres.

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Ces expériences professionnelles ont été cruciales pour Mme Verbovska. Elles l'ont aidée à sortir de sa coquille en tant que reporter. Ce n'était pas facile pour elle de se sentir à l'aise, mais ses mentors l'ont encouragée à trouver sa place et à se concentrer sur une mission : proposer des informations à ses lecteurs.

Mme Verbovska est une journaliste multimédia qui écrit pour des publications telles que Zaxid.net, pour laquelle elle a couvert les difficultés climatiques régionales telles que les inondations, les sécheresses et les impacts de l'eau sur les paysages. Elle travaille à partir des sensations qui s'imprègnent en elle sur le terrain, et qu'elle utilise pour retranscrire l'atmosphère de l'environnement dont elle parle, avec une attention spéciale pour les couleurs et les odeurs.

Mariana Verbovska

Dans un reportage récent, Mme Verbovska s'est intéressée à un agriculteur ukrainien qui s'est suicidé après avoir perdu toutes ses récoltes au printemps en raison de l’appauvrissement des sols, aggravé par le changement climatique. Effectuer des reportages sur les réalités concrètes du changement climatique permet à Mme Verbovska de raconter à son public toute la diversité des récits rattachés à ce sujet.

Non seulement ses articles rendent compte des effets délétères du changement climatique, mais ils montrent aussi la beauté de la nature. Dans un sujet sur les pélicans de la mer Noire, Mme Verbovska et son équipe sont arrivés avant le lever du soleil pour saisir la beauté de ces oiseaux. Ils ont noté la température et décrit le cadre précisément pour plonger leur public dans cette scène.

Mme Verbovska a discuté avec IJNet des effets du COVID-19 sur ses reportages, de ses techniques de narration et a partagé ses conseils aux journalistes en devenir.

IJNet : Comment différencier vos reportages de ceux des autres journalistes spécialisés dans l'environnement ?

Verbovska : Selon moi, il est d'une importance capitale de communiquer avec les scientifiques sur ce sujet. Plus il y en a (de communication), mieux c'est. Très souvent, les scientifiques disposent d'informations uniques dont le grand public n'est pas conscient. L'une des raisons est que les scientifiques n'ont pas le temps ou les ressources nécessaires pour écrire des documents scientifiques et pédagogiques. Mais les journalistes peuvent les aider.

En même temps, il est crucial de toujours travailler en lien avec des spécialistes afin d'éviter les malentendus et de respecter le travail des experts. Sans eux, nous ne saurions pas grand-chose.

J'essaie également de passer le plus de temps possible dans les lieux où je vais pour mes reportages. Je les décris en détail, je parle avec les locaux. Je décris la nourriture qu'on trouve sur place et les personnalités locales : chanteurs, politiciens, ou hommes d'affaires. Cela aide le lecteur à mieux comprendre l'atmosphère du lieu.

Mariana Verbovska

Le passage aux interviews à distance a-t-il eu un effet sur vos reportages ?

Il y a des avantages et des inconvénients. Il est parfois difficile d'organiser des interviews avec des personnes célèbres ou très occupées. Maintenant, ils ont plus de temps car ils n'ont pas besoin de voyager et de perdre du temps dans un avion ou un train. Mais à la longue, cette situation deviendrait très compliquée. Revenons aux interviews en personne, car elles font de bien meilleurs reportages. On doit pouvoir parler des odeurs, de l'atmosphère et des sentiments des gens. Ce n'est pas possible sur Zoom.

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Comment IJNet vous a-t-il aidée ?

Grâce à IJNet, j'ai reçu une bourse pour participer à un programme de l'Institut des sciences humaines de Vienne pendant trois mois. J'ai travaillé sur un peu de recherche concernant la communication sur le changement climatique, et j'ai consacré tout mon temps à préparer une boîte à outils nommée "Comment parler du changement climatique et être compris". Dans mon travail, en plus de la préparation d'articles, je me suis rendue compte qu'en Ukraine, de nombreuses organisations publiques puissantes suivaient la question du changement climatique et menaient de nombreuses négociations avec les autorités. Tout cela est fait pour rendre la position de l'Ukraine plus ambitieuse en matière de lutte contre le changement climatique.

Il est très important de construire des ponts entre ceux qui étudient ce sujet, comme les militants et les fonctionnaires, et ceux qui sont déjà touchés par le changement climatique, comme les habitants de centaines de villes et de villages ukrainiens. C'est le travail qu'un journaliste doit faire chaque fois qu'il communique avec les habitants. Les gens ne comprennent pas toujours le lien entre les inondations ou les sécheresses et le changement climatique.

Mariana Verbovska

Quels conseils donneriez-vous à de futurs journalistes ?

Je pense que l'un de mes plus grands conseils est de ne pas avoir peur de ce qui est nouveau et d'être courageux dans la poursuite de vos objectifs. Vous voulez être journaliste et écrire sur le changement climatique ? Cela ne veut pas dire que vous devez être un scientifique ou tout savoir sur le changement climatique. En tant que journaliste, vous êtes l'intermédiaire entre les scientifiques et vos lecteurs ou auditeurs.

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Images fournies par Mariana Verbovska.

Naomi Ludlow est stagiaire chez IJNet.


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