Couvrir les réfugiés en Égypte et au Maroc pendant la pandémie

par سارة عبدالله
19 mai 2021 dans Sujets spécialisés
Des enfants de dos

L'organisation mère d'IJNet, l'ICFJ, s'est associée au Facebook Journalism Project dans le cadre de son programme Reporting on Refugee Communities Amidst a Pandemic (Couvrir les réfugiés pendant une pandémie). Cet article est le premier d'une série de trois mettant en avant les reportages des participants au programme.


La pandémie de COVID-19 a aggravé les difficultés auxquelles sont généralement confrontés les réfugiés. Alors que le monde continue de se débattre pour sortir de la crise sanitaire, la responsabilité des journalistes à couvrir l'actualité est de plus en plus critique.

À travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, les journalistes ont produit de captivants reportages de grande qualité au sujet de facettes peu traitées de la vie des réfugiés pendant la pandémie.

Dans cet article, nous étudions de plus près cinq exemples de ce journalisme essentiel produits par les participants au ICFJ-Facebook Journalism Project en Égypte et au Maroc et les défis auxquels ils ont été confrontés au cours de leurs reportages.

Égypte

Le journaliste d'investigation indépendant Shehata El-sayed a réalisé une enquête intitulée Egypte : les violences sexuelles contre les femmes réfugiées en hausse, qui a été publiée par Daraj Media en anglais et en arabe. M. El-sayed raconte les précautions supplémentaires qu'il a prises pour traiter ce sujet sensible. "Le premier défi a été de trouver des victimes qui acceptent de parler de ce qu'elles ont vécu", explique-t-il à IJNet. "Un autre défi était d'être capable de soutenir ces victimes sur le plan psychologique. Le troisième était la difficulté de mener des entretiens avec les survivantes pendant le COVID-19, étant obligé de communiquer à distance."

Le reportage cross-média du datajournaliste d'investigation Mahmoud Eltabakh, intitulé Prisonniers du coronavirus : les réfugiés en quête de vie au Caire, contient du texte, des images, des infographies et des cartes interactives. "L'idée principale du reportage est centrée sur le suivi des souffrances des réfugiés d'Irak, de Syrie, de Palestine et du Yémen", explique M. Eltabakh. "Ils sont venus en Égypte pour fuir la guerre et la violence dans leurs pays et maintenant ils sont confrontés à diverses épreuves et difficultés au Caire pendant la pandémie. En même temps, ils s'accrochent toujours à leurs rêves d'apprentissage, de réussite et de stabilité."

La journaliste d'investigation Ayaat Elhabbal a publié un article dans Egypt Today intitulé Pause café : une manière de soutenir les réfugiées et femmes immigrées. L'enquête montre comment les femmes réfugiées en Égypte ont subvenu à leurs besoins lorsque les entreprises et les associations ont fermé pendant la pandémie. Parmi les défis auxquels Mme Elhabbal a été confrontée au cours de son reportage, on peut citer les difficultés à obtenir des fonds, ainsi qu'à joindre des représentants locaux à citer comme sources.

Le reportage de la journaliste et chercheuse Mona Allam, Une enfance noire et solitaire au Caire : les effets de la pandémie sur les mineurs migrants non accompagnés en Égypte, se concentre sur les histoires des enfants non accompagnés en Égypte. Elle aussi a eu du mal à trouver des sources de première main prêtes à lui parler d'un sujet aussi sensible. Mme Allam a ajouté que collecter la quantité de données nécessaires pour le reportage a pris beaucoup de temps et de ressources.

La journaliste Mervat Abdalaziz a écrit un article intitulé L'acharnement du scan d'iris : la bataille entre réfugiés et technologie. Le plus difficile pour Mme Abdalaziz a été de communiquer avec les représentants officiels du gouvernement égyptien et l'agence nationale pour les réfugiés afin de discuter des difficultés rencontrées par les réfugiés, a-t-elle expliqué. Elle a interrogé des réfugiés pour son reportage et son produit final comprenait des éléments écrits et photographiques.

[Lire aussi : Nos conseils pour traiter le sujet de la migration pendant la pandémie]

Maroc

Au Maroc, la journaliste Mariam Taidi a réalisé un reportage multimédia intitulé COVID-19 : un double confinement pour les immigrés d'Afrique subsaharienne au Maroc. Dans son article, elle traite de la souffrance des immigrants d'Afrique subsaharienne au Maroc et de leurs difficultés accrues pendant les périodes de confinement de la pandémie.

Au centre de son reportage se trouve l'histoire d'un immigré qui balaie les rues afin d'obtenir du lait pour son jeune fils. Pour réaliser certains des éléments visuels, comme les photographies dans l'espace public, Mme Taidi a dû obtenir un permis dont ne disposent généralement pas les journalistes indépendants.

Le reportage du journaliste Salah Eddine Lemaizi, Migrants en situation irrégulière : la vie en exil et à la marge à Casablanca traite de la manière dont les jeunes migrants d'Afrique subsaharienne ont vécu un hiver particulièrement difficile, au cours duquel ils ont dû faire face à la fois aux forces de sécurité du pays et à la pandémie de COVID-19.

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Le journaliste Soufiyan Saaoudi a réalisé un reportage d'investigation pour le site Let Your Voice Be Heard. Son article se concentre sur les histoires de femmes migrantes et réfugiées d'Afrique subsaharienne qui travaillent dans le domaine de la cosmétologie au Maroc et dont les emplois ont été touchés par le COVID-19.

M. Saaoudi, lui aussi, a dit qu'il avait eu des difficultés pour identifier des sources qui accepteraient d'être interviewées et photographiées. Il s'est coordonné avec une association qui travaille avec les migrants et les réfugiés afin d'identifier des sources pour son enquête.


Sarah Abdallah est doctorante en linguistique et communication. Elle a étudié le droit, les sciences politiques et l'ingénierie linguistique. Elle est la traductrice d'IJNet en arabe et journaliste pour l'Orient Le Jour.

Cet article a été initialement publié sur notre IJNet en arabe.

Image principale sous CC par Unsplash via Julie Ricard.

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