Journaliste du mois : Eduardo Franco Berton

parDonethe Cyprien
6 juil 2020 dans Journaliste du mois
Eduardo Franco Berton

Depuis son plus jeune âge, Eduardo Franco Berton est passionné de nature et d'animaux. Enfant, il passait des heures à lire des encyclopédies animales de bout en bout.

"Ma mère me taquinait quand je regardais des documentaires, les chaînes Discovery Channel et National Geographic et que je grimpais aux arbres pour observer les oiseaux", se souvient M. Berton.

Il a démarré sa carrière en tant qu'avocat spécialisé en droit environnemental pour des associations de préservation de la nature.

"Passer du métier d'avocat à celui de journaliste était tout naturel", raconte-t-il. "Peu après avoir commencé en tant qu'avocat en droit environnemental, je me suis mis à écrire pour des médias durant mon temps libre. J'ai découvert une nouvelle passion, la photographie."

En 2016, M. Berton a lancé Red Ambiental Info (RAI) Bolivia, un média numérique dédié à la préservation de la nature et la science en Amérique Latine.

"Je gère le projet, donc je participe à des conférences, des tables rondes et je contacte des donateurs", explique-t-il. "Tout ce travail vous incombe dès que vous devenez entrepreneur."

Il passe également beaucoup de temps à relire les articles de RAI Bolivia et à travailler sur des sujets pour des médias comme Mongabay, National Geographic, et O Eco.

Nous avons discuté avec M. Berton de son métier de journaliste environnemental, des défis qu'il a rencontrés. Il a également partagé avec nous ses conseils pour les journalistes débutants.

 

On assignment for National Geographic
En reportage pour National Geographic

IJNet : Comment IJNet a aidé votre carrière ?

Berton : J'ai toujours utilisé IJNet pour garder un œil sur les conférences de journalisme et les projets média lancés dans le monde, et en Amérique Latine en particulier. L'année dernière, nous avons déposé une demande de financement au National Endowment for Democracy, qui est basé à Washington ; nous avons trouvé cette annonce sur IJNet.

Grâce à leur soutien, nous pourrons faire du journalisme d'investigation sur des sujets environnementaux ou liés aux peuples indigènes tout au long de l'année à venir.

Qu'avez-vous appris lors des conférences auxquelles vous avez assisté ?

Je pense que ce sont de belles occasions pour développer nos réseaux. Je fais mon possible pour rencontrer d'autres journalistes, élargir mon réseau professionnel et trouver de nouveaux projets à mener avec des confrères. Ce sont aussi des moments parfaits pour présenter le travail que nous faisons en Bolivie.

Elles nous offrent un forum pour exposer différentes problématiques qui touchent notre région et notre pays. De nombreux désastres environnementaux ont lieu en ce moment en Bolivie et en Amérique Latine donc nous y allons pour organiser des tables rondes sur l'Amazonie, par exemple, la déforestation, le réchauffement climatique ou les droits des populations indigènes.

Nous faisons partie du Global Investigative Journalism Network (GIJN), et nous sommes allés à leur conférence de Johannesbourg en Afrique du Sud en 2017. L'année dernière, la conférence se tenait à Hambourg en Allemagne. Nous sommes intervenus dans des tables rondes et c'était un bon moyen de découvrir de nouvelles compétences d'investigation. Les conférences sont importantes pour savoir ce que font nos collègues.

Crossing swamps in the Bolivian Amazon
Traversée d'un étang dans l'Amazonie bolivienne

De quel projet êtes-vous le plus fier ?

En 2018, nous avons publié un rapport d'investigation sur le trafic de jaguars en Bolivie, au Pérou et au Brésil. Cette enquête nous a demandé quasiment quatre mois de recherche. Il a fallu aller au Pérou, au Brésil et dans différents coins de la Bolivie. Nous avons aussi produit des courts-métrages documentaires, pris des photographes et écrit le récit de ces trafics animaliers. Ces recherches ont été très difficiles.

L'année dernière, ce projet a été sélectionné comme un des meilleurs travaux d'investigation en Amérique Latine par la Conferencia Latinoamericana de Periodismo de Investigación (COLPIN), qui est la conférence de journalisme d'investigation de l'Amérique Latine. C'est un des prix d'investigation les plus importants en Amérique du Sud et nous avons reçu une mention spéciale de la part du jury.

 

Following jaguar tracks in the forest
A la poursuite de jaguars dans la forêt.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Je dirais qu'il s'agit d'une des branches du journalisme les plus dures. Le journalisme environnemental n'est facile nulle part mais l'actualité du climat est particulièrement chargée en Amérique Latine.

La pression est palpable quand on produit des reportages sur ces sujets dérangeants qui révèlent des désastres environnementaux car de nombreux acteurs sont mêlés dans ces affaires. Et le gouvernement est toujours impliqué d'une manière ou d'une autre. Toujours. On compte aussi des entreprises privées, des grandes entreprises et d'autres pays aussi. Quand on mène l'enquête sur des sujets environnementaux, la situation peut devenir dangereuse si on lève le voile sur des activités illicites ou de la corruption.

Quand j'enquêtais sur des trafics d'animaux sauvages, j'ai été menacé de mort par des réseaux criminels mêlés dans des cas de destruction environnementale. Il faut faire très attention à ses déplacements et à la manière dont les enquêtes sont menées.

Quels conseils donneriez-vous à des journalistes environnementaux débutants ?

Si vous avez une appétence particulière dans un domaine journalistique donné, il est important que vous consacriez du temps à vous y former pour acquérir des connaissances et des compétences. Cela améliorera la qualité de vos reportages. Cela vous aidera aussi à trouver des angles originaux pour vos papiers et de nouveaux sujets à couvrir.

 

Eduardo with indigenous tribes in the Peruvian Amazon
Avec des tribus indigènes dans l'Amazonie péruvienne

Images fournies par Eduardo Franco Berton.