Dix alternatives au stage en journalisme pendant la crise du COVID-19

parDamian Radcliffe
24 juin 2020 dans Bases du journalisme
Une personne attendant le bus

Cet article fait partie de notre série dédiée au travail de reportage sur le COVID-19. Pour accéder à d'autres ressources, cliquez ici.

Dire qu'il est difficile d'être journaliste aujourd'hui est un euphémisme.

Rien qu'aux Etats-Unis, plus de 36 000 emplois dans les médias ont été touchés : licenciements, chômage technique ou partiel. Ces chiffres ne prennent pas en compte les innombrables stages écourtés, reportés ou annulés par beaucoup de rédactions.

Ceci est un véritable casse-tête pour les journalistes débutants pour lesquels ces stages en milieu professionnel sont un pré-requis pour accéder au monde du travail. Certains médias n'envisagent d'embaucher des jeunes diplômés que s'ils peuvent justifier d'un ou deux stages sur leur CV (au moins).

Les recrutements sont aujourd'hui en baisse mais les besoins en stages et opportunités de développement professionnel se maintiennent : comment les journalistes peuvent-ils réagir ?

Voici 10 idées clefs :

1) Souvenez-vous que certaines rédactions recrutent encore (même des stagiaires)

Un certain nombre de médias proposent des stages en télétravail et d'autres postes en journalisme qui peuvent être effectués 100 % à domicile. En plus de postuler à ces annonces, n'hésitez pas à demander à d'autres titres s'ils sont ouverts au travail à distance.

Télétravailler à cause du coronavirus donne l'occasion aux journalistes (étudiants inclus) de montrer leur capacité à produire même si la rédaction est éclatée. C'est une expérience d'une valeur non négligeable.

                 [Lire aussi : Même confinés, les journalistes ont continué d'informer]

2) Si votre stage est annulé, essayez de le reporter

Même si de nombreux stages d'été ont été annulés, cela ne veut pas dire que tout est perdu. Si vous le pouvez, demandez de le reporter à l'automne, lorsque les règles sanitaires ne seront peut-être plus aussi strictes.

C'est ce qu'une de mes étudiantes, Renata Geraldo, a fait avec le Wall Street Journal (WSJ). Au lieu de travailler pour eux durant l'été, elle a décalé son stage à septembre, dans l'espoir de pouvoir l'effectuer depuis le siège new-yorkais du WSJ, plutôt que depuis chez elle à Portland, dans l'Oregon. Renata a ainsi pu profiter de ce changement de programme pour effectuer un stage à distance chez Bloomberg cet été.

3) Ne sous-estimez pas la valeur de la presse étudiante

Quand Mandy Jenkins du groupe McClatchy s'est rendue à l'Université d'Oregon l'été dernier, un des messages clefs qu'elle a transmis aux étudiants est le poids d'une expérience au sein d'un média étudiant.

En général, les équipes de ces titres sont moins fournies durant les mois d'été, ouvrant ainsi la voie aux journalistes qui sont force d'initiative pour publier plus d'articles, développer leur réseau, s'essayer au reportage dans de nouveaux domaines et renforcer leurs compétences narratives.

Les médias étudiants sont aussi un lieu pour développer ses compétences managériales, s'habituer à travailler en fonction d'un calendrier de publication et produire des papiers à forte valeur ajoutée. Alors que les déserts d'information grandissent, de nombreux journaux et médias étudiants couvrent des sujets hors campus que personne d'autre ne traite.

4) Devenez entrepreneurs : créez votre plateforme ou produit

Que manque-t-il aujourd'hui en termes de sujets et de contenus ? Pouvez-vous combler les trous ? Il existe de nombreuses manières de s'y prendre : travailler en freelance, publier soi-même sur Medium, IGTV, Youtube ou en lançant son podcast.

Bien sûr, la monétisation est difficile. Mais l'apparition de déserts d'information et les insuffisances de la couverture médiatique ont poussé quelques journalistes et entrepreneurs à ouvrir leurs propres médias.

Dans la région du Nord-ouest du Pacifique aux Etats-Unis, Chas Hundley édite “le plus petit journal hebdomadaire de l'état de l'Oregon.” Il a créé The Gales Creek Journal dans la ville où il a grandi (qui compte tout juste 655 habitants) après le lycée. Ce titre, disponible en ligne et en papier, ainsi que The Banks Post, sa publication sœur, couvrent la zone à l'extrême ouest du comté de Washington et la Tillamook State Forest.

Plus au nord, le West Seattle blog fonctionne 24h/24 et 7 jours/7 depuis plus de 10 ans. Le site compte plus de 60 000 abonnés sur Twitter et 35 000 fans sur Facebook. Pourriez-vous suivre leurs traces ?

5) Créez votre propre parcours de formation

Il existe de nombreuses ressources pour les journalistes qui souhaitent rester au courant des sujets qui animent la profession, se former à de nouvelles compétences ou se mettre à jour sur celles qu'ils ont déjà.

Ceci inclut des ateliers de formation gratuits proposés par Google, First Draft, les spécialistes sur le sujet de la désinformation, Poynter ou encore la Craig Newmark Graduate School of Journalism, basée à New York.

Les journalistes peuvent exploiter toutes ces ressources afin d'élaborer leur propre programme de formation et le suivre à leur rythme, tout cela gratuitement dans beaucoup de cas. Certains programmes proposent même des certificats attestant des compétences acquises, si cela est important pour vous.

6) Devenez freelance

Etre freelance est parfois difficile, ce n'est pas donné à tout le monde. Cependant, bien que les places en stage ou en embauche directe se fassent rares dans les rédactions, de nombreux rédacteurs et chefs de rubrique sont toujours à la recherche de contributeurs.

Les groupes comme Study Hall proposent des outils pour être tenu au courant des annonces en cours, réseauter et recevoir des offres d'emploi ou des appels à contribution. L'adhésion commence à quatre dollars US par mois.

Vous pouvez trouver des guides pour construire son pitch sur de nombreux sites, ainsi que sur Twitter et Medium. Envoyer des propositions d'articles de manière spontanée est aussi possible si vous avez une spécialité (cela peut être un sujet, une compétence ou l'endroit où vous êtes basé) recherchée par les médias.

7) Réfléchissez à d'autres endroits où vos compétences sont utiles

Les compétences des journalistes sont très précieuses et transposables à d'autres domaines. Savoir écrire, produire du contenu multimédia et raconter des histoires sont des savoir-faire recherchés dans de nombreuses entreprises.

Ils vous offrent des ouvertures vers les relations publiques, la communication corporate et la création de contenus pour les entreprises. Par exemple, plusieurs de mes étudiants gèrent les réseaux sociaux des entreprises dans lesquelles ils occupent des jobs étudiants.

Dr. Jacqui Taylor, la fondatrice et directrice exécutive de l'entreprise FlyingBinary basée à Londres, recommande également aux journalistes de se rapprocher d'ONG et d'associations pour savoir quels sujets ils peuvent les aider à développer et partager.

[Lire aussi : Cinq moyens de faire avancer sa carrière en journalisme après une perte d'emploi]

8) Animer son réseau comme jamais

C'est aujourd'hui le meilleur moment pour reprendre contact avec de vieilles connaissances et en faire de nouvelles. Organisez des rendez-vous pour des entretiens exploratoires, prenez des nouvelles de nos anciens collègues ou sources. On ne sait jamais où ces conversations peuvent mener ! Elles seront utiles et instructives quoi qu'il en soit.

Ce semestre, j'ai demandé à mes étudiants de mener un entretien exploratoire informel. Peu d'entre eux en avaient faits auparavant et l'idée les terrifiait. Pourtant, sans conteste, ces conversations les ont énormément aidés et les journalistes ont été incroyablement généreux de leur temps.

Pas sûr de savoir où commencer? J'ai compilé dans ce Google Doc quelques conseils pratiques et des textes-type de prise de contact.

9) Mettez vos profils en ligne à jour

On a rarement le temps de peaufiner et mettre à jour son portfolio en ligne. Le petit temps en plus qui nous est offert aujourd'hui est la bonne occasion de s'y atteler.

Refaites une beauté à votre profil LinkedIn. Assurez-vous que votre portfolio en ligne met en avant vos meilleurs articles et les plus récents. Si vous n'avez pas de portfolio en ligne, il est l'heure de vous en créer un !

Echangez davantage sur Twitter, dans des groupes Facebook ou des fils de conversations Reddit. Veillez à ce que vous apparaissiez sous votre meilleur jour dans les recherches sur Internet.

10) Tenez vous au courant des actualités de votre secteur

Lisez la presse spécialisée, participez à des webinaires, abonnez-vous aux bonnes newsletters et tenez-vous informés des dernières actus de votre secteur.

Comprendre les tendances de votre domaine d’activité peut être un élément différenciant de taille dans le parcours de recrutement. Cela va vous permettre de mieux exprimer les défis stratégiques auxquels vos employeurs potentiels sont confrontés, et vous aidera à identifier les signaux faibles, les bonnes opportunités et les médias à contacter.

Faire tout ceci vous mettra au-dessus du lot. Aujourd'hui tout particulièrement, tout avantage compétitif est à prendre.


Damian Radcliffe est professeur Carolyn S. Chambers de journalisme à l'Université d'Oregon, membre du Tow Center for Digital Journalism de l'Université de Columbia, chercheur honoraire rattaché à l'école de journalisme de l'Université de Cardiff, et membre de la Royal Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce (RSA).