Comment dynamiser votre couverture du changement climatique

par Abigail Adcox
17 mars 2021 dans Sujets spécialisés
Une plante dans une main

L'année 2020 entrera dans l'histoire pour la pandémie mortelle de COVID-19 qui a balayé le monde. Elle restera également dans les annales pour une autre raison inquiétante : elle a été l'une des années les plus chaudes que le monde ait jamais connues.

Les conséquences du changement climatique devenant de plus en plus inévitables, il est essentiel que les journalistes et les rédactions développent des équipes dédiées efficaces et des stratégies dynamiques pour rendre compte du changement climatique.

Lors d'un récent webinaire organisé par Covering Climate Now (CCNow), un groupe d'experts a discuté de la manière de mettre en place une approche globale de la couverture du climat dans les rédactions. Ils ont également examiné la façon de traiter les négationnistes et les sceptiques du changement climatique, ainsi que proposé des ressources pour couvrir le sujet de manière sûre et productive.

Ont participé à la table ronde : Bernadette Woods Placky, météorologue en chef et directrice de ClimateMatters, Kate Sheppard, responsable éditoriale senior au Huffington Post, Ben Tracy, correspondant national senior sur les questions environnementales chez CBS News et Justin Worland, reporter sur le climat chez TIME Magazine. Le directeur exécutif de CCNow et le correspondant pour l'environnement de The Nation, Mark Hertsgaard, a animé la session.

Voici quelques éléments-clefs à retenir.

Une approche qui implique toute votre rédaction

  • Selon les intervenants, il est essentiel de susciter l'adhésion de l'ensemble de la rédaction pour que le reportage environnemental soit efficace. Il s'agit d'une question complexe qui touche à tous les domaines couverts par l'équipe. "J'essaie d'adopter une approche globale du climat dans notre rédaction, car il s'agit d'un défi énorme pour toutes les questions que nous couvrons", explique Mme Sheppard. "C'est un défi politique, un défi de politique publique, un défi scientifique, un défi de relations internationales, un défi de santé. Je considère le climat comme le contraire d'un sujet de niche. Il sous-tend tant d'autres sujets. La compréhension de ces liens est vraiment importante pour tout journaliste en 2021."
  • M. Tracy a noté que son nouveau rôle chez CBS cette année en tant que correspondant national senior sur les sujets environnementaux marquait la première fois que le média dédiait un correspondant au changement climatique. "Je suis reconnaissant qu'ils investissent dans ce secteur et dans la couverture que nous ferons", se réjouit-il. "Je pense qu'il y aura beaucoup plus d'actualité et d'action sur le climat si l'administration [Biden] tient ses promesses."
  • CBS a mis en place des collaborations au sein de la rédaction pour produire une couverture complète des questions climatiques, raconte M. Tracy. Par exemple, lors du reportage sur le retour des États-Unis dans l'Accord de Paris sur le climat, pour lequel M. Tracy a rencontré John Kerry, l'envoyé spécial du président américain pour le climat, l'équipe chargée des contenus numériques a publié un guide de présentation de cet Accord.
  • Il est important que les journalistes reconnaissent l'intersection entre la couverture du climat et la justice environnementale. "Nous avons pu constater, au cours de l'année écoulée, les effets de l'impact disproportionné de la pollution sur les personnes racisées atteintes du COVID, et la manière dont les effets sur la santé liés au fait de vivre à proximité d'infrastructures toxiques ont exposé les gens à un risque accru", explique M. Worland.
  • En ce qui concerne la justice environnementale, Mme Sheppard a souligné que de nombreux journalistes suivaient la manière dont le COVID-19 avait aggravé les inégalités et les vulnérabilités au sein de la société.

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Engager un dialogue avec les climato-sceptiques et négationnistes

  • De nombreux négationnistes et sceptiques qui s'opposent à la réalité du changement climatique n'en ont pas ressenti ses effets sur leur propre vie, indiquent les panélistes. Pour contrer cela, il est utile d'établir des liens avec des questions qui les touchent. "Une chose que j'ai apprise au fil des années est de toujours essayer de relier ce que nous savons du changement climatique à ce qui intéresse déjà les gens. Et vous verrez que c'est en fait assez facile", raconte Mme Sheppard. "J'ai grandi dans une ferme. Je connais beaucoup d'agriculteurs républicains qui comprennent parfaitement que ce qu'ils voient n'est pas normal, qu'il s'agisse de schémas de précipitations ou de phénomènes météorologiques extrêmes. Je pense que c'est une chose sur laquelle vous pouvez communiquer clairement avec eux."
  • Aborder les climato-sceptiques lors de reportages nécessite du tact, concède M. Tracy. "Je pense que nous devrions essayer de faire entrer les gens dans la conversation et ne pas les aliéner, afin qu'ils puissent apprendre", insiste-t-il. "La mission de votre reportage doit être d'aider les gens à comprendre comment quelque chose dont ils sont sceptiques peut affecter leur vie," ajoute-t-il.
  • Le reportage sur le climat nécessite d'aborder le sujet sous différents angles. Il s'agit notamment d'utiliser des outils et des ressources d'investigation pour découvrir plus de sujets de fond et raconter leur impact.

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Quelques ressources sur le reportage climatique

  • Les journalistes doivent également se préparer lorsqu'ils couvrent le dérèglement du climat, en se tournant vers la littérature sur le sujet, en lisant les reportages d'autres journalistes et en cherchant à se former. Par exemple, M. Tracy a déclaré qu'il s'était renseigné sur des sujets tels que la marée noire de l'Exxon Valdez pour se préparer à son nouveau rôle de correspondant environnemental.
  • Mme Sheppard a expliqué qu'elle suivait les formations à la sécurité de la Croix-Rouge, qui la préparent au type d'événements météorologiques extrêmes qu'elle pourrait avoir à couvrir. Elle conclut : "Soyez prêts pour le long terme, car la crise climatique va durer longtemps."

D'autres ressources citées durant le webinaire


Abigail Adcox est stagiaire en communication au sein de l'ICFJ.

Photo par Akil Mazumder de Pexels.