Nos conseils pour combattre le syndrome de l'imposteur

parIris Pase
15 juin 2021 dans Sujets spécialisés
Quelqu'un écrit, avec une tasse dans la main

Tous les auteurs connaissent des moments de doute à un moment ou à un autre de leur carrière. La réflexion est liée aux activités d'écriture, de relecture et de réécriture, ce qui peut nous pousser à trop réfléchir, sous couvert de perfectionnisme.

Toutefois, si vous avez déjà douté de vos compétences en matière d'écriture malgré les preuves du contraire, ou pensé que vous ne méritiez pas vos succès professionnels, vous souffrez peut-être du syndrome de l'imposteur.

Décrit pour la première fois par les psychologues Suzanne Imes et Pauline Rose Clance dans les années 1970, le "phénomène de l'imposteur" ou "syndrome de l'imposteur" se produit lorsqu'une personne doute de ses réalisations et de ses capacités et craint d'être un imposteur. L'étude a d'abord montré les effets de ce phénomène sur les femmes. Des rapports ultérieurs ont toutefois révélé que le syndrome de l'imposteur touche également les hommes.

Le nombre de personnes souffrant du syndrome de l'imposteur est très variable. Selon une étude de 2020, il concernerait de 9 % à 82 % des participants. Les chiffres sont particulièrement élevés chez les personnes racisées et sont souvent associés à la dépression et à l'anxiété.

Nous avons demandé à plusieurs journalistes comment ils faisaient pour faire face au syndrome de l'imposteur. Voici ce qu'ils ont répondu :

Prenez du recul

Chaque fois que vous avez l'impression de ne pas être à la hauteur, "arrêtez de vous prendre la tête et soyez plus bienveillant avec vous-même", conseille Ruby Deevoy. Journaliste spécialisée dans la santé et le bien-être, elle est chroniqueuse CBD pour le magazine Top Santé et fondatrice de thecbdconsultancy.com.

Elle trouve que réciter des affirmations sous la douche ou pendant son sport fonctionne très bien. "Si je me sens incompétente, je prends l'opposée et je dis à voix haute (encore et encore) quelque chose comme 'je suis puissante, je suis incroyable, je suis reconnue et appréciée pour ma contribution exceptionnelle au monde.'"

Anna McAree, étudiante en journalisme en Irlande du Nord, acquiesce. "Mon conseil serait de croire en vous et aux commentaires que vous recevez des autres", dit-elle. "Si les gens vous disent que vous faites du bon travail ou que vous produisez du bon travail, alors croyez-les !"

Ne vous comparez plus aux autres

Être journaliste indépendant peut être particulièrement accablant en ce qui concerne le syndrome de l'imposteur. En effet, envoyer des propositions d'articles en permanence signifie souvent ne pas avoir de réponses de la part de responsables éditoriaux et voir ses idées rejetées. De plus, travailler en indépendant signifie ne pas recevoir beaucoup de retours sur son travail, ce qui n'est pas rassurant quand on manque de confiance en soi.

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"Concentrez-vous sur vous-même", dit Adam England, un journaliste indépendant qui a travaillé pour plusieurs publications, dont The Guardian, The Independent, Metro et Euronews.

Issu d'un milieu ouvrier, il raconte s'être senti "légèrement mal à l'aise en entrant dans le journalisme, car le secteur est composé de manière disproportionnée de personnes issues de milieux privilégiés."

Son conseil est donc de ne pas se comparer à ses pairs ou à des journalistes établis que l'on admire. "Concentrez-vous sur votre propre parcours," insiste-t-il.

Le parcours de chacun est différent dans le journalisme, que ce soit en termes d'âge, de réussite, de spécialités ou autre.

Stop au perfectionnisme

Comme l'expliquent les journalistes Emma Wilkinson et Lily Canter dans leur podcast Freelancing for Journalists, le syndrome de l'imposteur peut également se manifester lorsque les journalistes couvrent des sujets qu'ils ne connaissent pas.

Il est toutefois important de se rappeler que les journalistes ne sont pas tenus d'être des experts ou d'être parfaits, mais de rendre des informations accessibles à leur public. Pour l'expertise, nous pouvons toujours compter sur les spécialistes.

Trouvez un mentor

Comme le suggèrent Mmes Wilkinson et Canter dans le podcast, l'aide d'un mentor peut être d'une grande utilité pour les journalistes en devenir.

Selon eux, lorsqu'on débute, un conseiller expérimenté et digne de confiance peut non seulement booster votre estime de vous, mais aussi vous aider à parfaire votre écriture grâce à des commentaires constructifs. Par ailleurs, un mentor peut être une excellente source pour obtenir des contacts et, surtout, pour comprendre le fonctionnement du secteur des médias.

Changez de point de vue

Lorsque les sentiments de doute et d'insécurité prennent le dessus, il est également important de reconnaître le contexte plus large dans lequel les journalistes travaillent.

Tomiwa Folorunso, journaliste et responsable éditoriale basée à Bruxelles et originaire d'Édimbourg, explique : "lorsqu'on parle du syndrome de l'imposteur chez les femmes, les groupes sous-représentés ou les communautés marginalisées en particulier, on en parle comme de quelque chose que j'ai et que je peux contrôler."

Cependant, en se concentrant sur ce que l'individu peut faire, "nous ne reconnaissons pas que beaucoup d'entre nous fonctionnent, travaillent et vivent au sein de systèmes, telles des organisations, entreprises et la société, qui ne veulent pas réellement que nous réussissions."

"Ces espaces ont été conçus pour que les hommes blancs cisgenres hétérosexuels réussissent. Il faudrait presque changer notre langage lorsque nous parlons du syndrome de l'imposteur", ajoute Mme Folorunso. "Pourquoi la charge retombe-t-elle sur nous de travailler plus dur et non pas aux autres à faire que ces espaces prennent nos besoins en compte ?"

Quittez les environnements de travail toxiques

Les barrières systémiques ne sont pas les seuls obstacles auxquels les employés doivent faire face. Les environnements de travail toxiques, en effet, peuvent affecter de manière significative la santé mentale d'une personne.

"Allez chercher les endroits où votre voix et ce que vous avez à dire sont appréciés et pris en compte, car ils existent", affirme Mme Folorunso. "Il y a des rédacteurs en chef, responsables éditoriaux et publications qui veulent vraiment vous faire grandir. Ils s'occupent de vous, vous soutiennent et ne sont pas toxiques."

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Que ce soit dû à la pression sociétale ou à nos propres insécurités, le syndrome de l'imposteur peut ressembler à un mur infranchissable. Dans la mesure du possible, essayez de continuer à repousser vos doutes et vous réaliserez de grandes choses.

Mme Deevoy, par exemple, a d'abord eu l'impression d'inventer des choses pour l'un de ses articles sur la biologie quantique. Mais après avoir persévéré, l'article a été publié et il a même été récemment repris par une organisation de biologie quantique qui envisage maintenant de financer une étude pour explorer sa théorie. Qui sait jusqu’où vous iriez si vous aviez confiance en vous ?


Iris Pase est une journaliste freelance basée à Glasgow, en Ecosse.

Photo par Lisa de Pexels.