Que faire quand le quotidien de pigiste est trop dur à gérer

par Cristiana Bedei
12 mai 2021 dans Etre freelance
Une femme sur son bureau, la tête sur son clavier d'ordinateur

Le métier de journaliste indépendant peut revêtir différentes formes, mais il inclut généralement de soumettre des idées d'articles. Cette tâche non rémunérée et souvent ingrate exige de la concentration et beaucoup de travail pour une faible récompense.

"Proposer des articles demande beaucoup d'énergie : de la recherche initiale à la partie plus créative de rédaction jusqu'au moment de convaincre le responsable éditorial que ce sujet est parfait pour ses lecteurs", explique Caroline Harrap, une journaliste indépendante à Paris qui a écrit pour le Guardian, France Today et Culture Trip, entre autres. "Et puis, bien sûr, il n'y a aucune garantie que l'article sera effectivement commandé !"

Pour les noms émergents comme pour les journalistes établis, la pression de trouver et de proposer des articles bien ficelés peut faire des ravages, entraînant souvent un manque de motivation et d'inspiration. "La pression est plus forte parce qu'on attend [constamment] de vous que vous trouviez des idées, et pas seulement des idées, mais de bonnes idées et des idées originales", explique la psychologue du travail Angela Carter.

La rédactrice et responsable éditoriale indépendante Sian Meades-Williams a déclaré qu'elle se rendait généralement compte de l'impact de la pige lorsqu'il était un peu trop tard : "On se dit souvent : 'Allez, tiens jusqu'au week-end, encore un article, tu te calmeras le mois prochain.' Mais dès qu'on se dit ça, c'est déjà mal engagé."

Faire face à des refus ou à l'absence de réponses rend également le processus plus difficile. Mme Meades-Williams adore le processus de recherche et trouve particulièrement gratifiant, en tant que freelance, de pouvoir décider des sujets qu'elle propose. "Encore plus difficile pour moi que maintenir mon élan, c'est gérer les refus constants," dit-elle. "Cela arrive à tous les indépendants, qu'ils soient freelance depuis longtemps ou non."

L'écriture de livres et la création de sa newsletter lifestyle Tigers Are Better Looking aident Mme Meades-Williams à gérer les jours où elle a l'impression de ne pas avoir la force d'envoyer une autre proposition d'article. Avec ces projets, elle peut explorer des idées, des thèmes et créer sans attendre l'approbation de qui que ce soit.

Si vous avez du mal à faire face aux difficultés de la pige ou si vous avez l'impression d'être à court d'idées ou de motivation, nous avons rassemblé quelques conseils pour vous aider à faire face et à continuer.

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Prioriser et planifier

Donnez la priorité aux choses les plus importantes que vous avez à faire et limitez le temps que vous passez à vous ressasser des pensées inutiles, conseille la psychologue du travail Angela Carter. Par exemple, ne vous inquiétez pas des autres personnes qui pourraient s'adresser au même responsable éditorial que vous lorsque vous contactez un média pour la première fois.

"Les sources d'épuisements doivent être mises dans une boîte", déclare Mme Carter. "Occupez-vous d'elles quand il le faut ou occupez-vous-en immédiatement pour ne pas avoir à vous en préoccuper, mais ce sont des choses qui pomperont votre énergie."

Essayez plutôt de vous concentrer davantage sur les choses que vous pouvez contrôler.

Ne pas se presser

Donnez-vous du temps et de l'espace pour que des idées vous viennent.

Si vous êtes bloqué, allez vous promener, faites du vélo ou sortez. Faites quelque chose de différent. "Lorsque vous libérez réellement votre esprit, vous serez surpris de ce qu'il peut se rappeler ou générer", explique Mme Carter. Le simple fait d'utiliser un stylo et un carnet au lieu de fixer son écran d'ordinateur ou de changer d'endroit peut suffire à faire jaillir les idées plus facilement.

Choisissez des sujets qui vous plaisent

"Je m'assure d'être emballée par les sujets que je propose", souligne Mme Meades-Williams. "Cela paraît évident, mais nous nous retrouvons souvent à proposer ce que nous pensons qu'un responsable éditorial aura envie de lire."

Travailler sur un article qui vous intéresse et vous fascine vraiment peut rendre la recherche moins pénible.

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Célébrer les victoires, même les plus petites

Selon Mme Carter, il est utile de célébrer les victoires ou les leçons apprises avant de passer à autre chose. "C'est particulièrement important si vous n'obtenez pas [de commande]", dit-elle. "Est-ce que j'ai fait une bonne présentation ? Comment puis-je améliorer la prochaine ? Je n'ai peut-être pas obtenu ce travail, mais je peux le reformuler d'une autre manière."

Le type de stress que subissent les journalistes revient à être toujours au front, explique-t-elle : "Et pour pouvoir être ainsi sur le pont en permanence mais bien dans sa peau, il faut revenir à soi et prendre soin de soi pour ensuite repartir de l'avant."

Prendre le temps de savourer ce que vous avez fait ou appris peut apparaître comme une perte de temps, mais il s'agit en fait d'un investissement en vous-même, indique Mme Carter.

Discutez avec d'autres personnes (même en ligne)

"Parfois, le simple fait de discuter d'un sujet qui vous intéresse peut vous faire découvrir un nouvel angle ou vous aider à formuler votre idée initiale", remarque Mme Meades-Williams.

Cela peut également être une source d'encouragement et d'apprentissage. Selon Mme Harrap, "avoir un réseau de soutien peut faire toute la différence, c'est pourquoi nous avons créé la Society of Freelance Journalists", qui est une communauté Slack internationale ouverte à tous.

Ne pas oublier : les difficultés sont passagères

"Avec le temps, on devient plus résilient et on apprend à prendre les choses moins à cœur", assure Mme Harrap. Il est important de se rappeler que les propositions sont rejetées pour de nombreuses raisons. Cela ne signifie pas nécessairement que l'idée était mauvaise en soi.

Elle ajoute : "Si vous pouvez construire une relation avec un responsable éditorial, cela rend les choses beaucoup plus faciles, plus que d'envoyer une proposition à froid."

Même lorsque vos idées sont refusées ou ignorées, la clef est de ne pas abandonner, souligne-t-elle : "Comme l'a dit un jour une personne sage : la seule différence entre l'échec et le succès réside dans la volonté d'une personne de continuer à essayer."


Cristiana Bedei est une journaliste indépendante italienne avec une expérience internationale.

Photo par Andrea Piacquadio de Pexels.

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