Journaliste du mois : Milagros Costabel

par Naomi Ludlow
9 mars 2021 dans Journaliste du mois
Photo de Mme Costabel, au bord d'un rivage

Lorsque le COVID-19 a frappé l'Uruguay en 2020, tout a changé pour Milagros Costabel, une jeune femme de 17 ans. Ses deux parents ayant perdu leur emploi, elle a décidé de chercher du travail dans le seul domaine où elle savait qu'elle pouvait en trouver : le journalisme. Elle a sauté la tête la première, sans trop savoir ce qu'elle faisait, mais déterminée à réussir.

Refus après refus, Mme Costabel ne s'est pas laissée abattre. Elle a obtenu sa première commande en avril 2020, pour couvrir le problème de l'inaccessibilité des informations sur le COVID-19 pour les personnes malvoyantes et aveugles pour Model View Culture.

Mme Costabel est une jeune reporter, mais son âge n'est pas sa seule particularité : elle est aussi aveugle. Même si cela signifie qu'elle doit faire certaines choses différemment, cela n'entrave pas sa capacité à réussir.

"Le journalisme a donné la possibilité à différentes voix de raconter des histoires", affirme-t-elle.

Des ressources comme IJNet ont permis à Mme Costabel de développer ses compétences en journalisme, même en pleine pandémie. L'année dernière, elle a été sélectionnée pour participer au Médiathon des jeunes de l'UNICEF, où elle a échangé sur les problèmes auxquels fait face la jeunesse et a bénéficié d'un mentorat. Elle a également reçu une bourse de Disabled Writers pour suivre des cours en ligne par l'intermédiaire de Poynter.

Depuis ses débuts, le travail de Mme Costabel a été publié dans le HuffPost, The Daily Beast et Business Insider. Elle a couvert le COVID-19 à travers le prisme du handicap, et en juillet, elle a commencé à travailler avec Foreign Policy, afin de produire des reportages sur la politique en Amérique latine et aux États-Unis.

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Tout au long de l'année, Mme Costabel a participé à des conférences, interviewé des médecins d'Uruguay et d'Argentine et contribué à la couverture des élections présidentielles américaines de 2020.

"C'était le début pour moi d'un aspect du journalisme auquel je ne m'attendais pas à avoir accès", explique-t-elle. Elle avait jusqu'alors l'habitude de faire des reportages principalement sur le handicap et d'être un porte-voix pour sa communauté.

“On peut, et on doit, couvrir des sujets qui nous passionnent et qui dépassent notre propre condition", déclare-t-elle. "La politique étrangère, par exemple, a toujours été l'un de mes principaux domaines d'intérêt. J'ai commencé à écrire sur le handicap, à la fois pour des reportages et des articles d'opinion, mais c'était également agréable de pouvoir trouver ma propre particularité en dehors de ce que je suis", raconte Mme Costabel.

Non seulement il est essentiel que les journalistes en situation de handicap couvrent tous les sujets, mais il est tout aussi important que les conversations sur le handicap ne reposent pas que sur leurs épaules, souligne Mme Costabel. "Assurer la production de reportages justes et précis sur le handicap est notre responsabilité à tous, journalistes en situation de handicap comme les autres."

Two photos side-by-side. On the left, Costabel is talking on a cell phone. On the right, Costabel stands in a crowd.

Les progrès technologiques ont permis d'ouvrir de nouvelles opportunités aux personnes atteintes de cécité. De nombreuses personnes aveugles ou malvoyantes peuvent s'appuyer aujourd'hui sur des lecteurs d'écran, qui scannent le texte et le partagent par le biais de synthèses vocales ou d'affichages en braille.

"Je me sens chanceuse d'être ici et de vivre à l'ère du numérique, où les progrès technologiques ouvrent plus de portes que jamais aux malvoyants", écrit Mme Costabel dans un article pour Lacuna Voices. "Mais pour des gens comme moi, la technologie a aussi créé un nouveau problème."

Les images et les vidéos, qui n'ont pas de texte, ne peuvent pas être traduites par les lecteurs d'écran, sauf si elles comportent de "l'alt-text", un texte alternatif qui donne une brève description du visuel. Sans alt-text, Mme Costabel et les autres personnes malvoyantes n'ont pas accès à une description qui leur permet de comprendre l'image. Un mème drôle, une citation inspirante ou une vidéo non sous-titrée peuvent lui donner l'impression d'être laissée de côté, ce qui fait du texte alternatif un indispensable pour quiconque produit du contenu numérique.

Mme Costabel a récemment été acceptée à l'Université de Harvard et prévoit d'étudier les sciences politiques. En tant que première personne de sa famille à aller à l'université, elle a atteint de grands objectifs et continue à s'en fixer d'autres. "Je commence à changer ma vision de l'avenir. Je commence à réaliser que j'ai la possibilité de continuer à grandir dans le domaine du journalisme", se réjouit-elle.

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Etudier à Harvard est une opportunité pour Mme Costabel de développer ses compétences et d'atteindre son but : devenir journaliste d'investigation. "Je pense qu'il est très gratifiant de mettre en lumière les choses cachées et mauvaises du monde, et de voir comment cela peut susciter des changements positifs", explique-t-elle.

Aux autres jeunes journalistes désireux de percer dans le domaine, Mme Costabel déclare qu'il est important de rechercher toutes les occasions de développer ses compétences, par le biais de reportages et de formations.  "N'attendez pas que les choses viennent à vous", dit-elle. "Jetez vous à l'eau et allez-y."


Naomi Ludlow est stagiaire chez IJNet.

Images fournies par Milagros Costabel.