De quel journalisme avons-nous besoin en temps de crise ?

par Jonathan Widder
30 juin 2021 dans Sujets spécialisés
Un homme lit les actualités sur sa tablette

Quand la pandémie a balayé le monde il y a plus d'un an, j'ai pensé : c'est fini. Ce n'est pas le moment pour les sujets positifs et constructifs tels que ceux proposés habituellement sur Squirrel News. Ce qui se passait était tellement plus important et désastreux : des chiffres d'infection en croissance exponentielle, des couvre-feux soudains même dans les démocraties, des images d'unités de soins intensifs surchargées, des cercueils empilés les uns sur les autres.

Quelle erreur ! Il m'a fallu, ainsi qu'à beaucoup d'autres, du temps pour réaliser que la pandémie allait durer un certain temps et que nous ne devions pas rester les bras croisés à regarder le monde s'embraser. Au contraire, nous devions essayer de trouver un moyen d'en sortir.

Au fur et à mesure que la crise s'aggravait et plus les responsables politiques agissaient de manière désordonnée, ce qui nous manquait est devenu de plus en plus évident : des solutions, et des reportages approfondis et de qualité sur ces solutions.

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Plus de journalisme de solutions aurait pu sauver des vies

J'ai lu des rapports dans les médias allemands sur des efforts de traçage réussis des cas contact dans des pays d'Asie dont nous pourrions nous inspirer. Il s'agissait notamment d'un rapport sur la Corée du Sud au début de 2020 et d'un autre au Japon à la fin de l'année. Il n'y en a pas eu beaucoup d'autres.

Pourquoi y en a-t-il eu si peu ? Par ailleurs, et peut-être est-ce lié, les efforts de contact tracing en Allemagne ont connu des difficultés pendant la pandémie.

Les conséquences de ce choix ont été fatales, car l'identification des infections et des contacts à risque est essentielle pour freiner la propagation du virus. Cela a été particulièrement vrai au cours de la première année de la pandémie. Plus le système fonctionne, plus le nombre d'infections peut être évité et plus le nombre de vies sauvées est important. Des reportages plus axés sur les solutions auraient pu contribuer à améliorer la connaissance du public de ces approches et à faire pression sur les responsables politiques pour qu'ils agissent en conséquence.

En tant que citoyen, j'aimerais aussi voir un changement vers un style de politique plus actif. Mais d'où cela pourrait-il venir ? Les médias et le public pourraient-ils l'accélérer ou l'encourager ? Et s'ils le pouvaient, quelle en serait la force motrice, si ce n'est un journalisme axé sur les solutions ?

La nature de la crise du COVID-19 a facilité ce type de journalisme. Les enjeux de la pandémie étaient relativement faciles à saisir : il y avait un problème clairement défini, le virus, et, avec les vaccins, une solution idéale. Le public a beaucoup appris sur la virologie et les maladies infectieuses, les podcasts menés par des experts se sont multipliés et des débats approfondis ont eu lieu sur la nécessité de solutions à court et moyen termes, comme le port de masques et la distanciation sociale.

Le Guardian, par exemple, aurait "augmenté sa couverture constructive, passant de deux ou trois articles sur les solutions par semaine à deux ou trois par jour."

“Enfin un autre point de vue”

Nous avons lancé Squirrel News en juin 2020, quelques semaines seulement après la première grosse vague d'infections, de confinements et de services d'urgence débordés dans le monde entier. Il a été révélateur d'observer comment notre collection de reportages axés sur des solutions a aidé les lecteurs à gérer ces moments éprouvants.

Cependant, le besoin de ce type de journalisme existait bien avant la pandémie. C'est ce qui ressort de nombreux avis de Squirrel News dans les plateformes de téléchargement d'applications. L'un des mots que nous y voyons sans cesse est "enfin". Des lecteurs nous ont expliqué comment notre approche constructive les a aidés à naviguer la crise.

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Des journalistes de la télévision allemande qui nous ont rendu visite pour un tournage il y a quelques mois ont dit qu'ils étaient heureux de couvrir quelque chose de positif pour une fois. Ils ont fait remarquer qu'ils en avaient assez de ne devoir couvrir que des sujets très dramatiques et conflictuels pour attirer un grand nombre de téléspectateurs. S'ils nous avaient rendu visite un peu plus tard, je leur aurais envoyé un lien vers cette récente étude sur le journalisme de solutions qui montre comment il surpasse le reportage purement axé sur les problèmes à bien des égards.

Les retours des lecteurs

L'une des réactions les plus poignantes, et qui a même conduit à une collaboration sur un prochain podcast, est venue d'Ed Crasnick, écrivain et humoriste basé à Los Angeles qui évoque régulièrement la santé mentale dans ses sketchs. Ayant découvert par hasard Squirrel News, M. Crasnick nous a contactés pour nous expliquer ce que notre petit média lui avait apporté.

"La raison pour laquelle j'aime Squirrel News est qu'il influe sur votre santé mentale sans parler de santé mentale", explique-t-il. "Ils devraient obliger tout le monde à lire ce genre de nouvelles. Et je ne parle même pas des articles, les gros titres suffisent. On les appelle 'gros titres' pour une raison : ils prennent directement une grande place dans votre tête." Même si l'origine historique de l'expression est sûrement différente, j'aime la définition de M. Crasnick. Elle décrit avec la plus grande clarté un impact clef du journalisme de solutions.

Un lecteur qui nous a contactés en janvier a exprimé une opinion similaire, écrivant : "je pense que tout le monde devrait vous connaître. Ce que vous avez lancé pourrait contribuer à un changement positif dans la société, à long terme."

D'autres ont écrit, par exemple, que "le concept est génial parce qu'enfin quelque chose est fait pour contrer le flot de mauvaises nouvelles qui provoquent des sentiments d'impuissance, de résignation et de peur." Ou bien ils ont simplement décrit Squirrel News comme "un changement agréable par rapport aux reportages négatifs qui prévalent généralement." D'autres encore ont souligné qu'ils "apprécient à nouveau de lire les informations" après les avoir évitées pendant des années.


Jonathan Widder a fondé Squirrel News, une plateforme et application d'agrégation de journalisme de solutions. Il a travaillé en tant que journaliste indépendant pour de grands journaux allemands et a participé au lancement de plusieurs start-up dans les médias.

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