Comment créer plus d'engagement et promouvoir le journalisme de solutions

parLinda Shaw and Bridget Thoreson
10 févr 2021 dans Engagement des lecteurs
Des notes post-it

Le monde change et, avec lui, notre rôle en tant que journalistes.

L'actuel afflux intense d'actualités chaudes se dissipera un jour, même si on ne sait pas encore quand. Pourtant, rien ne reviendra "à la normale", tel que nous le connaissions. Le secteur du journalisme n'était de toute façon pas solide financièrement, même avant l'apparition du coronavirus.

Une meilleure voie, plus durable pourrait être atteignable plus facilement qu'on ne le pense. L'une des clefs consiste à établir des relations plus proches avec son public et de le considérer comme partenaire plutôt que client/simple lecteur. Une autre est de produire des contenus sur la façon dont les communautés se reconstruisent et revivent, comme on écrirait sur les crises, les problèmes et l'effondrement.

De nombreuses rédactions à la pointe mettent ces approches en place depuis des années, avec un tel succès qu'elles n'ont pas envie de revenir en arrière.

Les raisons pour cela sont doubles :

  1. Le soutien des publics : Toutes ces nouvelles personnes qui se sont tournées vers nous pour savoir ce qui n'allait pas et pourquoi ? Nous devons les fidéliser pour assurer notre survie financière, et nous savons déjà que beaucoup vont se désengager si nous continuons à les submerger d'informations qui ne traitent que de problèmes.
  2. Notre mission : Nous nous sommes lancés dans ce métier pour aider les membres de nos communautés à s'épanouir en tant qu'individus et en tant que société. Cela signifie que nous devons nous assurer que nous comprenons leurs besoins en information et que nous y répondons.

Répondre à l'avalanche de besoins

En mars, les fermetures en nombre aux États-Unis ont laissé de nombreuses personnes dans l'incertitude quant à ce qui allait se passer et ce qu'elles devaient faire. Les plateformes d'engagement de Hearken ont reçu un niveau sans précédent de courriers de la part du public se tournant vers leurs médias pour obtenir des informations essentielles.

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Ce n'était pas seulement une vague, c'était un long tsunami. KPCC, une station de radio publique du sud de la Californie, recevait à un moment donné près de 10 questions par minute par l'intermédiaire de Hearken.

Et ce n'était que le dernier exemple en date d'un schéma que nous avons vu se répéter à maintes reprises.

[Lire aussi : Complexifier le le récit autour de la colonisation : le défi des journalistes européens]

L'engagement augmente en temps de crise

Les rédactions ont subi la pression de répondre à ce besoin en informations précises. Le fait est qu'à quelques exceptions près, nous sommes tous novices lorsqu'il s'agit des coronavirus. Nous vivons une crise mondiale profondément disruptive, d'une ampleur jamais vue depuis des générations. En parallèle, nous faisons état des profonds préjugés raciaux qui existent à l'intérieur et à l'extérieur de nos rédactions. Alors, comment déterminer ce qui devrait être couvert et où allouer vos précieuses ressources ? La réponse se trouve dans nos fondamentaux en matière de reportage : il faut demander aux gens ce qu'ils ont besoin de savoir (c'est-à-dire, ne pas partir du principe qu'on le sait déjà).

Face à l'inconnu, posez des questions

Posez-en souvent, et posez-en partout. Interrogez votre public actuel ainsi que des personnes qui ne consomment pas vos contenus habituellement. Posez des questions encore et encore et ne cessez jamais.

  • Le Baltimore Sun inclut une URL facile à retenir à la fin de ses vidéos Facebook de réponse aux questions des lecteurs, invitant les spectateurs et lecteurs à en poser d'autres.
  • Sahan Journal a publié des articles dans quatre différentes langues pour répondre aux questions sur le coronavirus et inviter les lecteurs à en soumettre davantage.

L'engagement n'est pas un produit, mais un processus. Il s'agit de créer un canal ouvert pour solliciter votre public de manière régulière et ainsi nourrir vos reportages. Ce processus est sans fin, car l'actualité est sans fin.

Ainsi, aujourd'hui, les rédactions doivent être prêtes à :

  • Rechercher quels sont les besoins d'information les plus urgents pour leurs communautés
  • Prendre contact avec les groupes qu'elles ne sollicitent pas encore comme sources régulières
  • Concevoir une couverture pertinente en réponse à ces besoins en information

[Lire aussi : Le journalisme d'impact pendant la pandémie]

Cherchez à éclairer plutôt qu'à maudire l'obscurité de notre époque

Les rédactions doivent continuer à mettre à jour les problèmes, c'est vital. Il est tout aussi important d'écrire sur la façon dont les gens réagissent à ces problèmes et font preuve de résilience de manière originale et efficace. Bien sûr, votre public veut savoir ce qui ne va pas, mais il veut aussi comprendre ce qui est fait pour tenter d'y remédier, qui fait des progrès, quelles leçons nous pouvons tirer des initiatives qui se sont attaquées ne serait-ce qu'à une petite partie d'un gros problème. C'est ce qu'on appelle le journalisme de solutions, une pratique qui consiste à dépasser le brouhaha pour trouver les graines potentielles qui peuvent permettre d'aller de l'avant.

Les gens veulent faire face aux grands problèmes, mais ont besoin d'espoir. Nous pouvons ainsi chercher à savoir qui répond le mieux à ces problématiques et en faire des reportages sur les modèles dont nos communautés peuvent s'inspirer pour avancer.

Le journalisme de solutions peut avoir un grand impact. Le journalisme d'investigation traditionnel permet de révéler de nouveaux problèmes. Les reportages d'investigation sur des solutions s'attaquent à des problèmes connus et se demandent : Faut-il qu'il en soit ainsi ? Qu'est-ce qui pourrait être possible ? Que font les autres villes/États/quartiers ? Quels résultats ont-ils obtenus ? Cela permet aux gens de tenter de résoudre des problèmes là où les institutions n'ont pas réussi.

  • L'année dernière, par exemple, la ville de Cleveland a finalement adopté une loi historique pour aider à prévenir le saturnisme chez les enfants, après que le Cleveland Plain Dealer ait passé des années à mettre en lumière non seulement ce qui n'allait pas, mais aussi comment d'autres villes ont réussi à maintenir leur taux de contamination à un niveau bien inférieur.
  • A Seattle, le projet novateur Education Lab du Seattle Times a participé à faire évoluer les politiques de l'État et des collectivités locales en matière de discipline scolaire et d'éducation des élèves surdoués et haut potentiels.

Le journalisme de solutions est aussi un processus, pas un projet à durée déterminée. On ne s'arrête pas après un reportage sur une pratique prometteuse. Il faut continuer à en chercher d'autres puis refaire le point pour voir ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné. Si une initiative continue de donner des résultats positifs, tant mieux. Si ce n'est pas ou plus le cas, votre public doit en être informé également.

Aujourd'hui, les rédactions doivent ainsi savoir :

  • Déterminer quelles voix doivent être entendues et les amplifier.
  • Examiner les réponses proposées avec un regard "solutions".
  • Découvrir les principes clefs à l'origine des progrès à l'œuvre tout en faisant état des limites observées.

Comment mettre tout ceci en place dans votre rédaction

Comment ces organes de presse font-ils pour produire des contenus qui donnent au public les informations dont il a besoin tout en mettant en lumière les solutions possibles aux défis auxquels il est confronté ?

Nous avons créé un plan d'action en 16 étapes qui décrit les mesures prises par nos partenaires pour développer leur engagement et faire plus de journalisme de solutions. Tout le monde, quel que soit le niveau hiérarchique au sein de sa rédaction, peut utiliser ce plan pour créer des contenus à impact.

Nous en avons fait un document téléchargeable de deux pages, facile à utiliser, auquel vous pourrez vous référer pour élaborer votre stratégie.

Téléchargez votre plan d'action ici


Linda Shaw est la directrice éditoriale du Solutions Journalism Network. Bridget Thoreson est en charge des indicateurs clefs du secteur et des stratégies d’engagement chez Hearken.
Cet article a initialement été publié sur le blog du Solutions Journalism Network. Il a été republié sur IJNet avec leur accord.