Des idées pour financer le journalisme d'intérêt public

par Marcela Kunova
21 janv 2021 dans Journalisme d'investigation
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Le journalisme d'intérêt public est un contenu à part. Le public ne le lit pas par pur intérêt, mais parce qu'il a besoin de rester informé sur les institutions qui le régissent, a expliqué Adam Newby, directeur de la plateforme indépendante de découverte d'actualité NewsNow. Lors d'un événement intitulé "Funding and regulating public interest journalism in a world of fake news" (Financer et légiférer le journalisme d'intérêt public à l'heure des fake news), le mois dernier, il a proposé quelques pistes de financement pour ce type de journalisme.

Les enquêtes sur les organisations publiques ou privées prennent des mois, voire des années, et sont coûteuses. Cela signifie que le journalisme d'intérêt général ne peut être financé uniquement par la publicité, qui est souvent la principale source de revenus des petits éditeurs locaux. Malheureusement, l'argent de la publicité dans les médias s'est tari depuis des années au profit de grandes entreprises technologiques et la pandémie a encore aggravé la situation.

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Si les réseaux sociaux pouvaient diffuser les actualités d'intérêt public à la place des éditeurs, la situation serait peut-être différente. Mais les plateformes fonctionnent dans une logique fondamentalement opposée : leur objectif est de capter l'attention des utilisateurs et de produire beaucoup de contenu bon marché à faire défiler par les utilisateurs. Le dernier rapport sur les dépenses de votre municipalité ? Pas la lecture plus captivante.

Voilà le hic : les gens recherchent rarement de manière proactive les informations d'intérêt public. Ils tombent dessus en lisant d'autres contenus et n'ont aucune idée du temps et des ressources nécessaires à leur production, a déclaré Jonathan Heawood, directeur exécutif de la Public Interest News Foundation.

Le manque d'éducation aux médias n'arrange rien. Selon une nouvelle étude du Pew Research Center, quatre Américains sur dix ne savent pas si Facebook, Apple News et Google News produisent leurs propres reportages. Si l'on ajoute à cela la méfiance à l'égard des grands médias et la réticence à payer des contenus journalistiques, le futur de ce type de journalisme est en péril.

La mauvaise nouvelle est qu'il n'y a pas de solution miracle. La bonne nouvelle est qu'il existe plusieurs moyens inexploités de financer le journalisme d'intérêt public, et que la solution pourrait être de les articuler ensemble.

La philanthropie

Le Royaume-Uni ne dispose pas d'un système établi qui permettrait aux rédactions de recevoir des dons philanthropiques, malgré un secteur caritatif en essor.

Le Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) a décidé de remettre en question ce modèle et a créé un fonds, indépendant du Bureau même. Bien que cette structure aide à financer certaines parties du travail que les administrateurs du fonds considèrent comme caritatives, il ne permet pas au TBIJ de bénéficier de tous les avantages du financement caritatif, tels que les allègements fiscaux ou l'accès aux subventions.

"La loi n'a pas besoin de changer, nous devons simplement laisser la porte ouverte", a déclaré Rachel Oldroyd, rédactrice en chef et PDG de TBIJ, qui a aidé à concrétiser la création du fonds après que la demande ait été rejetée deux fois.

Revenus d'audience

Le statut d'organisme à but non lucratif est une des solutions possibles, tout comme les revenus d'audience, ajoute M. Heawood. Il existe de nombreux outils sur le marché, notamment les micro-paiements, les abonnements, les adhésions ou les appels à dons comme ceux pratiqués par le Guardian. L'inconvénient est que beaucoup sont trop compliqués à mettre en œuvre.

"Les abonnements doivent être facilités", a déclaré M. Newby, et il en va de même pour les dons. L'idéal serait de disposer d'une plateforme d'identification unique permettant de distribuer l'argent vers différents médias, afin d'éviter aux utilisateurs le casse-tête d'une multitude de comptes différents dont ils doivent se souvenir.

Le financement public

Quelle que soit la source de revenus choisie par un éditeur, elle influencera toujours les décisions éditoriales. C'est peut-être le point le plus délicat à gérer pour les éditeurs qui enquêtent sur les institutions publiques tout en dépendant de leur argent pour survivre.

L'étude de Cairncross sur un avenir durable pour le journalisme a proposé la création d'un organisme sectoriel similaire au "Arts Council" ou Conseil des arts, un organisme à but non lucratif voué à la promotion des arts. Cette proposition a été rejetée par le gouvernement. L'un des arguments contre la création d'un tel organisme était que les députés ne voulaient pas être ceux qui devraient choisir les éditeurs qui recevraient un financement public.

Même si le gouvernement ne souhaite pas soutenir directement le secteur de l'actualité, il peut s'impliquer davantage en légiférant sur les questions de concurrence déloyale entre les éditeurs et les plateformes technologiques, ainsi qu'entre les grands et les petits médias qui opèrent sur les mêmes marchés, déclare M. Heawood.

Les autorités pourraient également investir pour aider les éditeurs dans leur digitalisation, ce qui donnerait un coup de pouce majeur au secteur sans qu'il s'agisse d'un financement direct, poursuit-il. Enfin, le gouvernement doit garder un œil plus vigilant sur les déserts d'information dans le pays et favoriser la création de médias locaux et hyperlocaux là où les besoins sont les plus importants.

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Le rôle de l'Etat est d'aider à rendre plus juste le marché dans lequel nous évoluons, ajoute Matt Rogerson, directeur de la politique publique au Guardian Media Group. Il pourrait, par exemple, réglementer la part importante des revenus d'abonnement que les agrégateurs d'informations prélèvent actuellement alors que leur coût de traitement des abonnements est marginal.

Il y a aussi l'idée d'un système de crédits d'impôt, actuellement en expérimentation en France. Le gouvernement offre ainsi jusqu'à 50 euros de réduction d'impôt aux ménages qui s'abonnent pour la première fois à un journal ou à un magazine d'actualité, dans le but de stimuler les revenus d'audience, mais sans dépenser d'argent public directement.

Réglementation

Quelle que soit la manière dont on aborde le problème de la pérennité des modèles économiques de l'actualité d'intérêt général, une plus grande réglementation des plateformes de réseaux sociaux semble inévitable.

Les réseaux sociaux n'ont pas d'intérêt à promouvoir un journalisme de qualité, car leur modèle économique repose sur l'attention des utilisateurs. Bien qu'ils affirment souvent qu'ils ne sont que des plateformes et qu'ils ne sont donc pas responsables du contenu généré par les utilisateurs, ils prennent des décisions éditoriales par le biais d'algorithmes qui mettent en avant ou invisibilisent certaines informations.

"Les plateformes sont des régulateurs plutôt que des éditeurs, car elles peuvent supprimer des informations d'intérêt public et promouvoir la désinformation", dit M. Heawood.

Mme Oldroyd le rejoint, ajoutant que les réseaux sociaux peuvent causer un tort considérable au journalisme en ligne, car il peut être difficile d'y distinguer les faits des mensonges. Pire encore, personne ne sait vraiment d'où vient le problème car l'algorithme change souvent et chaque fois que nous pensons l'avoir maîtrisé, il est modifié à nouveau.

"La réglementation et la transparence sont la réponse", conclut-elle.


Cet article a été initialement publié par Journalism.co.uk. Il a été republié sur IJNet avec l'autorisation du site.

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