Des initiatives innovantes pour lutter contre les fake news en Afrique

parAnge Kasongo
18 déc 2020 dans Fact-checking et vérification
Loupe

Images détournées, propos attribués à des acteurs influents, mais aussi des remèdes traditionnels censés guérir le COVID-19, certains internautes ne manquent pas d’imagination. Mais parfois, les fausses nouvelles peuvent être à la base de graves incidents. 

Les jeunes journalistes de Congo Check basés dans l’une des régions instables de la République démocratique du Congo se sont démarqués par leur engagement citoyen notamment pendant la crise sanitaire. “On savait qu’il y avait un grand besoin d’informations vérifiées parce que les informations non vérifiées portent directement atteinte à la vie des gens”, a expliqué Rodriguez Katsuva, l’un des cofondateurs de Congo Check. 

En novembre dernier, le média congolais spécialisé dans le fact-checking a reçu le prix francophone de l’innovation dans les médias par l’Organisation internationale de la Francophonie, RFI et Reporters sans frontières.

"Les fausses nouvelles circulent sous plusieurs formes dont des messages de haine ou complotistes basés sur aucun fait”, argumente Sammy Mupfuni, directeur général de Congo check. 

[Lire aussi : La lutte contre les fake news, à l'heure du COVID-19]

Dans certains pays en conflit, les fausses nouvelles vont jusqu’à susciter des conflits ethniques dans plusieurs régions. Récemment, une rumeur propagée sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo affirmait que le Rwanda, l’un des pays voisin de la RDC, allait construire un aéroport à Minembwe, l'une des localités située dans la province du Sud-Kivu (est de la RDC) frontalière du Rwanda.

Cette localité a été au cœur d’une vive polémique quelques semaines plus tôt, suscitant des méfiances anciennes contre le Rwanda dans la communauté congolaise. Le ministre de l'Intérieur et de la sécurité de la province du Sud-Kivu, Lwabanji Lwasi Ngago, avait en son temps assuré qu'aucun projet n’a été initié dans ce sens” précisant que c’était “de l'intox”.

"Les fausses nouvelles exposent les victimes à des représailles des camps qui se sentent concernés”, poursuit Sammy Mupfuni.

Trois enfants morts à Kinshasa  

Fin mars, plusieurs médias locaux, dont la radio onusienne Okapi, ont rapporté le décès de trois enfants de moins de 10 ans "après avoir été purgés par leur mère de kongo bololo mélangé avec du citron", dans la commune de Selembao, dans le sud de la capitale Kinshasa. Le "kongo bololo" est le nom de la vernonie en langue lingala, parlée en RDC. Des internautes ont vanté les prétendus mérites anti-COVID-19 de cette plante sur internet. Bien sûr, il n'en est rien. Médecins Sans Frontières a d'ailleurs diffusé des messages contre cette fausse information sur les réseaux sociaux. 

"Il y a un ressort particulièrement utilisé dans les fake news, c'est celui de l’émotion. Il s'inscrit dans de ce que l'on appelle l'économie de l'attention, c'est-à-dire qu'on identifie le ressort émotionnel qui nous fait réagir, ce qui nous donne envie de partager. Il y a des gens qui jouent là-dessus pour nous manipuler", expliquait Arnaud Mercier, professeur en communication à l'Université Paris II, dans un fact-checking écrit par Factuel, le site de l’AFP qui lutte contre les fake news, le 30 avril.

Anticiper les fake news pendant la présidentielle en République centrafricaine 

L'association des blogueurs centrafricains (ABCA) qui réunit 62 membres, a lancé “Yefanda”, qui signifie "preuve" dans la langue nationale sango de la Centrafrique. Il s'agit d'un projet de fact-checking, débuté il y a quelques semaines, en vue des élections prévues le 27 décembre.

"Pendant la période électorale, la communication est assez sensible. Les parties prenantes dans un but de chercher à dominer et gagner du terrain, trompent l'opinion politique avec des informations parfois non avérées”, explique Rosmon Zokoue, l’un des initiateur du projet.

[Lire aussi : Le datajournalisme à portée de tous]

Le journaliste affirme avoir debuncké une publication Facebook qui affirmait récemment qu’un candidat à la présidentielle avait traité les Centrafricains de mouton. 

"L'histoire de la Centrafrique nous a appris que la désinformation peut tuer des hommes, l'économie du pays et causer pleins d'autres dégâts pour la stabilité du pays”.

À Kinshasa, la plus grande école de journalisme du pays (IFASIC) a décidé de s’associer aux journalistes spécialistes en fact-checking pour sensibiliser les étudiants à travers des ateliers afin de mieux les outiller avant l’étape de stage en entreprise.


Ange Kasongo est une journaliste, formatrice et autrice congolaise. Actuellement, elle travaille sur des sujets de fact-checking au bureau de Kinshasa de l’AFP. 


Photo sous licence CC Yeshi Kangrang via Unsplash