Conseils et ressources pour mieux couvrir le trafic d'animaux sauvages

parAldem Bourscheit
21 sept 2020 dans Sujets spécialisés
Animaux dans un carton

Alors que le monde fait face à la pandémie de COVID-19, la crise climatique, née de la déforestation et la dilapidation des ressources en pétrole et autres énergies fossiles, suit malheureusement son cours. Tout comme la dégradation de la biodiversité.

Les animaux, plantes et autres micro-organismes font partie de la grande machine naturelle qui nous fournit de l'eau saine et de l'air, qui renouvelle les sols, préserve les pollinisateurs, régule la prolifération de nuisibles et de maladies et nourrit nos économies.

Les chercheurs ont montré qu'une extinction de masse des animaux sauvages est fortement liée à la destruction des forêts et autres écosystèmes naturels en conséquence du développement de l'agriculture, de l'élevage et des villes, ainsi qu'à la chasse et autres activités humaines. S'ajoute donc à cette liste de maux le trafic d'animaux sauvages, qui accélère davantage la disparition d'un nombre incalculable d'espèces.

Le trafic d'animaux sauvages est le quatrième plus grand commerce illégal au monde, derrière le marché de la drogue, de la contrefaçon de produits manufacturés et des devises. Mais ces chiffres, alléchants pour les trafiquants, ne sont que la pointe visible de l'iceberg. La lutte contre ces crimes n'est pas aisée, que ce soit chez les "fournisseurs" majeurs comme le Brésil et d'autres pays tropicaux, ou dans les marchés internationaux principaux, notamment les Etats-Unis et l'Asie.

Cette année, un rapport de l'United States Agency for International Development (USAID), TRAFFIC et l'International Union for Conservation of Nature a révélé que l'Amazonie était un des lieux majeurs de trafic illégal d'animaux sauvages et que les autorités brésiliennes ne s'étaient pas emparées du sujet.

Selon ce rapport, des grenouilles, serpents, caïmans, tortues, oiseaux, singes et grands félins sont échangés au grand jour lors de marchés ouverts. Certaines espèces sont pourtant en risque d'extinction. Dans la savane du Cerrado, qui abrite 5 % de la faune et la flore de la planète, les populations d'oiseaux comme les picolettes, les buses, les aras et les perroquets diminuent drastiquement à cause des trafiquants d'animaux sauvages.

 

Animal silvestre

Pour aider les journalistes à couvrir ce sujet sensible, voici une liste d'organisations internationales dont le travail permet de mieux comprendre les enjeux du trafic d'animaux sauvages et est une ressource illimitée d'idées de sujets à traiter :

  • USAID : en plus de financer des études à grande échelle, l'USAID soutient la mise à jour d'une plateforme qui répertorie les trajets principaux utilisés par ces réseaux criminels afin d'inciter les gouvernements et les compagnies aériennes à renforcer leurs procédures de contrôle.
  • TRAFFIC : la plus grande ONG de suivi du commerce d'animaux sauvages au monde.
  • Oxpeckers Investigative Environmental Journalism Center : Cette organisation combine l'analyse de données avec d'autres outils pour suivre et signaler les réseaux criminels en Afrique.
  • International Earth League : cette organisation suit les canaux d'approvisionnement illégaux d'animaux sauvages, les groupes clandestins et les agents gouvernementaux corrompus. Elle produit des contenus allant de la BD aux documentaires multi-récompensés pour sensibiliser le grand public à ces problématiques.
  • Environmental Investigation Agency : cette agence est spécialisée en crimes et abus environnementaux, dont l'exécution et le trafic d'animaux sauvages, en particulier des éléphants, des tigres et des pangolins.
  • SOS Fauna et Freeland : ces associations brésiliennes luttent contre le trafic d'animaux sauvages, en partenariat avec la police routière, l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles et la police fédérale. Ces agences découvrent ainsi des pratiques surprenantes, comme un cas de chaussettes remplies de serpents d'Amérique du Nord, envoyées ensuite par courrier.
papagaios

Aller plus loin qu'un simple rapport de saisie d'animaux

Malgré des effets dévastateurs, les médias traditionnels ne suivent pas le trafic d'animaux sauvages de manière régulière. Leur couverture se limite souvent à l'annonce de nouveaux rapports de recherche ou de saisies importantes d'animaux effectuées sur des réseaux routiers, lors de congrès, dans des ports ou aéroports.

Pour aller plus loin, les journalistes doivent enquêter pour exposer les faiblesses des réponses gouvernementales et les failles juridiques en termes de classification d'actes illicites envers les animaux sauvages. Par exemple, quels animaux peut-on garder en temps qu'animaux domestiques ? Combien sont confisqués annuellement ? S'il n'a pas lieu dans un marché ouvert, où le trafic animalier a-t-il lieu ?

Au Brésil, les réseaux criminels mettent à profit des groupes WhatsApp et Facebook, car le trafic d'animaux sauvages est généralement considéré comme un crime mineur par rapport au trafic d'êtres humains ou de drogues.

De par sa nature internationale, le trafic d'animaux sauvages se prête particulièrement bien aux projets de reportages collaboratifs entre différents pays. Les journalistes peuvent ainsi analyser comment de différentes législations peuvent faciliter la circulation de faune et de flore à travers les frontières. Ils peuvent aussi suivre les échanges monétaires et cartographier les itinéraires empruntés utilisés lors de ces trafics.

Les événements politiques, économiques et sanitaires majeurs peuvent aussi donner lieu à de bons sujets. Par exemple, le gouvernement de Jair Bolsonaro a allégé la répression contre les crimes environnementaux au Brésil. Une ordonnance d'avril 2019 a ainsi facilité l'imposition de simples amendes pour les crimes contre la nature.

Les experts reconnaissent que la baisse de vigilance due au COVID-19 a comme conséquence un environnement plus favorable au trafic d'animaux sauvages. "Durant le confinement, les trafiquants ressentent un sentiment d'impunité encore plus grand. Ils veulent de plus en plus de marchandise à vendre pour répondre à la demande et sortir gagnants", explique Juliana Ferreira, directrice exécutive de Freeland Brasil, dans un article publié par InfoAmazonia.

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En parallèle, la pandémie a révélé au monde le risque des zoonoses, ces maladies transmissibles d'animaux vers les humains et associées à la consommation d'animaux sauvages, précise Mme Ferreira, qui détient un doctorat en biologie génétique. Elle insiste sur le fait que "l'interdiction mondiale du trafic d'animaux sauvages" est une des mesures clef à prendre pour prévenir de futures pandémies. L'émergence de précédentes épidémies comme celle d'Ebola (1976), SRAS (2003) et MERS (2012) est, selon elle, "intrinsèquement liée à la façon dont nous exploitons les animaux sauvages".

Une raison de plus pour que les journalistes jouent leur rôle de chiens de garde lorsqu'ils s'agit de trafic animalier.


Aldem Bourscheit est un journaliste indépendant basé à Brasília et spécialiste de la préservation de la nature, de la science et des communautés traditionnelles et indigènes. M. Bourscheit travaille avec des médias et des ONG au Brésil et ailleurs. Il est membre du Réseau brésilien de journalisme environnemental et de la Commission sur l'éducation et la communication de l'Union internationale pour la préservation de la nature, ou IUCN, en portugais).

Photos : aras rouges (principale), un kinkajou en cage et des perroquets. Crédit photo : SOS Fauna.