L'état du journalisme scientifique en Indonésie

12 juil 2024 dans Reportage environnemental
Mont Bromo, Probolinggo, Java Est, Indonesie.

Selon une étude réalisée en 2023 par des chercheurs de l’Université James Madison et de l’Université du Pendjab, le manque d’articles scientifiques, la formation insuffisante des journalistes couvrant les sujets liés à la science et les barrières de communication entre scientifiques et journalistes sont autant de freins au journalisme scientifique dans les pays du Sud.

Les journalistes scientifiques indonésiens sont confrontés à de nombreux obstacles. Outre les possibilités limitées de publication d'articles scientifiques en Indonésie, où de nombreux médias ne donnent pas la priorité à la couverture de l'actualité, il existe également un manque de données fiables.

Malgré ces problèmes, l’intérêt pour le journalisme scientifique dans le pays s'accroît, en particulier au lendemain de la pandémie, déclare Melvinas Priananda, directeur exécutif de la Société des journalistes scientifiques indonésiens (SISJ) : “La pandémie de COVID-19 est un point de départ qui fait que tout le monde a besoin de certitudes et souhaite connaître la science, être attentif à l’environnement qui l’entoure et rester en bonne santé.”

J’ai parlé avec des journalistes scientifiques en Indonésie pour mieux comprendre l’état du journalisme scientifique dans le pays, ses forces et ses faiblesses, et ce qui peut être amélioré.

Les défis auxquels sont confrontés les journalistes scientifiques 

Les journalistes spécialisés dans les sujets scientifiques n'ont pas forcément de formation scientifique. Il est donc essentiel qu'ils s'adressent à des scientifiques qualifiés pour leur expliquer les problèmes liés aux recherches, aux événements ou aux autres développements sur lesquels ils sont susceptibles de faire des reportages. 

“J’imaginais que les journalistes devaient aborder leurs reportages avec une perspective scientifique, en intégrant leurs observations, leurs analyses et leurs connaissances des problèmes dans leur couverture, à la manière des scientifiques. Même si le journalisme indonésien ne va pas dans cette direction, tel était mon rêve,” déclare Harry Surjadi, journaliste environnemental et ancien ICFJ Knight Fellow.

En 2011, M. Surjadi a créé un canal de communication permettant aux habitants des zones reculées de Bornéo d’envoyer des informations par SMS à Ruai TV, une chaîne de télévision de la capitale provinciale. L’initiative a également formé des journalistes citoyens à l’utilisation des téléphones portables pour documenter des problèmes tels que l’exploitation forestière illégale et le défrichement illicite des terres dans la région.

Pour les journalistes scientifiques, provoquer des changements par le biais de leurs reportages est un autre défi, poursuit M. Surjadi : “Convaincre le public indonésien, en particulier les décideurs politiques, d’adopter une approche scientifique logique dans la mise en œuvre des politiques est une tâche difficile pour les journalistes scientifiques.”

Tout comme les journalistes d'autres domaines, les journalistes scientifiques doivent effectuer les recherches nécessaires sur les sujets qu'ils couvrent pour s'assurer que leurs reportages sont aussi complets que possible pour les lecteurs. Un manque de préparation peut se traduire par une couverture trop simpliste de sujets scientifiques qui peuvent être complexes. 

“Habituellement, ces articles trop simplistes sont des histoires qui mettent en avant mes recherches et qui sont publiées sans que je sois contactée”, explique l'écotoxicologue Wulan Koagouw, connue pour ses recherches sur la contamination au paracétamol dans les eaux de la baie de Jakarta.

Les termes techniques et le langage, en particulier, peuvent poser des problèmes aux journalistes. Il peut donc être encore plus difficile de faire comprendre au public les subtilités des sujets. “Lorsqu’un journaliste fait référence aux résultats d’une étude et pose des questions intelligentes et de qualité, je sais qu’il connaît bien le sujet,” affirme Mme Koagouw.

 

L'état du journalisme scientifique en Indonésie

Les entretiens avec M. Priananda, M. Surjadi et Mme Koagouw mettent en lumière l’efficacité des reportages scientifiques ces dernières années et les défis qui subsistent.

Voici quelques exemples de reportages scientifiques efficaces :

  • Le public peut prendre les mesures appropriées et améliorer les décisions en se basant sur les connaissances de base des journalistes. Par exemple, au plus fort de la pandémie de COVID-19, les rédactions ont sensibilisé les populations à l’importance du port du masque, de la distanciation sociale, du lavage des mains avec du savon et de la vaccination.

  • Dans des exemples tels que les reportages sur la pollution dans la baie de Jakarta, les journalistes scientifiques indonésiens ont parfois réussi à inclure une analyse solide de la recherche scientifique pour leur public.

La croissance du journalisme scientifique, note M. Priananda, a permis aux Indonésiens de mieux comprendre la recherche, l’innovation et les nouvelles technologies dans l’actualité.

Parmi les défis qui restent à relever aujourd’hui, cependant :

  • Les données scientifiques et les résultats de la recherche peuvent être difficiles d’accès pour les journalistes scientifiques en Indonésie.

  • Les données relatives aux sujets scientifiques, lorsqu’elles sont disponibles, sont très chargées et difficiles à comprendre pour les journalistes indonésiens.

  • Les journalistes indonésiens qui manquent de formation scientifique, de connaissances et d’expérience pour rendre compte des événements scientifiques sont parfois réticents à contacter les scientifiques.

J’ai également pu constater au cours de mes conversations que le journalisme scientifique en Indonésie a de nombreux aspects positifs. À l’avenir, les journalistes scientifiques devront garder à l’esprit les points suivants dans l’exercice de leur profession :

  • Le journalisme scientifique bénéficie d’une attention croissante de la part des responsables éditoriaux des médias et des rédactions.

  • Les journalistes scientifiques doivent étudier les derniers développements scientifiques et technologiques pour continuer à répondre aux besoins de leur public.

  • Mettre en évidence la pertinence des sujets liés à la science dans leur vie aide le public à mieux comprendre la recherche, l’innovation et les nouvelles technologies.

  • Une meilleure compréhension des recherches par les journalistes peut conduire à des reportages de meilleure qualité et, par conséquent, à une meilleure sensibilisation aux avantages de la science et de la technologie pour la société.

Une couverture médiatique accrue sur les découvertes scientifiques, les problèmes de santé, le changement climatique et bien d’autres sujets ne fera qu’accroître l’intérêt et la sensibilisation des citoyens et les incitera à prendre des décisions éclairées dans leur vie quotidienne sur ces questions cruciales.


Photo de Nanda Firdaus sur Unsplash.