Comment journalistes et sources peuvent contribuer à une meilleure représentation des expertes dans les médias

par Kathryn Shine
1 juil 2021 dans Diversité
Un micro, fond flou

La semaine dernière, la chaîne américaine ABC a annoncé qu'elle avait atteint une étape importante qu'elle tentait de franchir depuis plus de deux ans. Pour la première fois, au cours du mois de mars 2021, elle avait atteint la parité dans le nombre de femmes et d'hommes apparaissant dans ses reportages.

Cela peut paraître surprenant. On pourrait s'attendre à ce que l'équilibre entre les sexes des personnes citées dans les actualités reflète la répartition des sexes dans notre société.

Mais ce n'est pas le cas. Des études sur la couverture de l'actualité menées dans le monde entier ont systématiquement montré que plus de 70 % des personnes vues, citées et entendues dans l'actualité sont des hommes, tandis que les femmes représentent moins de 30 %.

Lorsqu'il s'agit de sources "expertes", environ 80 % sont des hommes.

En réponse à ce déséquilibre, la BBC a lancé son projet d'égalité 50:50 en 2017. ABC lui a emboîté le pas en décembre 2018. D'autres organisations médiatiques, telles que Bloomberg, ont lancé des initiatives similaires.

En dépit de ces programmes encourageants, le Global Media Monitoring Project, qui analyse les sources des contenus d'information du monde entier à une date fixe tous les cinq ans, a signalé que les progrès globaux pour faire entendre les voix des femmes dans les informations étaient "extrêmement lents".

Cela signifie que les informations ont tendance à être centrées sur les hommes et que les femmes se voient refuser la légitimité, l'autorité et le statut qui vient avec le fait d'être citées dans l'actualité. En tant que journaliste et chercheuse, j'ai voulu en savoir plus sur les raisons de cette sous-représentation des femmes.

Est-ce parce que, comme certains journalistes le prétendent, les femmes sont réticentes à être interviewées en tant que sources ? Ou est-ce parce que les journalistes ont tendance à se tourner vers les mêmes sources, encore et encore, et que la plupart de ces sources expérimentées sont des hommes ?

Ma recherche, qui a consisté à interroger 30 expertes universitaires sur leur point de vue concernant leurs interactions avec les médias, suggère que la seconde hypothèse est plus probable.

Toutes les expertes auxquelles j'ai parlé, sauf une, ont déclaré qu'elles accepteraient d'être interviewées pour un reportage. La plupart d'entre elles comprenaient et appréciaient l'intérêt de faire connaître leur travail par le biais des médias.

Cependant, elles n'étaient pas totalement à l'aise avec l'idée d'être dans l'actualité. La plupart d'entre elles ne font pas assez confiance au processus. Cela est dû en partie à des craintes concernant leurs performances, mais aussi à un manque de connaissances sur le fonctionnement des médias et sur ce que les journalistes attendent d'elles.

Comment les journalistes peuvent-ils répondre à ces préoccupations et avoir plus de chances d'obtenir un "oui" lorsqu'ils contactent une source féminine pour une interview ? Et comment les sources peuvent-elles améliorer leurs interactions avec les journalistes et tirer le meilleur parti de leurs expériences avec les médias ?

Conseils aux journalistes

Soyez très clairs. Les expertes ont généralement peu de connaissances sur le fonctionnement des médias. Vous avez beaucoup plus de chances d'obtenir une interview si vous expliquez exactement ce dont vous avez besoin, en fonction de la nature de l'interview et du temps requis.

Mettez toutes les chances de votre côté. Les experts doivent démontrer que leur travail et leurs recherches sont vus et entendus, et qu'ils ont un impact. L'engagement médiatique est un moyen majeur pour y parvenir. Rappelez à vos sources potentielles les avantages de la promotion de leur travail et de leurs recherches dans les médias.

Soyez prêts à négocier. Si vous disposez d'une certaine flexibilité quant au moment ou au lieu d'une interview, soyez prêt à en discuter avec la source. Essayez de trouver un arrangement qui vous convienne à tous les deux. Parfois, une source peut simplement avoir besoin de 10 minutes pour se préparer à un entretien.

Soyez respectueux de votre source et de son temps. Les sources sont beaucoup plus susceptibles d'accepter une interview si le journaliste semble avoir une certaine connaissance de leurs recherches et de leur domaine d'expertise. Il est également important que les journalistes reconnaissent que les sources expertes ont généralement très peu de temps (tout comme les journalistes).

Faites des retours. Faites-le pendant et après l'interview, si possible. Les expertes auxquelles j'ai parlé voulaient toutes savoir comment les interviews s'étaient passées et comment elles pouvaient s'améliorer.

[Lire aussi : Comment bien mener une interview avec un expert]

Conseils aux sources

Dites oui, mais... Cela ne doit pas forcément être un oui inconditionnel. Il est normal de dire : "oui, je peux faire l'entretien mais j'ai besoin de 30 minutes pour me préparer." Ou "oui, mais je ne suis pas prête à parler de ce sujet ou de cette question particulière."

Posez des questions. Vous n'êtes pas obligée de laisser le journaliste poser toutes les questions. Si vous ne savez pas ce que le journaliste attend de vous, demandez-le lui.

Ne préparez pas trop votre intervention. La plupart des interviews sont brèves et ne durent qu'une dizaine de minutes. Ne perdez pas de temps à trop vous préparer ou à trop réfléchir. Faites confiance à votre expertise et à vos connaissances.

Ne vous punissez pas mais apprenez de vos erreurs. Écoutez ou regardez vos entretiens pour voir comment vous pouvez vous améliorer. Mais reconnaissez qu'il faut du temps et de l'entraînement pour devenir une commentatrice médiatique accomplie.

Soyez authentique. Pour les interviews à la radio et à la télévision en particulier, essayez de vous détendre et de laisser transparaître votre personnalité et votre passion pour votre travail.


Kathryn Shine est chargée de la discipline à la faculté de journalisme de Curtin University. Cet article a été initialement publié sur The Conversation sous une licence Creative Commons. Lisez l'article original ici.

Photo de Gezer Amorim sur Pexels.