Ce qu'il faut savoir lorsqu'on couvre les variants du COVID-19

par Lucía Ballon-Becerra
3 févr 2021 dans Couvrir le COVID-19
Masques et gants

En partenariat avec notre organisation-mère, le Centre international pour les journalistes (ICFJ), IJNet met en relation journalistes, experts en santé et dirigeants de rédactions à travers une série de webinaires sur le COVID-19. Cette série fait partie du Forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale de l'ICFJ. Vous pouvez retrouver ici tous nos articles consacrés à la pandémie. 

Alors que les gouvernements du monde entier viennent de lancer leurs campagnes de vaccination contre le COVID-19, de nouvelles souches du virus suscitent des inquiétudes croissantes parmi les experts.

Les scientifiques ont établi un lien entre un variant au Royaume-Uni et une propagation plus rapide de la maladie, par exemple, ce qui a conduit le pays à un confinement plus strict. Un autre variant signalé en Afrique du Sud semble également être plus transmissible que les formes précédentes.

Que savons-nous de ces variants ? Les nouvelles souches réagissent-elles différemment aux vaccins ? L'incertitude autour du COVID-19 et la durée de la crise ont-elles mieux préparé les experts et les systèmes de santé à de futures épidémies ?

"L'épidémie de coronavirus nous a appris la rapidité avec laquelle la situation peut changer et la nécessité de s'adapter à mesure qu'elle évolue", a déclaré le zoologue Bernardo Gutierrez lors d'un webinaire du Forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale de l'ICFJ.

Bernardo Gutierrez est chercheur au département de zoologie de l'université d'Oxford, où il étudie la transmission des virus. Il a échangé avec Patrick Butler, vice-président chargé des contenus et de la communauté de l'ICFJ, pour discuter des aspects scientifiques derrière ces mutations, de la détection des variants et de la préparation aux futures épidémies.

 

 

Voici quelques citations et leçons tirées de l'intervention de M. Gutierrez :

L'émergence de mutations du virus

  • Les mutations de virus se produisent naturellement et sont assez courantes. Lorsque le virus se transmet et circule au sein des populations locales, il fait des copies de lui-même et les mutations s'accumulent.
  • Les mutations du génome se produisent au hasard. Il est donc possible que l'une de ces mutations aléatoires augmente la capacité du virus à se propager. Cependant, la majorité des mutations sont muettes, ce qui signifie que les changements n'affectent pas le comportement du virus, le type de maladie, ni la vitesse de transmission.
  • Les variants britannique et sud-africain ont des noms spécifiques, B.1.1.7 et B.1.351, respectivement. Leur noms diffèrent car ces variants sont d'origines entièrement indépendantes.

[Lire aussi : Conseils pour couvrir la sortie des vaccins contre le COVID-19]

Les taux de transmission

  • Les deux nouveaux variants ont des mutations différentes et même si leurs comportements peuvent sembler similaires en termes de taux de transmissibilité, ce sont néanmoins des versions différentes du virus. Le variant sud-africain présente deux mutations particulières, dont une partagée avec le variant britannique, dans une zone importante du virus. Elle pourrait potentiellement être associée à sa transmissibilité.
  • Il est difficile de déterminer si une augmentation du nombre de cas est directement due à un nouveau variant. Corrélation ne signifie pas causalité : une augmentation du nombre de cas ne doit pas nécessairement être interprétée comme le produit d'un nouveau variant. Les scientifiques cherchent en ce moment à savoir si le variant britannique contribue fortement à l'augmentation des infections.
  • On a estimé que la transmissibilité du variant britannique était entre 30 et 70 % plus élevée, mais ces chiffres ne sont pas définitifs. La moyenne générale de ces estimations semble être proche de 50 %, c'est pourquoi le variant britannique serait 50 % plus transmissible que les formes précédentes du virus. Nous étudions encore quel serait l'ensemble des conséquences possibles de ce changement de transmissibilité.

La détection de nouveaux variants selon les pays

  • Quand de nouveaux cas sont détectés dans certains pays, cela signifie qu'il existe déjà un certain degré de circulation du virus au sein de la population. L'identification de nouveaux variants nécessite du séquençage génétique, une technique encore peu courante dans le monde. Certains pays en ont un certain niveau d'expertise et des ressources disponibles, mais d'autres sont encore en train de mettre en place leur surveillance génomique, l'analyse nécessaire à la détection rapide des agents pathogènes.
  • Le variant britannique a été découvert dans au moins 45 pays à l'heure actuelle, mais les différences d'approches scientifiques et de circonstances influent sur les taux de détection. Il est donc probable qu'il soit présent dans beaucoup d'autres pays. Lorsque le virus a commencé à atteindre d'autres pays, les ressources disponibles et la mise en place de chaque système de surveillance ont affecté la capacité à identifier les cas. Certains organismes de santé publique ne disposaient pas des capacités, des technologies ou des ressources nécessaires pour détecter les cas à un stade précoce.
  • Le Royaume-Uni a une longueur d'avance en termes de séquençage génomique alors que les États-Unis n'ont pas autant d'expérience. Le nouveau variant pourrait y être plus répandu qu'actuellement rapporté. Pour un pays aussi vaste que les États-Unis, qui gère la surveillance et les données épidémiologiques au niveau des États, la mise en œuvre d'une stratégie unique coordonnée est un défi.
  • Le Royaume-Uni a mis en œuvre l'une des stratégies de surveillance épidémiologique les plus développées, qui est le fruit du soutien du gouvernement et d'une coordination efficace entre de nombreux organismes de santé publique et établissements universitaires, ainsi que d'un investissement précoce en ressources et en temps.

[Lire aussi : Lutte contre le COVID-19 : informer les populations locutrices du tamazight en Algérie]

L'efficacité des vaccins sur les nouveaux variants

  • Lorsque l'organisme développe une réponse immunitaire à un virus, les anticorps produits ne ciblent pas forcément qu'une partie spécifique de la protéine du virus qui enrobe l'enveloppe de la particule virale. L'organisme peut développer différentes versions d'anticorps qui se lient de manière légèrement différente à la protéine, rendant les anticorps et les vaccins résistants à des mutations mineures.
  • L'analyse effectuée jusqu'à présent suggère que les variants, en particulier le variant britannique, ne devraient pas affecter l'efficacité des vaccins. Le variant sud-africain pourrait avoir un effet plus important sur le comportement du virus, voire présenter une résistance, mais il n'est pas certain que cette conclusion tienne dans la durée.

Notre niveau de préparation face à d'autres pandémies

  • Compte tenu des tendances à la mondialisation et aux déplacements croissants, les systèmes de santé et les chercheurs du monde entier ont besoin de ressources, de protocoles et d'investissements monétaires solides pour contenir les futures épidémies locales.
  • La surveillance génomique, qui nécessite des infrastructures et des expertises particulières, serait l'approche idéale pour se préparer de manière adéquate à d'autres éventuelles épidémies. Cependant, la disponibilité des ressources pourrait poser problème dans certaines parties du monde. Les niveaux de recherche et de ressources disponibles diffèrent énormément entre les pays.
  • Le COVID-19 a été source de nombreux apprentissages pour la communauté scientifique. Aujourd'hui, leur boîte à outils est plus fournie en termes de lutte contre les pandémies, de mise en œuvre de plans de diagnostic, de connaissances sur la diffusion de l'information et l'influence des différends politiques. Forts de cette expérience, les systèmes de santé et les chercheurs seront mieux équipés à l'avenir pour établir leurs stratégies et communiquer en période d'incertitude.

Lucía Ballon-Becerra est assistante chargée de programmes pour l'ICFJ.

Image principale sous licence CC par Unsplash via Ibrahim Boran.

Cette interview a été condensée par souci de clarté.


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