TV5mondeplus promeut la langue française dans 194 pays

بواسطةAnge Kasongo
Sep 24, 2020 في Sujets spécialisés
Une jeune femme sur son ordinateur

Lancée le 9 septembre par TV5Monde, TV5MondePlus vise le public francophone du monde entier (pas encore aux USA, en Chine et aux Pays-Bas). Cette nouvelle plateforme de streaming rend les programmes francophones gratuits accessibles, dans un univers numérique majoritairement payant. Ceci alors qu’en Afrique, le coût et la qualité de l’Internet risquent de ralentir le train de la diversité culturelle et de la langue française.

Téléfilms, séries télévisées, concerts, podcasts, le nouvel outil porté par TV5 Monde et ses partenaires vise à ne pas laisser le terrain du streaming aux seules plateformes américaines. Il regroupe des programmes issus des catalogues de France Télévisions, Radio Canada, RFI, la RTBF, RTS, Télé Québec, TV5 Québec Canada...

“Nous n’avons pas la prétention de concurrencer Netflix ou Disney plus, mais de proposer une alternative en français avec des programmes francophones”, expliquait Yves Bigot, DG de TV5 monde dans l'émission Ateliers des médias sur Radio France Internationale.  

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Les plateformes de streaming se développent à travers le monde. En avril dernier, en plein confinement, Netflix a pu renforcer sa position de leader en gagnant 16 millions de nouveaux abonnés payants contre 9,6 millions sur la même période l'année dernière, indique une dépêche de l’Agence France Presse.

5 000 heures de programmes francophones

TV5MondePlus apporte davantage de contenus francophones dans un espace numérique où il existe une majorité de contenus anglophones.  

Disponible sur le web et appli mobile, TV5MondePlus compte proposer d'ici à un an 5 000 heures de programmes francophones sous-titrés en cinq langues : en anglais, espagnol, arabe, allemand... et en français. 

Cette initiative est également perçue comme "une forme de promotion de la diversité culturelle et de la langue française" estime Philippe Couve, fondateur de Samsa et des Rencontres professionnelles de la vidéo mobile. 

Parmi les 364 millions de foyers qui reçoivent TV5 Monde, la moitié ne parle pas français.

“Il est en effet encourageant de recourir à de nouveaux outils pour promouvoir la pratique du français dans le monde”, renchérit Trésor Kibangula, formateur en multimédia. Le français est actuellement la 5e langue la plus parlée au monde après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe. 

A la différence d'une plateforme SVOD, qui permet aux plateformes de s'assurer de revenus récurrents et d'un revenu par utilisateur (ARPU) supérieur à celui des plateformes vidéos financées par la publicité, TV5MondePlus est gratuite, "ce qui nous singularise", estime Yves Bigot. Il suffit de s'inscrire pour accéder aux contenus. La plateforme peut diffuser de la publicité.

Les utilisateurs ont également accès à des contenus audio, une particularité pour une plateforme comme celle-ci.

Cinq pays membres de la francophonie financent TV5MondePlus, disponible dans 194 pays. 

Le futur de la télé est-il vraiment dans le streaming ? 

"Le streaming propose une offre plus adaptée à certains publics qui sont parfois les grands oubliés des chaînes de télévision traditionnelles qui, sous prétexte de s'adresser à tous les publics, ont parfois tendance à privilégier des publics masculins et plus âgés", explique Philippe Couve. 

Pour des nombreux observateurs, le streaming est appelé à gagner du terrain mais pas à remplacer la télévision. 

"La télévision ne va pas disparaître car elle est – avec la radio – le seul média présent sur une très grande partie du territoire de la plupart des pays d'Afrique. ce qui n'est pas le cas d'Internet aujourd'hui", analyse Philippe Couve.

“L'enjeu n'est sans doute pas seulement de se lancer dans le streaming, mais de se reconnecter avec ses audiences et leurs besoins. Ce que les plateformes dédiées font plutôt bien car elles analysent en permanence leurs données”, juge Trésor Kibangula. 

"La télé doit prendre en compte ce mode de diffusion pour continuer son évolution”, indique-t-il.

Séduire l’audience en Afrique, face au défi lié à l’accès à Internet 

"Le streaming reste fortement dépendant de l’accès à Internet. En conséquence, pour des régions où cet accès à Internet demeure un luxe, le streaming restera une denrée rare et chère", prévient Trésor Kibangula.

En République démocratique du Congo, où la télévision francophone internationale accumule 15 millions de téléspectateurs sur 60 millions chaque semaine dans le monde, on attend de la nouvelle plateforme francophone plus de contenus sur les rencontres sportives, les sorties cinémas. 

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“Le développement d'Internet et de la 4G vont obligatoirement amener les utilisateurs à aller davantage vers le streaming”, estime Patient Ligodi, responsable d’un pureplayer en RDC. 

L'accès à Internet en Afrique reste difficile et les réseaux sociaux sont souvent bloqués lors des tensions politiques.

Et Philippe Couve de prédire : “si les plateformes de streaming de type Netflix ne sont pas encore très développées dans cette partie du monde, c'est appelé à changer au fur et à mesure de l'augmentation de la bande passante disponible et de la baisse du prix des abonnements data qui permettent d'accéder à Internet sur son mobile".

La plateforme était annoncée en octobre 2018 par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Justin Trudeau. TV5 Monde est le troisième réseau télé mondial après CNN et MTV, le premier en français. Il est présent dans 194 des 197 pays reconnus par l'ONU.


Photo sous licence CC par Brooke Cagle via Unsplash


Ange Kasongo est une journaliste, formatrice et autrice congolaise. Actuellement, elle travaille sur des sujets de fact-checking au bureau de Kinshasa de l’AFP. 

Auditrice de l'Institut national des hautes études de sécurité et de justice (INHESJ) en 2018, elle se lance dans une enquête sur un bidonville très redouté de la capitale congolaise. 

Le résultat de son travail figure dans un récit-enquête Les femmes de Pakadjuma. La journaliste s'intéresse aux questions socio-politiques en Afrique, aux droits de l'homme et au développement numérique.