RDC : la générosité des auditeurs aide les radios pendant le COVID-19

parBadylon Kawanda
27 juil 2020 dans Engagement des lecteurs
Cœur

Afin de surmonter les conséquences économiques dues au COVID-19, les radios communautaires de la province du Kwilu dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC) recourent de plus en plus à la générosité des auditeurs. Ils contribuent en espèce ou en nature pour que des millions d’auditeurs continuent à avoir accès à l’information dans sa pluralité et sans interruption. Une solution qui a produit ses fruits.

C’est le cas avec la Radio Tomisa créée le 23 septembre 1996 par le diocèse de Kikwit et émettant en FM, (97.5 MHZ) dans la ville du même nom. Chaque jour, elle émet de 5 h 00  à 9 h 00 TU les avant-midis, et de
15 h 00 jusqu’à 21 h 00 TU les après-midis.

Les auditeurs répondent présents

En dépit du fouet économique du COVID-19, les journalistes continuent à couvrir des événements, à traiter et à diffuser des informations via les journaux parlés à l’intention de ses quatre millions d’auditeurs. 

Plus de 50 animateurs bénévoles animent, selon la grille des programmes, des émissions qui sont relatives à plusieurs domaines de la vie : agriculture, environnement, éducation, sport, développement durable…

"Sentant les conséquences du COVID-19 arriver, surtout quand le gouvernement avait décrété ‘’l’Etat d’urgence sanitaire’’ en mars dernier, nous avions commencé par sensibiliser les auditeurs via des communiqués lus à plusieurs reprises sur les antennes. Nous avons proposé des émissions spéciales pour faire montrer l’importance d’une radio et des informations surtout pendant cette période critique. Les auditeurs ont compris et ils viennent à tour de rôle déposer leurs contributions en espèce ou en nature", explique l’Abbé Guy Masieta, directeur.

Plus de 2 000 dollars reçus des auditeurs

Chaque jour la radio cite les noms de ceux qui contribuent, y compris le montant déposé en Francs congolais ou en Dollars américain. En trois mois, cette radio a reçu plus 2 000 dollars de contribution, argent qui aide à l’achat de carburant et des consommables. 

Idem au sein de la radio-télévision la Voix de l’Aigle (96.2 MHZ) de la Communauté ecclésiale de Branham. Cet organe de presse avait d’abord connu, en 2019,  un incendie qui avait endommagé plusieurs matériels du studio. 

"Nous avions lancé un cri d’alarme et un SOS auprès des auditeurs et des membres de la 'Communauté ecclésiale’. Grâce à leurs contributions et à l’apport des autres âmes de bonne volonté, nous avons pu acheter de nouveaux matériels (5 350 dollars américains). Cette même communauté continue à soutenir petit à petit pendant cette période de la pandémie de COVID-19", témoigne Espérance Nzila, directrice. 

Toujours basée à Kikwit, la Radio communautaire Message islamique (94.5 MHZ) a vu arriver des contributions : "Des imams qui animent aussi des émissions de sensibilisation concernant la crise sanitaire contribuent en espèce. Entre mars et juillet 2020 quelque 3 000 dollars ont été encaissés", indique  son directeur Idi Lisaka.

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Dans le territoire de Bagata, à plus de 200 kilomètres de Kikwit, la radio communautaire Télemisa (104.8 MHZ), a bénéficié de la générosité en nature de son public : "Etant donné que plus de 70 % de nos auditeurs sont des paysans, des contributions arrivent en nature, des gens amènent des maïs, des maniocs, des légumes, des haricots…que nous vendons pour générer des recettes, même si celles-ci ne couvrent pas à 100 % les besoins et les charges de la radio", indique à IJNet Thomas Bisangala, directeur des programmes. 

Selon lui, la crise du COVID-19 a permis à la communauté de se réveiller, de se prendre en charge et de prendre leur radio en charge. C’est de cette façon que la Radio Madimba (106.0 MHZ) dans le territoire de Gungu continue à émettre pendant cette crise. 

Selon l’UNESCO, la radio communautaire a pour but de donner la parole à ceux qui en sont privés, de servir de porte-voix aux populations marginalisées ; elle se situe au cœur du processus de communication et de démocratisation des sociétés.

La même source note que "la radio communautaire permet aux citoyens de faire connaître leurs points de vue sur les décisions qui les concernent. Les notions de transparence et de bonne gouvernance prennent une nouvelle dimension et contribuent au renforcement de la démocratie. Elle amplifie les efforts de développement des populations rurales et des couches défavorisées des villes, du fait de sa capacité exceptionnelle à faire partager en temps réel des informations essentielles concernant le développement, les perspectives d’avenir, les expériences, les connaissances pratiques et les questions d’intérêt général".

De son côté, Itai Madamombe, l'un des rédacteurs d'Afrique Renouveau, un magazine diffusé aux Etats-Unis, reconnaît les radios communautaires comme "la voix des pauvres". 

Celles qui recourent à la générosité des auditeurs dans la province du Kwilu font partie de la Fédération des radios de proximité du Congo, une plateforme qui encadre plus de 100 radios communautaires en RDC depuis plus de 10 ans. 


Badylon Kawanda est journaliste, rédacteur en chef de la radio diocésaine Tomisa à Kikwit, en République démocratique du Congo ; Il est également depuis 1995 directeur du Centre culturel Mwinda.


Photo : sous licence CC par Chang Duong via Unsplash