Journaliste du mois : Izhar Ullah

13 juil 2021 dans Journaliste du mois
Izhar Ullah en reportage

Retrouvez tous nos portraits de journalistes à travers le monde, dans notre rubrique "Journaliste du mois", sur IJNet en français. 

Dès son plus jeune âge, le journaliste Izhar Ullah savait qu'il était passionné d'écriture. En seconde, il a commencé à écrire pour un magazine pour enfants au Pakistan et s'est mis à rechercher comment faire carrière dans le journalisme. Mais malgré l'amour d'Izhar Ullah pour l'écriture, sa famille n'a pas soutenu son désir d'en faire son métier.

"Ma famille me disait que je devais obtenir un diplôme d'ingénieur civil et qu'ensuite je pourrais faire ce que je voulais. Après avoir obtenu mon diplôme d'ingénieur, j'ai passé un diplôme en journalisme", raconte M. Ullah.

Bien qu'il ait été confronté à des obstacles tels que l'absence de soutien familial au début de sa carrière et les dangers qui accompagnent les reportages dans les régions reculées du Pakistan, la persévérance et le dévouement de M. Ullah pour informer sa communauté restent forts.

Son engagement dans le journalisme lui a permis de produire des articles remarquables. Qu'il s'agisse d'un reportage sur les craintes liées au fait d'être transgenre et la découverte de sa séropositivité ou d'un reportage sur l'équipe 100 % féminine représentant le Peshawar aux compétitions scientifiques, M. Ullah a utilisé ses mots pour sensibiliser le public aux expériences de divers groupes de personnes au sein de sa communauté.

Tout au long de sa carrière, M. Ullah a travaillé pour la BBC, Dawn, et The Express Tribune, où il a réalisé des reportages d'investigation sur le gouvernement, les droits de femmes et les droits civiques.

En 2014, il a également participé à un projet de reportage mené par l'organisation GIZ. Il s'est ainsi rendu dans les districts tribaux du Pakistan et a rédigé des reportages qui ont ensuite été diffusés sur Radio Pakistan.

Au cours des huit dernières années, M. Ullah a réalisé des reportages dans la province de Khyber Pakhtunkhwa et dans les régions frontalières de l'Afghanistan. Il travaille actuellement comme reporter pour l'Independent Urdu.

À quels défis êtes-vous confronté lors de vos reportages ?

Le journalisme au Pakistan est toujours soumis à des pressions. Il faut tenir compte de différentes préoccupations étatiques et non étatiques. En particulier, lorsque l'on réalise des reportages sensibles pour les populations autochtones et des reportages sur les femmes dans les régions reculées du Pakistan.

Il y a toujours des dangers et des problèmes lorsqu'un journaliste se rend dans une région où il y a des barrières culturelles. Comme je travaille beaucoup sur les droits des femmes, trouver des femmes dans les régions reculées qui sont prêtes à parler et à partager leurs histoires a toujours été un défi. Dans la société pakistanaise, en particulier dans les régions reculées, les femmes viennent rarement s'exprimer devant la caméra.

J'ai trouvé beaucoup de ressources sur IJNet sur la façon de faire du journalisme dans une zone aussi sensible ou dans une zone où il y a des contraintes culturelles. Alors oui, il y a des pressions, mais nous continuons à faire du journalisme et nous couvrons beaucoup de sujets importants.

Quels sujets avez-vous couverts et pourquoi était-il important pour vous de les faire connaître ?

J'ai beaucoup travaillé sur les droits des femmes dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord-ouest du Pakistan. J'ai réalisé des reportages sur les crimes dits "d'honneur," les mariages d'enfants et les abus dont est victime la communauté transgenre dans cette région.

Par ailleurs, j'ai réalisé de nombreux reportages sur le droit de vote des femmes. Divers incidents se sont produits lors des élections générales pakistanaises de 2018, au cours desquelles les femmes n'ont pas pu voter, notamment dans les districts reculés de la province. Les femmes représentent près de 50 % de la population du pays et les empêcher d'exercer leur droit de vote va à l'encontre de la liberté d'expression. Le grand public doit en être conscient.

Que faites-vous pour assurer votre sécurité lors de vos reportages ?

Premièrement, je respecte tous les protocoles de sécurité donnés par mon média. Deuxièmement, j'étudie toujours la culture et les traditions de la région que je visite, afin de ne rien faire qui aille à l'encontre de la culture ou des traditions de la communauté.

J'essaie également de créer du lien avec des habitants de la région pour qu'ils m'aident à m'orienter, car ils connaissent mieux la région et sa culture.

[Lire aussi : Assurer sa sécurité en tant que journaliste indépendant]

Vous avez beaucoup pratiqué le journalisme d'investigation. Avez-vous envie d'essayer d'autres types de reportages ?

J'apprends différentes choses afin de pouvoir faire des reportages sur les questions environnementales. L'année dernière, j'ai travaillé pendant six mois en Asie du Sud dans le cadre d'une bourse de reportage de Climate Tracker.

Je ne suis pas un expert en reportage environnemental mais j'apprends et je souhaite en savoir plus sur l'environnement et les crises climatiques.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience du Chevening South Asian Journalism Program, que vous avez trouvé sur IJNet ?

J'ai été sélectionné pour ce programme en décembre 2020. Notre visite devait avoir lieu en mars, mais malheureusement, la pandémie l'a retardée de mars à juin, puis de juin à octobre. Nous attendons maintenant nos visas afin de pouvoir nous rendre à Londres et participer à ce prestigieux programme.

Je m'attends à ce qu'il soit très fructueux car des journalistes d'Inde, du Bangladesh et du Népal en font également partie. Il s'agira d'une expérience interculturelle. Nous aurons la chance d'apprendre d'eux, ils pourront apprendre de nous et nous pourrons partager nos expériences. Le programme lui-même est très prestigieux, avec une sélection très rude et je suis donc fier et heureux d'avoir été choisi.

Quels conseils donneriez-vous à des journalistes en devenir ?

Premièrement, un reportage juste et précis est l'un des principes de base du journalisme. Deuxièmement, si un journaliste incorpore les versions des deux parties d'un conflit dans son article, il assurera sa sécurité et ne sera pas confronté à des problèmes après la publication de l'article, ce qui peut aller d'actions en justice contre le journaliste à des menaces de la part du camp que le journaliste aurait oublié d'interroger.


Jamaija Rhoades est stagiaire chez IJNet.

Photo fournie par Izhar Ullah.