Côte d’Ivoire : le boom de la presse en ligne

22 déc 2021 dans Journalisme digital
Un portable

Depuis quelques années déjà –encore plus après la crise ivoirienne de 2010–  le numérique a bouleversé l’environnement médiatique ivoirien. Sites internet d’informations d’actualités, journalisme citoyen, blogs, autant de moyens qui aujourd’hui impactent la communication en Côte d’Ivoire. Immersion dans un environnement qui a changé le paysage médiatique ivoirien ces dernières années.

La passion et l’envie de vouloir apporter une information de choix aux populations, la promptitude dans le partage des informations, la fiabilité dans le contenu ont fait de cette presse au quotidien un incontournable dans la communication de l’actualité du pays. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, s’informer via un site internet d’informations est devenu chose courante. La presse numérique fait bouger les lignes et devient incontournable dans la vie médiatique de chaque jour.

Les crises sociopolitiques à répétition en Côte d’Ivoire ont fragilisé plusieurs secteurs d’activités économiques dont celui de la presse. L’instabilité sociale a créé un climat de méfiance dans le pays, résultat, les bailleurs de fonds et autres opérateurs économiques qui n’investissent pas pour perdre se montrent plus réticents quant au financement des entreprises de presse.

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"Innovation et qualité du contenu"

Alert-infos.net est un journal en ligne d’informations générales qui existe depuis plus de 15 ans dans la capitale ivoirienne. Ce média numérique a reçu au mois de novembre dernier le prix Samba Koné de la meilleure entreprise numérique et digitale de la région de l'Afrique de l’Ouest.

M. David Youant que nous avons rencontré en est le promoteur. Il nous révèle que pour qu’une entreprise de presse en ligne puisse se démarquer sur la scène médiatique, l’innovation et la qualité du contenu sont de rigueur. "Le sens de l’innovation en matière  technologique, la qualité, et surtout la pertinence et la justesse de son contenu, font partie des ingrédients phares pour un journal en ligne",  nous confie-t-il. Le boom de la presse en ligne est visible au pays d’Alassane Ouattara.

Le journaliste Soualio Bakayoko, propriétaire du site Hits de babi, un magazine en ligne qui promeut la culture ivoirienne indique que "la prolifération d’Internet dans le pays, incite une grande partie de la population à s’informer via les supports digitaux. La lecture par smartphones connaissant une progression fulgurante".

Un rapport de Inflection Point International, paru il y a quelques mois et publié par la plateforme latino américaine SembraMedia qui s’engage pour les médias numériques indépendants, a révélé dans son étude que les acteurs des médias numériques en Afrique innovent chaque jour et ont un impact significatif sur leur environnement, ceci malgré des budgets souvent minimes et sans subventions.

C’est le cas du site ivoirien en ligne Abidjan.net qui fournit du contenu de qualité et dont la réputation a traversé les frontières nationales. Le responsable de la structure M. Robert Kra nous confie ceci : "En plus de la qualité et la fiabilité des informations que nous diffusons, nous optons pour un traitement équilibré. Nous sommes un média ouvert à toutes les tendances politiques, vivant essentiellement des revenus engendrés par notre site internet et ne bénéficiant d’aucunes subventions externes".

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Un modèle économique reposant majoritairement sur la publicité

On constate ici que comme pour les autres médias en ligne, cette entreprise ne reçoit aucun appui extérieur, et vit des insertions publicitaires. Il faut signaler ici qu’en Côte d’Ivoire, le modèle économique des entreprises de presse repose à plus de 60 % sur les annonces et publicités.

Ce que nous révèle ici Robert Kra : "Notre entreprise a développé autour de son label d’autres activités dans le secteur numérique qui lui permettent de faire des bénéfices".

C’est dire toutes les difficultés que traversent ces organismes de presse au quotidien.

David Youant de Alert.infos ajoute dans sa recette qu’une presse fiable "doit être ni pro ni anti, n’avoir aucun bailleur ni aucun financier officiel ou officieux susceptible d’orienter la ligne éditoriale. La discipline, la régularité et la rigueur dans le travail peuvent faire monter l’audience d'un média en ligne". Il faut également noter ici que ces entreprises rencontrent de nombreuses difficultés sur le plan économique.

C’est ce que nous signale le Président du REPPRELCI, (Réseau professionnel de la presse en ligne en Côte d’Ivoire)  M. Serme Lassina : "Le dernier recensement mené par le REPPRELCI a collectionné plus de 130 sites d’informations en Côte-d’Ivoire mais, moins d’une dizaine de sites sont fiables. L’environnement économique n’étant pas favorable pour leur subsistance. Il y a peu de sites qui arrivent à survivre au choc de l’environnement économique de la presse de façon générale". Il ajoute : "Malgré cette pléthore, ces entreprises de presse doivent se réinventer pour avoir des modèles économiques fiables qui assurent leur pérennité".

Respect des règles

L’entrée en scène de l’Observatoire des médias numériques (OMENCI) est un atout supplémentaire. Il faut rappeler ici que, la promotion des sites internet crédibles, œuvrant dans le respect des règles de déontologie et surtout luttant contre le phénomène de fake news est un perpétuel défi pour cette institution. Celle-ci joue un rôle de gendarme, d’auto régulation autour des entreprises de presses numériques qui existent dans le pays. Elle s’implique dans la lutte contre les violations du code de déontologie en faisant du monitoring auprès de ces organismes de presses, en veillant au respect de l’éthique et de la déontologie malgré parfois des "brebis galeuses".

Au final, on constate que la presse numérique gagne de plus en plus la confiance des Ivoiriens. La ruée vers ces médias n’est plus à démontrer. L’audience médiatique est absolument et incontestablement le numérique en Côte d’ivoire.  


Photo : Rodion Kutsaev via Unsplash, licence CC