COVID-19 : des difficultés communicationnelles entre journalistes et personnel soignant

نوشته Denise Kavira Kyalwahi
May 20, 2021 در Couvrir le COVID-19
Une soignante enfile ses gants

Les différentes provinces de la République Démocratique du Congo ont été touchées par la pandémie de COVID-19 qui sévit dans le monde entier. La maladie est arrivée au Nord Kivu (à l'Est du pays) pendant que cette province faisait face à l’épidémie d’Ebola. La lutte contre les épidémies exige une communication permanente avec les populations exposées au risque de contamination et de propagation. 

Pendant la période de pandémie dans la partie nord de la province, les journalistes qui se sont engagés dans la couverture de la pandémie ont connu des difficultés pour accéder aux données pour pouvoir communiquer sur la maladie et entrer en contact avec le personnel soignant des différents hôpitaux, et même pour assurer leur protection contre la maladie pendant la couverture. 

La région est contrôlée par la division provinciale de la santé (DPS), antenne de Butembo. Le responsable communique une fois la semaine pour actualiser les données sur l’évolution de la maladie. Les journalistes ont été obligés d’aller vers le chef de la DPS pour pouvoir s'informer sur la maladie. La collaboration est surtout basée au niveau d’une mise à la page des journalistes par la Division Provinciale de la Santé (DPS) à travers les bulletins d'informations sur la courbe de l’évolution de la maladie. 

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Muhindo Tulirwagho Stanley est journaliste à la Radio Moto Oicha (RMO), en charge des questions sanitaires dans sa rédaction. Il avoue qu’à l’avènement de la pandémie, le personnel soignant n'a pas livré des informations sur l’évolution des malades et n'a pas non plus mis les journalistes en contact avec les membres des familles de malades mis en quarantaine, ni les personnes guéries. 

"Je parle particulièrement de la Zone de Santé d’Oicha où je suis, la communication entre personnel soignant et journalistes n’avait pas été vraiment solide. [...] conséquence, le public n'en sait pas trop sur la maladie, elle peut continuer sa route sans obstacle. Or plus on cache le malade moins les gens croient à l’existence de la maladie dans le district de Santé, et moins elle sera éradiquée", raconte le journaliste Muhindo Tulirwagho Stanley.  

Florida Kahambu, journaliste reporter de la Radio Okapi, a également couvert la pandémie de COVID-19 et l’épidémie d’Ebola. Comparativement à la lutte contre Ebola, elle estime que le dynamisme communicationnel entre les soignants et les journalistes a chuté de 50 %.

Pendant le dixième épisode d’Ebola en RDC, les soignants étaient accessibles et les journalistes entraient facilement en contact avec eux, chacun selon sa responsabilité dans la riposte contre la maladie.

Les médecins experts, les psychologues qui prenaient en charge les personnes malades et guéries d’Ebola, les hygiénistes, des chargés de la surveillance, chacun d’entre eux accordaient des interviews en vue d’éclairer l’opinion sur les questions non comprises, et qui pouvaient être à la base d’une résistance. 

Il a manqué d'une vraie information à donner à la communauté, qui s’attendait parfois aux témoignages des guéris qui à leur tour auraient pu relater comment ils avaient été contaminés et avec quels signes. 

Les journalistes n’ont pas eu d’accompagnement ni d’accès dans les structures en charge des personnes souffrant du COVID-19. 

Ainsi ces experts des médias croient que la formation régulière des journalistes en matière de santé est de très grande valeur, tout comme l’organisation d'émissions de santé, avec du personnel soignant interviewé.  

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Docteur Bienvenu Kasusula estime que les journalistes doivent se renseigner sur toute situation nouvelle ou ancienne dans son milieu pour qu’ils soient à la hauteur pour informer la population, comprendre les stratégies de lutte contre cette pandémie y compris la vaccination. Ils doivent régulièrement se mettre à niveau. 

Ainsi croit-t-il que la DPS a fait de son mieux d’inviter chaque fois les journalistes lors qu’il y avait des nouvelles. Pour lui la déontologie médicale doit primer : "le secret ne peut être divulgué lorsque le médecin a été requis [...]".

Le Dr Bienvenu souligne que la COVID-19 est une réalité bien présente en ville de Butembo et ses environs. De nouveaux cas sont enregistrés chaque jour au sein des différentes structures et des guérisons sont rapportées, mais aussi des décès liés à ses complications ; surtout parmi les malades les plus âgés et ceux ayant des problèmes chroniques, comme l'hypertension artérielle ou le diabète.


Denise KAVIRA KYALWAHI est journaliste à Butembo, en République Démocratique du Congo. Elle travaille notamment pour Léo Njo Léo TV, un média en ligne  pour les Congolais de la diaspora.


Photo sous licence CC Viki Mohamad via Unsplash