Trois pistes pour mieux couvrir les crimes de haine

par Jamaija Rhoades
23 juin 2021 dans Diversité
Manifestation contre les crimes de haine

L'année dernière, les crimes haineux contre les communautés asiatiques aux États-Unis ont augmenté de 145 %. En 2020, des appels à la justice raciale ont également balayé le monde après le meurtre de George Floyd. Les crimes de haine à l'encontre de certaines communautés étant en augmentation et les citoyens étant de plus en plus conscients de ces actes, les journalistes ont été chargés de les couvrir davantage.

Dans une table ronde en ligne organisée par le National Press Club Journalism Institute, intitulé Hate Crime Coverage : How journalists can get it right (Couvrir les crimes de haine : comment le faire correctement), les intervenants ont donné des conseils sur la manière dont les journalistes peuvent améliorer leurs reportages sur les incidents motivés par la haine et les communautés affectées.

La session a réuni Moriah Balingit, présidente du chapitre de Washington, D.C. de l'Asian American Journalists Association et journaliste spécialisée dans l'éducation pour le Washington Post ; Lecia Brooks, cheffe du personnel du Southern Poverty Law Center et spécialiste des crimes de haine et du mouvement des droits civiques américains, et Tara Rosenblum, journaliste d'investigation primée pour la chaîne News 12, qui a mené un projet de deux ans visant à documenter les incidents haineux à travers New York, le New Jersey et le Connecticut. Rachel Oswald, journaliste pour CQ Roll Call et responsable de l'équipe de développement professionnel du Journalism Institute, a animé les échanges.

 

Voir les sources comme des survivants

Les panélistes ont souligné l'importance de considérer les communautés et les individus visés par les crimes haineux comme plus que des victimes. Souvent, les journalistes parlent de ces communautés uniquement en utilisant ce terme. Beaucoup, cependant, préfèrent être reconnus pour leur résistance et leur persévérance.

"J'ai découvert au cours de ce processus que la meilleure chose à faire est de leur demander comment ils veulent être désignés dans l'article. J'ai interviewé des dizaines de personnes qui avaient été confrontées à des formes extrêmes de haine dans ces reportages", témoigne Mme Rosenblum. "Neuf fois sur dix, leur réponse était 'survivant'."

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Demander des comptes aux forces de l'ordre et personnalités politiques

Les intervenantes ont discuté du fait que les journalistes ont le pouvoir de demander des comptes aux forces de l'ordre et aux politiciens lorsqu'il s'agit de signaler et de répertorier les crimes de haine dans leurs communautés.

"Je pense que ce serait une excellente idée que les journalistes fassent pression sur ces agences. Cela permet à la communauté de se sentir plus à l'aise et de savoir que les forces de l'ordre sont prêtes à réagir", pense Mme Brooks. "Si les organes d'application de la loi soutiennent que ces crimes haineux ne se produisent pas, les personnes issues des groupes qui en sont généralement victimes n'auront aucune confiance dans l'application de la loi et, à leur tour, ne signaleront rien."

Une autre façon pour les journalistes de responsabiliser les autorités est de continuer à leur poser des questions et à produire des reportages sur le sujet.

"Ne lâchez rien", insiste Mme Rosenblum. "Si vous soumettez des demandes d'information publique, en particulier concernant les agences qui ne coopèrent pas avec vous, qu'elles savent que les yeux sont braqués sur elles et que vous n'en démordrez pas, cela aura un impact en matière de responsabilité."

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Créer des liens avec les communautés

Lorsque des crimes de haine sont commis, de nombreuses rédactions se rendent compte qu'elles n'ont pas les sources qu'il leur faut ou qu'elles ne connaissent pas bien les survivants dont elles parlent, remarquent les intervenantes.

"Nous devons aller au-delà de la couverture actuelle, épisodique, et couvrir réellement des communautés comme celle des personnes asiatiques ou descendantes des îles du Pacifique. Toutes les communautés racisées aimeraient être couvertes, et pas seulement lorsqu'elles sont attaquées", assure Mme Balingit.

Pour éviter les lacunes dans la connaissance des communautés sur lesquelles vous travaillez, les intervenantes ont suggéré d'assister à des événements locaux et de parler avec les résidents de leurs conditions de vie et de ce qui se passe dans la région.

"Sortez et discutez simplement avec ces groupes, ces organisations, ces associations. Présentez-vous aux événements de l'église et échangez avec eux, tout comme vous le feriez si vous couvriez la mairie", conclut Mme Balingit.


Jamaija Rhoades est stagiaire chez IJNet.

Photo par Jason Leung sur Unsplash