Paroles d'experts : comment interpréter les chiffres du COVID-19

parFiacre Salabe
9 oct 2020 dans Couvrir le COVID-19
Décompte des malades du COVID-19

Chaque semaine, sur le Forum de reportage de la crise sanitaire mondiale, vous pouvez assister à un webinaire. Le 16e a eu lieu le 30 septembre, sur le thème "COVID-19 : comment interpréter les chiffres". Kossi Balao animait ce webinaire et a accueilli Gérard Maudrux, Docteur urologue et virologue basé en France, Marie Coussin, journaliste au Figaro et de Maurice Ndashimyé, Doctorant en mathématiques.

Certains journalistes ont du mal à interpréter les chiffres du COVID-19 pour leurs articles. Pourquoi est-il compliqué de comprendre la pandémie ? Pourquoi la gravité de la maladie diffère d’une personne à une autre ? A quel point le virus est-il mortel ? Autant de questions se posent autour de l’interprétation des chiffres sur le coronavirus, dont ce webinaire vous permet d’avoir des réponses précises.

Difficile interprétation des chiffres

"40 à 50 % des personnes qui entrent en réanimation ne s'en sortent pas et décèdent", explique le Docteur Gérard Maudrux, ancien Président de la caisse autonome des médecins de France.

[Lire aussi : Comment utiliser la datavisualisation pour couvrir le COVID-19]

Pour lui, il est difficile d’interpréter les données d’une période à l’autre dans le même pays. Actuellement, on teste plus. "Dans certains pays, si quelqu’un meurt d'une certaine pathologie, on va le compter parmi les malades du COVID-19", a-t-il ajouté, en indiquant que le bon indicateur est la mortalité annuelle, dont on ne parle pas assez.

Collecte de données

"[...] On a des données qui évoluent en dent de scie dans certains pays parce qu’on ne fait pas les statistiques le dimanche, hors c’est important de les lister", rapporte Gérard Maudrux.

Les statistiques biaisées

"Lorsqu'on a affaire à un virus qui mobilise quasiment toute la planète, on n'a pas toujours un chiffre fiable et précis. Aussi, la nature du virus a fait que les structures de collecte des données n’étaient pas adaptées à la collecte en temps réel", précise Marie Coussin, du Figaro, qui précise par ailleurs que "toutes les statistiques ne sont pas aussi biaisées".

Recours aux chiffres

"Pour procéder, il faut utiliser les indicateurs 'faciles' tels le nombre des cas d’hospitalisation, et surtout essayer de bien expliquer aux lecteurs ce que ça recouvre", martèle Marie Coussin.

[Lire aussi : Traiter la pandémie et ses données instables]

Mathématiques 

Le mathématicien Maurice Ndashimyé pense qu’au départ, certains pays n’ont pas songé à tester les personnes mais ces derniers temps, ils ont décidé de le faire en masse. Il précise que c’est ça qui a conduit à un nombre élevé de cas positifs. "Avec ce dépistage intense, il y a un grand nombre des personnes positives que même la mathématique ne peut pas expliquer", a-t-il expliqué.

Il précise que les modèles utilisés sont compacts et tiennent compte des sources d’infections externes ou internes, en indiquant que ces mêmes modèles ont été utilisés en Chine voire dans certains pays Européens.

Immunité collective  

Pour ce qui est de l’immunité collective, il a montré qu’il faut tester un échantillon de 1 000 personnes d’une communauté, pour déterminer si elles ont des anticorps ou non. Le docteur explique aussi que : "Chaque pays a ses méthodes de travail. Il est vrai que les données ne sont pas uniformisées [...]"


Fiacre Salabe est journaliste & fact checkeur indépendant en République centrafricaine.


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Photo d'illustration sous licence CC par Markus Spiske via Unsplash