La journaliste du mois : Marianna Prysiazhniuk

parDonethe Cyprien
4 août 2020 dans Journaliste du mois
Marianna Prysiazhniuk

En tant que journaliste politique en Ukraine, Marianna Prysiazhniuk a été confrontée à des situations stressantes plus d'une fois. La police non-officielle du pays l'a déjà détenue alors qu'elle était en train d'enquêter sur le terrain et elle a couvert des manifestations où les forces armées étaient intervenues.

Ces expériences ont été sources de grands apprentissages, raconte-t-elle.

"J'ai beaucoup appris dans ces situations", dit-elle. "Je suis mieux préparée aujourd'hui pour le jour où je me retrouverai dans des circonstances similaires."

Mme Prysiazhniuk n'a pas toujours été journaliste. Elle a étudié la pédagogie et la psychologie à l'université et a travaillé en tant qu'institutrice à sa sortie d'études. "J'avais 23 ou 24 ans quand je me suis tournée vers le journalisme", explique-t-elle. "Je me suis rendue compte que j'avais besoin de changement. Ce fut difficile, parce que j'ai dû étudier énormément toute seule et sans autre aide."

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Malgré les difficultés, Mme Prysiazhniuk est convaincue que cette reconversion était la bonne. Aujourd'hui, elle est correspondante pour RBC-Ukraine, une agence de presse à Kiev pour laquelle elle couvre principalement les questions de politique et de relations internationales.

Mme Prysiazhniuk se rend sur IJNet pour se tenir au courant des actualités du journalisme, comme le COVID-19 par exemple. Elle s'en sert régulièrement pour élargir son réseau professionnel et celui de ses collègues.

Mme Prysiazhniuk a échangé avec IJNet sur son parcours de reporter, l'état du journalisme politique en Ukraine, et a partagé ses conseils pour les journalistes politiques débutants d'aujourd'hui.

IJNet : A quoi ressemblait votre début de carrière journalistique ?

Prysiazhniuk : Quand j'ai démarré, j'ai travaillé pendant plusieurs années à Kiev pour des studios de production web de plusieurs agences. En 2017, j'ai déménagé en Roumanie, pour y étudier et travailler. J'ai aussi travaillé pour Radio Romania International. Ensuite, je suis partie en Allemagne pour un stage à la Deutsche Welle. Je suis ensuite revenue à Kiev et c'est à ce moment que la crise du coronavirus est arrivée.

Actuellement, je travaille pour une agence de presse locale, RBC-Ukraine. C'est l'une des plus grandes ici. Je couvre les relations internationales, et la politique, intérieure et extérieure.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

J'ai récemment terminé un article sur l'escalade militaire entre l'Arménie et l'Azerbaijan. Je vis dans une région où ce sujet est important parce que nous subissons également les attaques de la Russie en Ukraine.

La situation est similaire en Moldavie, depuis les années 90. Dans le Sud Caucase, la tension est montée d'un cran. C'est important pour nous de savoir comment ce conflit se passe chez eux car il est le théâtre de négociations et de chantages. Selon moi, il faut qu'on suive l'actualité des pays avec lesquels on a des liens économiques et politiques.

Prysiazhniuk reporting
Mme Prysiazhniuk en direct d'un événement avec d'autres journalistes.

A quels défis avez-vous dû faire face ?

Lorsque je travaillais sur une enquête dans l'Etat de Transnistrie en Moldavie, qui était occupé, j'ai été enlevée par des envoyés russes. Ils font partie d'une quasi-république, mais personne ne l'accepte ; cela enfreint le droit international.

Dans cette république, certaines de ces soi-disant "autorités locales" fonctionnent et assurent un semblant d'ordre public. Ils se définissent comme une police, mais ne font pas officiellement partie de la police. Je n'ai pas été détenue longtemps, quelques heures seulement. Ils m'ont demandé ce que je faisais là et pourquoi je ne possédais pas leur accréditation, qui n'a pas véritablement de valeur légale.

Une autre fois, lors d'un rassemblement de plusieurs milliers de participants, j'ai eu peur parce que des forces armées équipées de machines militaires ont tenté de forcer des manifestants à rentrer chez eux.

 

Prysiazhniuk
Mme Prysiazhniuk pose sur des équipements militaires.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes journalistes ?

J'essaie de séparer mes sentiments personnels des professionnels. Je laisse le sentimental à la maison car j'ai besoin de comprendre et suivre des règles journalistiques.

Je dois aussi me souvenir que mon travail peut détruire des vies. Il faut toujours avoir en tête que notre mission est de révéler la vérité. Il faut donc être conscient de l'impact que cela peut avoir sur la vie des autres.


Donethe Cyprien est stagiaire au sein d'IJNet.

Images fournies par Marianna Prysiazhniuk.