Des conseils et ressources pour couvrir le conflit israélo-palestinien

par The Arab and Middle Eastern Journalists Association
27 mai 2021 dans Sujets spécialisés
Jerusalem

L'Association des journalistes arabes et du Moyen-Orient (AMEJA) a publié ses conseils pour aider les rédactions à couvrir de manière plus précise et avec plus de discernement les questions liées à Israël et à la Palestine.

Cette initiative fait suite aux demandes des journalistes, responsables éditoriaux et producteurs du secteur, dont beaucoup sont membres de l'AMEJA, qui souhaitaient disposer de ressources pour mieux comprendre le contexte historique et les nuances du sujet.

Cette liste de conseils a été compilée avec la contribution de journalistes-membres travaillant sur tous types de médias et dans le monde entier.

Il ne s'agit pas d'une liste exhaustive de directives et de ressources ; ainsi l'AMEJA s'attend à ce que ces recommandations évoluent en fonction des événements.

L'AMEJA demande à tous ceux qui couvrent cette question de :

  • Se rappeler le contexte israélo-palestinien dans son ensemble et comment celui-ci influe sur les événements que vous couvrez. Il faut prendre en compte, dans tous les reportages, le fait qu'Israël occupe le territoire palestinien et que les Palestiniens, qu'ils vivent en Cisjordanie, à Gaza ou en Israël, sont soumis à un système injuste et inégal, comme le montrent des organisations internationales telles que Human Rights Watch et l'organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem.
     
  • Éviter le journalisme du "double point de vue". Reconnaissez le déséquilibre de pouvoir existant entre Israël et le peuple palestinien. Il ne s'agit pas d'un conflit entre États, mais plutôt entre Israël, qui possède l'une des armées les plus modernes au monde, et les Palestiniens, qui n'ont pas d'armée officielle.

[Lire aussi : Reportage en zone de conflits : conseils de journalistes africains]

  • Être précis en évoquant les victimes. Évitez de faire des titres ou des accroches tels que "Plus de 30 morts à Gaza et en Israël alors que les combats s'intensifient", si vous savez par exemple que la majorité des personnes tuées sont des Palestiniens de Gaza. Dites aux lecteurs qui a été tué ou blessé, où et par qui, en utilisant un langage actif plutôt que passif.
     
  • Ne pas dire que Gaza est "contrôlée par le Hamas". Il suffit de dire "Gaza" ou "le ministère de la santé de Gaza", par exemple. Bien que le Hamas soit le parti politique au pouvoir, Israël contrôle toujours les frontières de Gaza et la circulation des personnes et des biens grâce à un blocus terrestre, aérien et maritime permanent, tandis que l'Égypte contrôle le passage de Rafah. Israël est largement reconnu comme la puissance occupante par la communauté internationale.
     
  • Remplacer "expulsion" et "litige immobilier" par "déplacement forcé". Les termes "expulsion" et "litige immobilier" suggèrent un désaccord entre un propriétaire et un locataire, ce qui masque les efforts du gouvernement israélien pour déplacer de force la population palestinienne de Jérusalem. Dans le cas du quartier de Sheikh Jarrah et d'autres territoires palestiniens occupés, les Nations unies ont déclaré que les déplacements forcés "violaient les obligations d'Israël en vertu du droit international."
     
  • Éviter le mot "affrontements" au profit d'un mot plus précis. Réfléchissez-y à deux fois avant de qualifier par réflexe les confrontations entre les manifestants palestiniens et la police israélienne lourdement armée d'"affrontements". Ces confrontations commencent souvent par la dispersion des manifestations par la police à l'aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.
     
  • Vérifier les sources "officielles" à deux reprises, qu'elles soient gouvernementales ou militaires. Si aucune preuve n'est fournie pour une affirmation, dites-le à vos lecteurs, le plus tôt possible dans votre article.
     
  • Interviewer des Palestiniens. Votre papier sera toujours incomplet sans eux. Les anciens diplomates américains, les analystes militaires israéliens et les commentateurs non palestiniens du Moyen-Orient ne remplacent pas les voix palestiniennes.
     
  • Faire attention à la manière dont vous désignez les Palestiniens. N'utilisez pas les termes "Arabe-Israélien" ou "Israélien-Arabe", sauf si les personnes décrites le demandent. Utilisez plutôt "citoyen palestinien d'Israël" si cela s'applique, ou "Palestinien". Reconnaissez également que les Palestiniens ont des croyances multiples, notamment musulmanes, chrétiennes, juives, samaritaines, bahaïes et autres. Ignorer cette diversité perpétue la notion trompeuse que ce conflit est un conflit religieux entre juifs et musulmans plutôt que politique.
     
  • Demander comment vont vos collègues arabes ou du Moyen-Orient, notamment s'ils sont impactés par la situation actuelle. Soyez réceptifs à leurs commentaires sur la couverture du conflit par votre média, sans leur imposer un fardeau excessif pour le rectifier. Reconnaissez que leur connaissance de la région et leur aisance culturelle peuvent être un atout pour la couverture de ce sujet par votre organisation.

Cet article a initialement été rédigé par l'Association des journalistes arabes et du Moyen-Orient (AMEJA). Il a été republié sur IJNet avec leur accord. Pour davantage de ressources sur lesquelles vous appuyer pour couvrir le sujet israelo-palestinien, rendez-vous sur le site de l'AMEJA.

Image principale sous licence CC par Unsplash via Cole Keister.