Construire ensemble : café virtuel des journalistes francophones

parAyi Renaud Dossavi
5 nov 2020 dans Divers
Café et réunion

Comme chaque semaine, le Forum des journalistes Francophone a tenu une rencontre dans le cadre de son appui aux journalistes du monde entier. Mais pour cette fois-ci, on a dérogé à la coutume des webinaires, pour une rencontre sous forme de café virtuel. Ceci afin notamment de permettre à la grandissante communauté de journalistes, communicants et gens de métiers apparentés, de se retrouver, d’échanger et, pourquoi pas, de construire ensemble quelque chose de plus grand. 

Nous ne prenons assez de temps de nous poser, juste pour apprécier comme il se doit l’extraordinaire révolution que constituent Internet et les outils de communication modernes. Ces derniers, surtout en ces temps de pandémie, ont permis à des communautés entières de rester connectées, aux interactions de se multiplier et prospérer, dans une mesure inégalée jusqu’alors.

Bloqués chez soi, confinés ou non, alors que le ciel était fermé et que les économies étaient au ralenti, la toile a continué de faire tourner le monde, peut-être même plus vite que jamais. L’information, au cœur de cette bataille contre le viral et ennemi invisible, a permis de renforcer des liens par-delà les frontières. En ce début de la deuxième décennie du 21e siècle, le COVID-19 aura sans doute précipité l’heure de gloire des TIC.

Plus d'1H30 de discussion 

Justement, le jeudi 29 octobre dernier, la magie d'Internet a encore opéré, et permis à un groupe transnational de journalistes francophones, réunis dans le cadre du Réseau international des journalistes francophones, de se retrouver pour échanger entre eux. Non pas pour un traditionnel formations-interview, comme il en est de coutume, mais autour d’un café virtuel. Histoire de souffler un peu, marquer la pause, se connaître, et discuter. Cette "pause", survient après avoir abordé des questions de grand intérêts et gravité, telles que : comment bien écrire un article sur la santé, la gestion du stress en période de crise, le deuil, comment enquêter sur la corruption, interpréter les chiffres de la pandémie, ou s'être penché sur le cas de pays comme le Sénégal, le Burkina Faso ou encore les Seychelles.

Durant plus d’une heure et demi de discussion à bâtons rompus, pilotées par Kossi Balao, journaliste scientifique togolais, ces nombreux acteurs de l’information ont pu se connecter, afin d’échanger idées, vécus, initiatives, perspectives et projets de collaboration. Car, comme dit le vieux proverbe africain, "seul on va vite, ensemble on va loin". 

Le but était simple : permettre au réseau de se découvrir lui-même, et dépasser le cadre unilatéral et plus restreint des webinaires, nouer des contacts utiles entre confrères, Échanger sur des projets de reportage transfrontalier, et explorer des possibilités de collaboration commune. 

Ce fut aussi l'occasion de souffler un peu, après plusieurs semaines de marathon (une vingtaine de webinaires hebdomadaires non-stop) sur plusieurs sujets, graves et non des moindres, en lien avec la pandémie. 

Des journalistes d'au moins une dizaine de nationalités

Ils ont été plus d’une dizaine de nationalités (au moins), dont le Bénin, Côte-d’Ivoire, Cameroun, France, Niger, RDC, Tunisie, Rwanda, Sénégal, et Togo, rassemblées par le lien invisible d’Internet, pour une centaine de journalistes inscrits. Par écrans interposés, ces acteurs qui partagent les différentes facettes de la profession représentaient venaient notamment d’horizons variés, du jeune journaliste togolais à la communicante sénégalaise, en passant par le vieux routard tunisien ou l’ancien ténor du Cameroun. 

Les domaines d’intérêts étaient représentatifs de la diversité de la profession : journaliste financier, scientifique, environnementaux. Spécialisé en environnement, changement climatique, ou encore gestion publique et financement, fussent-il d’ailleurs, blogueur, journaliste presse-papier, en ligne, ou encore audiovisuel.

Ce fut ainsi le cadre pour exprimer leurs vécus divers en cette année "enconvidée" : ceux qui ont subir un "congé technique" du fait des restrictions par le virus, ou, à l’inverse, les professionnels qui ont été au cœur de la réponse à la pandémie dans leur pays respectif. 

La rencontre a ainsi permis d’ébaucher les points de vue de différents horizons, notamment ceux de la République démocratique du Congo, dont une partie a été confrontée à la double peine d’affronter le COVID-19 en pleine épidémie d’Ebola. 

Journalistes…mais plus encore

La rencontre a permis également de dessiner un univers journalistique en pleine mutation avec de nombreux pas de côté et pivotements de la part des professionnels. En effet, si le métier a toujours été transversal, à la croisée de plusieurs domaines d’expertises, les intervenants donnent corps, en filigrane, aux nombreuses "reconversions" qui surviennent dans le secteur : de journaliste à attaché de presse, à communicant (dans une ONG notamment). On ne peut, du reste, passer la vague montante de précarisation dans la profession. Si les TIC (justement) n’avaient pas arrangé les choses, le COVID-19 n’a pas aidé non plus, pour beaucoup d’entre eux.  La profession, pourtant centrale à la société à l’ère des fake News et autres "informations grises", ne manque pas de pousser ses acteurs vers des secteurs plus valorisés, si ce n’est symboliquement, du moins financièrement. 

Les sentiers de collaboration

Au vu des enjeux et challenges, l’entraide et la collaboration tombent sous le sens. Sur ce terrain, cela s’étend des échanges de conseils et bonnes pratiques, à l’établissements, pour des projets de reportage communs futurs.

La plateforme IJNet en français a ainsi également pu être présentée, avec tout son éventail d’opportunités, mensuelles ou autres, qui permettent aux journalistes de se renforcer, et d’accéder aux ressources pour des publications et reportages spécifiques. A ce niveau-là, l’information et l’action, sont clefs. 

Du reste, les ressources mises à disposition vont au-delà du réseau IJNet, mais également d’autres entités spécialisées, toujours à la recherche d'originalité, et qui apportent un appui aux journalistes, souligne-t-on. 

Du reste, il s’agit également d’appeler à la connexion des différents champs de compétences des participants, de par leurs positions respectives.

Opportunités et perspectives 

Enfin, pour de futures rencontres, de nombreux sujets ont émergé aux yeux des journalistes. 

Notamment, le traitement des informations (durant les périodes électorales, le fact-checking), le pont entre la question sanitaire et les impacts économiques, une lecture économique de la pandémie, la Zone de Libre Échange continentale (en Afrique), ou encore le commerce intra-africain.

Plus loin que le COVID-19

Si certaines de ces questions ont déjà été abordées par le Réseau, dans des webinaires passés, leurs retours (notamment par des membres qui ont rattrapé le train par après), signe probablement le grand intérêt des professionnels des médias pour ces sujets, ainsi que les vastes espaces de perfectionnement qui peuvent être offerts aux journalistes francophones. 

Ceci exprime notamment le désir, pour cette communauté transnationale, de se créer un cadre encore plus structurant, marqué par la solidarité professionnelle et l’entraide, au-delà des strictes contingences de la pandémie. 


Ecrivain, poète et essayiste togolais, Ayi Renaud Dossavi est actuellement journaliste économique à l’Agence Ecofin et sur le média Togo First, spécialisés sur les questions d’économie et de gestion publique en Afrique et au Togo. Auteur de cinq ouvrages,  il est lauréat de nombreux prix littéraires et d’écriture dans son pays et à l’international, notamment avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement


Photo d'illustration sous licence CC par Chris Montgomery via Unsplash