Conseils aux journalistes couvrant le 20e anniversaire du 11 septembre

par AMEJA, AAJA, NABJ and SAJA
10 sept 2021 dans Sujets spécialisés
Un livre qui se ferme

Ce mois de septembre marque les 20 ans des attentats du 11 septembre 2001. L'Arab and Middle Eastern Journalists Association (AMEJA), l'Asian American Journalists Association (AAJA), la National Association of Black Journalists (NABJ) et la South Asian Journalists Association (SAJA), toutes des organisations professionnelles indépendantes, publient leurs conseils pour aider les journalistes et les rédactions à couvrir de manière plus précise et plus critique la commémoration de l'attentat, les communautés touchées et les politiques publiques qui ont résulté du 11 septembre.

Vous trouverez ci-dessous des conseils donnés en réponse à la terminologie souvent utilisée à tort en relation avec le 11 septembre et ses conséquences.

  • Lorsque vous faites référence aux événements de ce jour, utilisez les expressions "11 septembre 2001", "11 septembre", ou "attaques du 11 septembre".
  • Évitez d'utiliser les mots "terrorisme" ou "terroriste", sauf s'ils sont cités par une source, car ils sont chargés, émotionnellement et politiquement. Adoptez plutôt une approche factuelle. Le Reuters Handbook of Journalism conseille aux journalistes "d'utiliser des termes plus spécifiques comme attentat, détournement d'avion ou piratage, attaquant ou attaques, tireur ou tireurs, etc..." et "de ne pas qualifier des événements spécifiques de terrorisme [ou]... d'utiliser l'adjectif terroriste sans l'attribuer". En outre, des experts ont expliqué pourquoi l'utilisation de ces termes est dangereuse et a souvent donné lieu à des crimes de haine et à des violences à l'encontre des communautés arabes, moyen-orientales, musulmanes et sud-asiatiques (dites AMEMSA) aux États-Unis.
  • Évitez d'utiliser l'expression "guerre contre le terrorisme" pour décrire ou nommer la violence politique et les guerres qui ont été menées depuis le 11 septembre 2001, à moins qu'elle ne soit attribuée à un responsable ou à une politique gouvernementale. Le Reuters Handbook of Journalism précise : "N'utilisez pas cette expression, sauf dans une citation. Elle fait partie du vocabulaire de propagande autour de la violence militante."

[Lire aussi : Des conseils et ressources pour couvrir le conflit israélo-palestinien]

Pistes d'articles

  • Élargissez les angles d'articles au-delà du prisme de la sécurité nationale. Soyez spécifique et descriptif lorsque vous faites référence à la surveillance, la détention, la criminalisation, la violence, la discrimination et les crimes de haine ciblant les communautés AMEMSA aux États-Unis dans l'ère post-11 septembre.
  • Soyez conscient que de multiples communautés ont été touchées et traumatisées par les mesures politiques du 11 septembre et de l'après-11 septembre, aux États-Unis et à l'étranger. En plus des près de 3 000 personnes qui sont mortes le 11 septembre 2001, environ 801 000 personnes ont été tuées directement par la violence des guerres qui ont suivi en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Syrie, au Yémen et ailleurs. Le nombre de victimes civiles mortes en raison des répercussions de ces guerres correspond à ce nombre multiplié plusieurs fois. Les données de l'étude Costs of War sur les coûts de la guerre montrent que les États-Unis ont mené des opérations de lutte contre le terrorisme dans 85 pays de 2018 à 2020, et qu'ils poursuivent toujours activement leurs activités de lutte contre le terrorisme.
  • Reconnaissez qu'il y a souvent deux poids deux mesures dans les reportages sur la violence extrémiste commise par des personnes non blanches comparée à celle commise par des personnes blanches. L'AAJA a publié un guide sur la manière d'éviter cette inégalité de traitement, qui fait également référence aux résultats de recherche de ce rapport ISPU.
  • L'islamophobie et le fanatisme anti-musulman touchent les musulmans des États-Unis ainsi que ceux qui sont perçus à tort comme musulmans. À titre de référence, le premier crime haineux mortel après le 11 septembre a été le meurtre d'un homme sikh, Balbir Singh Sodhi, le 15 septembre à Mesa, en Arizona.
  • Plutôt que d'utiliser des euphémismes tels que "sentiment anti-musulman", évaluez s'il est plus exact d'utiliser des termes tels que "préjugé anti-musulman", ou "islamophobie". Pour plus d'informations, consultez le guide sur l'islamophobie de l'Institute for Social Policy and Understanding.
  • Faites attention aux formulations qui créent une fausse opposition entre "l'Occident" et "le monde musulman". Il y a près de 3,5 millions de musulmans aux États-Unis, et Pew a prévu que d'ici 2050, 10 % des Européens seront musulmans. Incluez le contexte et la façon dont les politiques et interventions étrangères influent sur les événements locaux que vous couvrez actuellement.

Diversifier ses sources

Diversifiez vos sources en interviewant et en citant des experts et des dirigeants des communautés AMEMSA. Pour obtenir de l'aide afin d'entrer en contact avec un panel de chercheurs, d'universitaires, de leaders communautaires et d'experts en matière de politique publique, de défense et de questions juridiques issus des communautés AMEMSA à travers les États-Unis, vous pouvez :

Parler de l'islam et des musulmans

  • Les musulmans sont des personnes qui pratiquent ou s'identifient à la religion de l'islam. Ils peuvent être de toute ethnie, race, pays d'origine ou sexe. Les musulmans font partie des communautés religieuses les plus diversifiées sur le plan ethnique aux États-Unis, une majorité d'entre eux (28 %) s'identifiant comme noirs ou afro-américains. Ceux qui sont immigrants ou descendants d'immigrants ont leurs origines dans de nombreux pays du monde.
  • Les termes "islamiste" et "islamisme" sont vagues et problématiques. La plupart des mouvements "islamistes" sont non violents et citent les principes islamiques comme base éthique de leur programme politique, comme le font les partis démocrates chrétiens européens avec leurs principes chrétiens. Les groupes qui prônent la violence devraient être identifiés comme tels, et non comme "islamistes", tout comme des groupes tels que l'Armée de résistance du Seigneur ou le Ku Klux Klan, qui revendiquent une légitimité biblique, ne sont pas identifiés comme "chrétiens".
  • "Djihad" est un terme de signification spirituelle pour les musulmans qui indique une lutte personnelle. Il n'y a pas de connotation inhérente de violence et le traduire par "guerre sainte" en dehors d'un contexte spécifique est inexact. Les personnes qui commettent des actes de violence qu'elles prétendent être sanctionnés par l'islam ne doivent pas être qualifiées de "djihad". Évitez également de les qualifier de "djihadistes".
  • Soyez spécifique et précis lorsque vous faites référence aux vêtements que certains musulmans portent pour des raisons religieuses ou culturelles. Il n'existe pas de "vêtement islamique". Comprenez la différence entre le hijab, le niqab, la burqa (ou burka) et le tchador. Les styles sont décrits dans cet article de la BBC et cet article de CNN.
  • Assurez-vous que la terminologie ou les noms associés aux communautés AMEMSA sont prononcés correctement. Consultez ce guide de prononciation audio des mots courants associés à l'islam de l'école de journalisme de l'université d'État du Michigan.
  • Les médias d'information jouent un rôle essentiel dans la formation de la perception des musulmans. Pour plus d'informations et de détails sur la couverture des communautés musulmanes aux États-Unis, l'Institute for Social Policy and Understanding a compilé un guide détaillé pour les professionnels des médias.

Prenez des nouvelles de vos collaborateurs issus des communautés AMEMSA, en particulier de ceux qui ont été personnellement touchés par les événements du 11 septembre et/ou les mesures politiques de l'après-11 septembre. Beaucoup d'entre eux ont subi un traumatisme aggravé en couvrant les impacts de celles-ci. L'AAJA a compilé une liste de ressources en santé mentale pour les journalistes.

Beaucoup de nos journalistes font pression, parfois en coulisses et parfois publiquement, pour une couverture accrue et plus nuancée des vécus des communautés AMEMSA. Soyez réceptifs à leurs commentaires sur la couverture du conflit par votre organisation sans leur imposer un fardeau excessif. Reconnaissez que leurs connaissances culturelles, religieuses et régionales peuvent être un atout pour les reportages de votre média.


Cet article a initialement été publié par l'AMEJA et a été republié sur IJNet avec leur accord.

Photo d'Enrico Mantegazza sur Unsplash.