Paroles d'experts : fact-checking sur les plantes médicinales & le COVID-19

parSara Véronique
31 juil 2020 dans Couvrir le COVID-19
Un livre ouvert

Retour sur un webinaire organisé le 23 juillet dernier, dans le cadre de notre Forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale.

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Six mois après l’émergence de la pandémie du COVID-19 qui touche le monde entier, aucun traitement n’a encore été trouvé et donc recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) contre cette maladie, mais des chercheurs africains clament avoir un remède efficace à base de plantes médicinales.

Même si l’OMS dit soutenir dans le cadre de la recherche de traitements potentiels du COVID-19 des médicaments et des produits issus de la pharmacopée traditionnelle, elle recommande que des essais cliniques rigoureux soient réalisés pour évaluer leur efficacité et déterminer leur innocuité. 

L’un de ces médicaments est l’Apivirine, un antirétroviral utilisé dans le traitement du VIH sida et mis au point il y a une vingtaine d’années par le chercheur béninois Valentin Agon. Ce dernier assure que ce médicament serait efficace contre le COVID-19. Pourtant, ce traitement n’a pas encore été validé au Burkina Faso ou ailleurs. 

Pour quelles raisons ? La question lui a été posée le 23 juillet, lors du webinaire organisé par le Forum de Reportage sur la crise sanitaire mondiale du Centre international pour les journalistes (ICFJ) et auquel ont participé deux journalistes spécialistes du fact-checking, Ange Makadi Ngoy et Valdez Onanina ainsi que le rédacteur en chef adjoint de SciDev.Net, Julien Chongwang.

 

Pourquoi l’Apivirine n’a pas encore été certifié au Burkina Faso ?

"L'Apivirine a été lancé comme produit obligé d'essai clinique par le ministre de la recherche de ce pays. Mais puisque le ministre de la santé a déclaré vouloir comparer et évaluer ce traitement avec la chloroquine, le peuple burkinabé ayant été informé de cela, s’est rué sur le Bénin pour acheter l’Apivirine, faisant naître des spéculations au Burkina Faso", a répondu le docteur Agon.

Il explique que c’est dans ce contexte que l’Agence nationale de régulation pharmaceutique du Burkina Faso, dans son droit, s’est autosaisie pour préciser qu’elle "n’a pas autorisé l’Apivirine au Burkina Faso et donc que ce traitement n’est pas recommandé dans son pays".

"Une bonne réaction"

"L’agence nationale de régulation des médicaments est dans son droit de dire qu’elle n’a pas encore recommandé ce médicament et d’inviter les citoyens à faire attention car ils ne savent pas encore de quoi il s'agit et c'est normal. C'est une bonne réaction", explique le docteur Agon. "L’Apivirine dans le cadre du COVID-19 fait toujours l’objet de recherche scientifique et nous attendons les résultats".

Attention aux remèdes traditionnels 

"Ce n'est pas parce qu’on présente la médecine naturelle comme sans gros risque ou parce qu’un produit ou une herbe médicinale a la capacité de soigner une maladie qu’il n'y a pas de danger", précise le rédacteur en chef adjoint de SciDev.Net, Julien Chongwang, lequel rappelle que "la prise d’un produit sans aucune assistance d'un chercheur ou d'un spécialiste représente de nombreux risques".

"Je dirai que les dangers sont les mêmes pour ceux qui utilisent n'importe quel médicament sans contrôle". Julien Chongwang donne pour exemple les champignons vénéneux dont on parle souvent et qui se trouvent dans la nature. Pour lui, "la médecine traditionnelle a besoin d'être contrôlée".

Le cas de la plante Kongo Bololo en République Démocratique du Congo

Journaliste spécialiste du fact-checking chez Congo Check, Ange Makadi Ngoy évoque la mort de trois enfants après avoir été purgés par leur mère de la plante médicinale Kongo Bololo mélangée avec du citron.

"Nous avons fait des vérifications et jusqu’à présent l'efficacité de cette plante n'est pas encore prouvée", a-t-elle conclu, avant d’ajouter qu’il y a trop de rumeurs auxquelles les gens croient. 

                [Lire aussi : La lutte contre les fake news, à l'heure du coronavirus]

"Il faut rester prudent"

"Il faut faire attention et rester prudent face aux supposés remèdes. Tant qu'il n'y a pas une information validée par les scientifiques, il faut se méfier",  c’est ce que conseille pour sa part Valdez Onanina, journaliste à Africa Check, la première organisation de fact-checking en Afrique. Il est également community manager en charge du développement et de la gestion de l'outil Infothèque de ce média.

Peut-on mourir de l’automédication ?

Le chercheur béninois Valentin Agon répond par l’affirmative et recommande à la communauté scientifique africaine d’évaluer les propositions africaines comme réponse à la pandémie du coronavirus. Et ensuite de "passer à la phase d'étude clinique".


Photo sous licence CC Danylo Suprun via Unsplash