Paroles d'experts : COVID-19 , à quoi faut-il s’attendre en 2021 ?

parSara Véronique
19 nov 2020 dans Couvrir le COVID-19
Un hall d'aéroport

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Frédéric Keck était le jeudi 6 novembre, l’invité du webinaire du Forum de Reportage sur la Crise Sanitaire Mondiale. Il avait été reçu par le directeur du Forum, Kossi Balao, pour discuter de ce que l'on ignore encore sur la maladie et ce à quoi il fallait s’attendre en 2021.

On a redouté que l’Afrique, ayant moins d’infrastructures médicales que les pays européens, voit s'effondrer son système de santé, face à l’afflux de patients atteints de COVID-19. En fait, les hôpitaux n’ont pas été submergés, alors qu’en Europe ça été le cas. 

Désormais, l’Europe est au cœur d’une deuxième vague. Elle est à nouveau confinée pour essayer d'aplatir la courbe épidémiologique. Mais on peut tout à fait imaginer une troisième vague au printemps puisqu'après avoir déconfiné, il pourrait y avoir une nouvelle circulation du virus. 

La plupart des experts s'attendent à la politique de ‘’stop and go’’ avec des confinements, des déconfinements et reconfinements. Le milieu scientifique insiste sur le fait que le COVID-19 est comme beaucoup de virus respiratoires, un virus qui connaît plusieurs vagues. Pour quand faut-il donc espérer un retour à nos anciens modes de vies ?  

Mr Frédéric Keck, anthropologue et directeur de recherche au Laboratoire d'anthropologie sociale du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), croit qu’il n’y aura pas de retour à la normale. 

Le COVID-19 a engendré, selon lui, ‘’la perte de l'innocence d'un monde où les personnes et les marchandises circulaient très intensément entre les sociétés et entre les continents’’.

Il cite en exemple le transport aérien qui est de toute façon très endommagé pour plusieurs années et avertit que si les frontières s'ouvrent à nouveau, le trafic reprendra très lentement. Après le COVID-19, les sociétés auront moins confiance dans la possibilité de circuler librement sans dégâts, a-t-il déclaré.

L’auteur de Les Sentinelles des pandémies paru cette année aux Editions Zones Sensibles et du livre Un Monde grippé publié aux Editions Flammarion, pense que dans les mois à venir, le COVID-19 aura des conséquences sur nos pratiques, peut-être qu’on consommera moins de carburant et qu’on aura des modes de vie plus frugaux et plus austères pour anticiper les prochaines pandémies. 

Voici quelques extraits des interventions-clefs de Mr Keck :

Comment le virus va-t-il évoluer dans les prochains mois?

  • Pour l'instant, il n'y a pas de mutation donc cela reste assez stable, le taux de mortalité lui-même est assez stable et on voit que la mortalité en réanimation baisse, parce que les soignants savent mieux gérer cette maladie. 
  • Donc on peut imaginer que le virus s'atténue progressivement, que les organismes puissent s'y habituer sans même qu'ils aient besoin du vaccin. Mais pour l'instant, la seule possibilité pour les sociétés européennes d'envisager un retour à la normale, c'est le vaccin.

Une autre émergence est-elle possible?

  • Oui tout à fait. On suit très attentivement les virus des moustiques qui se déplacent de l'Afrique vers l'Europe avec le changement climatique. On peut très bien imaginer que d'ici cinq ans un nouveau virus pandémique émerge et donc on ne pourra pas se permettre d'avoir des mesures aussi fortes que celles qu'on a appliquées pour ce coronavirus.

Sur l’efficacité des mesures de confinement

  • Je pense que le confinement est une mesure brutale et coûteuse donc elle s'impose quand on a trop laissé le virus circuler comme ça s'est passé dans les pays européens et américains. Les pays asiatiques ont réussi à le contenir au tout début par des politiques très restrictives des libertés individuelles. 
  • Pour les pays africains, on peut supposer que la jeunesse de la population, leurs expositions à d'autres traitements, à certains nombres de vaccins, l'exposition répétée à plusieurs maladies respiratoires font que l'effet du virus a été moins grave que dans les pays plus vieillissants et plus protégés comme l'Europe et les États-Unis.

[Lire aussi : Même confinés, les journalistes ont continué d'informer]

Sur la dangerosité du virus

  • C'est un virus qui tue entre 0,5 % et 1 % les personnes infectées. Donc pour les populations vieillissantes, cela reste une menace importante. C'est surtout un défi pour les systèmes de santé des pays du Nord puisqu’on essaye de soigner chaque personne qui présente des symptômes. 
  • Actuellement en Europe ce sont des milliers de personnes qui sont en réanimation et donc les systèmes de santé peuvent s'effondrer. On peut tout à fait accepter de ne pas prendre en charge tous les patients atteints de COVID-19 mais cela atteint les valeurs des systèmes de santé européens et américains. 
  • Le nombre de morts en Europe reste "acceptable" si on le compare à d'autres grandes crises au cours du 20e siècle. Tous les débats sur les systèmes de santé en Europe et aux Etats-Unis montrent les fragilités de nos sociétés.

Etait-il possible de prévoir le COVID-19 ?

  • Il était difficile de prévoir un coronavirus si transmissible. Le SRAS produisait des symptômes au bout de deux jours, donc on pouvait remonter très facilement vers l'origine des foyers. 
  • Mais ici, nous avons dû faire face à un virus qui se répand pendant qu'il se transmet pendant deux semaines sans symptômes. C'est vraiment quelque chose de tout à fait nouveau. Nous sommes vraiment face à un monstre épidémiologique.

Que sait-on de nouveau sur le virus ?

  • Pour l’instant la souche reste assez stable, Il n’y a pas une augmentation importante de la mortalité, c’est un virus à ARN double brin. Il mute beaucoup moins que le virus de grippe donc c’est pour ça que le vaccin qui est fabriqué à partir des souches qui sont apparues en Chine en début d’année, restera on l'espère adapté pour ce virus l’an prochain. 

Sur l’origine de la maladie 

  • On a su très vite que ce virus venait des chauves-souris puisqu’il y avait des similitudes très grandes entre le virus humain et celui collecté chez les chauves-souris. On ne connaît toujours pas quel est l’animal intermédiaire, puisque les traces sur les pangolins ne sont pas suffisamment fortes pour que l'on puisse prouver la transmission comme on l’avait fait pour le SRAS en 2003. 
  • Mais on commence à mieux connaître les conditions de transmissions entre humains donc par non seulement des gouttelettes mais des aérosols, c'est pour cela que le port du masque est efficace.
  • On connaît encore mal la transmission chez les jeunes. On ne comprend pas pourquoi il y a moins de cas pathologiques que chez les plus âgés. On connaît bien aussi maintenant la réaction du système immunitaire qu'on appelle la tempête de cytokines, qui est elle-même assez imprévisible puisque quand vous êtes âgé d'entre 30 et 60 ans et que vous entrez en réanimation, il est très difficile de savoir si vous allez survivre à la réaction du système immunitaire qui dépend vraiment de l'organisme de chacun. Il y a effectivement cette tranche de 60 ans qui est encore mal connue dans les réactions au virus.

La chloroquine est-elle un remède ?

  • On essaye une combinaison de différents médicaments qui permettent de traiter les maladies respiratoires. On a cru que la chloroquine serait un médicament miracle mais ça n'a pas été confirmé. 

[Deuil et COVID-19 : comment interviewer ceux qui restent]

Sur la question des vaccins

  • La touche optimiste est qu’on pourrait avoir un vaccin en 2021. Donc on peut imaginer que les essais cliniques qui vont assez vite et qui, pour l’instant, sont plutôt positifs, vont déboucher sur une mise à disposition d’un vaccin au printemps et donc les Etats pourront acheter ces vaccins. 
  • L’OMS pourrait les mettre à disposition d’un grand nombre d’Etats et on peut s'attendre à ce que, au milieu de l’année 2021, plutôt en septembre, la vaccination commence. Des problèmes tels que des effets secondaires, la question de l’acceptabilité du vaccin auprès de la population émergeront sans doute. Mais le vaccin va considérablement réduire la pression du virus sur les populations.

A quoi faut-il s’attendre en 2021 ?

  • [...] L'OMS n'a pas la capacité de coordonner les réponses politiques au virus mais par contre elle vérifie si les informations données par les virologues du monde entier sont conformes à la propagation de l'épidémie. 
  • L'organisation travaille avec des chercheurs du monde entier et dans un contexte où les États et les réseaux ont pris beaucoup de pouvoir, il faut soutenir cet effort de rationalité au niveau international.

Sara Véronique Doumeyan Journaliste indépendante, Sara Véronique est passionnée par les nouveaux médias. Outre le numérique, elle s'intéresse à l'économie et aux finances. Diplômée de l'Institut Van Duyse de Formation en Leadership Entrepreneurial (VELI), elle est basée à Lomé, au Togo. Elle est formatrice dans les métiers d'écriture.


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