Paroles d'experts : comment lutter contre la "désinfodémie"?

parAimable Twahirwa
26 juin 2020 dans Couvrir le COVID-19
Une loupe dans le ciel

En partenariat avec notre organisation-mère, l'ICFJ (International Center for Journalists), IJNet en français propose des webinaires sur le journalisme et le COVID-19. Cette initiative a lieu dans le cadre du Forum de reportage sur la crise sanitaire.

Cet article fait partie de notre couverture de la crise du COVID-19. Pour en lire plus, cliquez ici. 

Beaucoup de questions ont été posées lors d'un webinaire animé le jeudi 19 juin par un groupe de professionnels des médias expérimentés pour discuter de la désinfodémie dans le cadre de l'épidémie, ainsi que des règles de vérification de l’information dans un contexte de surinformation.

Ce webinaire spécial portait notamment sur les fake news et la pandémie du coronavirus en vue de développer les connaissances des journalistes couvrant la crise sanitaire. Ils peuvent recourir à des outils innovants pour débusquer les infox au sujet du COVID-19.

La préoccupation majeure pour la plupart des intervenants dans ce webinaire réside notamment dans le fait que la plupart des journalistes font face à une crise qui génère un niveau de stress important.

Alors que réagir face aux infox sur la pandémie de COVID-19 reste l’une des sujets abordés lors des discussions, Kossi Elom Balao, directeur du Forum francophone de l’ICFJ en tant modérateur du webinaire a souligné que ce phénomène qualifié d'"infodémie" a pris de l’ampleur aujourd’hui.

                    [Lire aussi : La lutte contre les fake news, à l'heure du COVID-19]

D’après les intervenants, les journalistes ont la responsabilité de limiter la propagation de ces fausses informations, trompeuses et extrêmement dangereuses, notamment.

Partant de ce constat, Cédric Kalonji, journaliste indépendant, consultant, formateur, expert des nouveaux médias et chef éditorial des programmes de COVID-19 de la Fondation Hirondelle pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale a déploré que dans la plupart des situations les journalistes qui sont à la source de l'information ont parfois du mal à garder le recul nécessaire dans le traitement d’une information portant sur le coronavirus.

Selon lui, pour attirer un plus grand nombre de visiteurs sur les réseaux sociaux, certains journalistes tendent aujourd’hui à rapporter des faits qui appellent à l'indignation publique sans se poser la question de l'objectivité de leurs articles.

Pour que l'information paraisse objective, il a été démontré que le journaliste doit d'abord vérifier l'exactitude des faits avant de valider d'éventuelles hypothèses en vue d'éviter de créer l'indignation de l'opinion publique.

"Une double validation des informations provenant d'autres sources s'avère ainsi indispensable pour ne pas susciter l'indignation publique", a souligné Kalonji.   

Selon lui, exercer son esprit critique pour évaluer la fiabilité d’un message, notamment à caractère scientifique, en l’occurrence le coronavirus, demeure parmi les précautions à prendre pour éviter de relayer des thèses complotistes autour du coronavirus.

               [Lire aussi : Comment trouver des données fiables sur le COVID-19]

Lors des discussions, l’avocate camerounaise Julie Owono, qui vient d’être nommée au conseil de surveillance de Facebook a cité l’exemple de l’expérience du COVID-19 aux Etats-Unis qui est marquée par les passes d’armes verbales entre autorités chinoises et américaines sur l’origine du virus, chaque gouvernement accusant l’autre d’avoir une responsabilité dans la création ou la propagation du COVID-19.

Même si la proportion de personnes adhérant à l’idée d’une origine naturelle du virus est nettement plus élevée, Owono a rappelé que la désinformation dans le contexte des rédactions se nourrit du manque de connaissance, notamment.

Partant de cette expérience, elle a souligné qu’il y a toujours des vérités qu'on doit remettre en question surtout quand il s’agit de l’information sur le COVID-19 diffusée sur des réseaux sociaux.  

Lors du webinaire il a été également démontré que la pandémie de COVID-19 s’accompagne sur les réseaux sociaux d’un déluge d’informations, dont bon nombre se révèlent fausses voire malveillantes.

En riposte à ce phénomène qu’elle qualifie d’"infodémie", l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) intensifie actuellement sa lutte contre les différentes formes de désinformation, en travaillant étroitement avec certaines entreprises comme Facebook . Cette dernière a à son tour étendu son système de vérification.

Le groupe Facebook a déjà mis en place un programme de vérification des informations dites "douteuses".

Fact-checking à l’ère du COVID-19

Pour les repérer, la plateforme compte sur son équipe de modération des contenus, le signalement des utilisateurs, mais surtout sur un système d’intelligence artificielle. Le contenu ainsi identifié est ensuite soumis à des partenaires journalistes, chargés de valider ou non ce qui est relevé.

Alors que ces systèmes mis en place sur Facebook sont censés agir sur le contenu de l’ensemble des utilisateurs, Cédric Kalonji de la République démocratique du Congo (RDC) a expliqué que les outils sont toujours nombreux, mais qu'il incombe à tout journaliste de ne pas contrevenir aux principes déontologiques et à la conscience professionnelle.

Dans ce scénario, selon Kalonji, il est crucial pour les journalistes de choisir leurs sources d’information avec attention et s'assurer toujours de recouper l’information avec d’autres sources 

D’autre part, les panélistes du webinaire ont exhorté les journalistes à recourir à autant de techniques pour débusquer les fausses informations, mais aussi à les communiquer à d'autres pairs pour ne pas commettre la même erreur.

Pour l’instant, dans cadre du programme sur le COVID-19, la Fondation Hirondelle a travaillé avec des journalistes dans cinq pays d'Afrique Centrale et de l’Ouest pour identifier les fake news sur Facebook.

"Mais avant tout, il faudra que les rédactions africaines soient aussi présentes au niveau des plateformes de réseaux sociaux pour faire face à cette désinformation sur la pandémie de COVID-19", affirme l’avocate camerounaise Julie Owono. 


Photo sous licence CC, Ahmed Zayan sur Unsplash