Les conseils de dirigeants de journaux pour gérer un média

parDougenie Michelle Archille
10 déc 2020 dans Sujets spécialisés
Rails

Depuis maintenant huit mois, le Forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale apporte des solutions aux acteurs des médias en leur offrant la possibilité de participer à des webinaires et d'échanger avec des professionnels du monde entier.

Le but d’une telle initiative est de permettre aux journalistes de trouver des pistes de solutions à certains problèmes qui étaient déjà préoccupants bien avant le virus et qui deviennent encore plus prégnants avec l’irruption de la pandémie. C’est donc dans cette démarche qu’a eu lieu le jeudi 3 décembre ce webinaire sur le thème "Conseils pour bien gérer son média" modéré par le directeur du Forum, Kossi Balao. 

Ce webinaire a été animé notamment par Fortuné Assogba qui est le directeur de publication du quotidien Béninois Nouvelle Mutations, Loïc Lawson, directeur de publication du journal Le Flambeau des démocrates et enfin, Abdou Diaw, doctorant en économie des médias. 

Nombreux sont les médias, quelle que soit leur forme, qui sont désormais obligés de réinventer, de développer de nouvelles stratégies et de retravailler leur modèle économique en vue d’assurer leur survie. Voici quelques conseils et pistes de solutions proposées par les intervenants lors de ce webinaire. 


Les clefs d'un bon management 

Pour Fortuné Assogba, pour gérer un média il ne suffit pas de pouvoir donner des ordres. De plus, on ne peut pas gérer et donner des ordres si on n’est pas soi-même un modèle pour son équipe. C’est pour cela qu’il recommande à tous ceux qui dirigent un média de partager leur vision avec l’équipe, pour pouvoir aller de l’avant. 

De son côté, Loïc Lawson reconnaît les difficultés existantes dans l’administration de ce secteur, cependant pense-t-il que la gestion d’un média se diffère suivant les types de médias.  

Monsieur Lawson regrette malheureusement le fait qu’aujourd’hui tout le monde veuille être patron de presse sans pour autant détenir les qualités et le parcours requis. C’est l’une des raisons, selon lui, qui explique le fait que certains médias ne durent pas.

Ainsi, conseille-t-il à tous les jeunes qui veulent devenir ou qui sont déjà des patrons de presse, "on ne se lève pas pour être patron de presse, il faut avoir un parcours. Et c’est le parcours que vous essayez de vous créer, qui permettra de vous donner les canons pour pouvoir gérer une rédaction, le personnel, le côté administratif et le média". 

Par ailleurs, le docteur en économie des médias, Abdou Diaw reconnaît la particularité de ce domaine : l’information qui est très périssable, et conseille à ceux voulant se lancer dans cette aventure de bien vouloir préalablement identifier le profil de l’entreprise, à savoir si c’est une société anonyme, une société à responsabilité limitée ou encore une société unipersonnelle à responsabilité limitée.

Car c’est ce qui va permettre à la personne de voir qu’elle est la meilleure option par rapport au système de management à utiliser. De ce fait, les médias exigent "un système de management tout à fait différent des autres systèmes de management classiques appliqués aux entreprises", fait-il savoir. 

Toutefois, il recommande aux patrons de ne pas brûler les étapes pour accéder au poste de directeur de publication ou de directeur général.

L’urgence du digital

Bien avant l’arrivée du COVID-19, la situation des médias traditionnels était déjà très compliquée non seulement parce que ces derniers, basés sur un modèle triptyque : la publicité, la réceptivité de la vente et l’aide à la presse par les gouvernements, avaient du mal à s’en sortir à cause des situations de crise économique de certains pays, mais aussi à cause de l’émergence des nouvelles technologies de communication et d’information.

[Lire aussi : Voici nos six propositions de solutions à la crise des médias]

Avec la pandémie, la presse écrite demeure la catégorie la plus touchée. Dans plusieurs pays où elle garde encore une grande valeur, durant la première vague pandémie, les gens étaient nombreux à ne pas vouloir toucher le journal au risque de se faire contaminer. Ainsi, repenser la pratique de la presse a été plus qu’une nécessité poussant les médias à migrer vers le digital comme c’est le cas par exemple au Togo. 

Durant la pandémie, plusieurs gouvernements africains ont par ailleurs conseillé aux patrons de presse de se tourner vers le digital à cause des mesures drastiques qui ont été prises contre la propagation du virus. Cette formule n’a pas toutefois fonctionné pour tous les pays notamment au Benin. 

Pour Abdou Diaw, journaliste économique, il devient plus qu’impératif pour les médias de se lancer dans le digital en réinventant et en mettant en œuvre une diversification de supports afin d’attirer les lecteurs. Le COVID-19 doit ainsi servir de point de départ aux médias afin qu’ils puissent repenser leur modèle économique face à l’émergence de la technologie. "Il faut aller au-delà des missions assignées aux entreprises médiatiques. On doit organiser des forums, des rencontres. Mais cela demande aussi de l’ingéniosité, de la créativité pour continuer à assurer l’innovation", conseille-t-il. 

Convaincre les gens d'acheter vos informations 

Durant le webinaire, tous les intervenants se sont mis d’accord sur la nécessité pour les médias de développer le numérique, toutefois ils sont conscients du coût à la fois pécuniaire et d'énergie que cela exige. Monsieur Diaw conseille aux journalistes voulant passer au digital d'aller plutôt creuser des sujets qui sont peu traités ou négligés par les autres médias. 

[Lire aussi : Acquérir les bases du journalisme digital]

"Pour convaincre le lecteur il faut travailler l’information, il faut créer une différence par rapport à ce qui a été proposé par les autres sites d’informations, car les lecteurs sont très intelligents. Ils savent faire du tri entre l’information factuelle connue par tout le monde et l’information documentée et analysée", ajoute-il. 

Pour sa part, Loïc Lawson croit que les patrons de presse doivent faire en sorte que leur média soit connu. "Il faut arriver à imposer le journal à la base. Il faut avoir un nom et un background. Il faut être connu. Il faut aussi savoir monter des dossiers", insiste-t-il. 

C’est le sérieux qui fait le journal. C’est pour cela que les médias doivent s’assurer que leur contenu est bon et crédible s’ils veulent que le lecteur paie pour l’information. Dans le cas contraire, ils seront nombreux à devoir plier bagage sans la source de financement des lecteurs. 

Par ailleurs, les patrons avant même de penser à lancer leur média doivent définir un plan financier d’une durée de six mois au moins et d’un an au plus. 

Protéger le contenu de son site d’information 

La première méthode consiste à laisser en libre accès, sur le site d’information, seulement le chapô de l’article en laissant le reste aux abonnés. Ainsi, si le sujet est bien traité et si le site fait du travail rigoureux et sérieux, le lecteur va payer pour continuer la lecture. La deuxième méthode est la mise en version électronique de l’information avec un code chiffré. Lequel code permettra aux responsables de contrôler la diffusion qu’on fait de l’information.  


Dougenie Michelle est journaliste à Enquet’action en Haïti


Photo d'illustration Atharva Tulsi via Unsplash


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