Les astuces d'un fact checkeur pour traquer les fausses informations

parGustave Katsuva
5 févr 2021 dans Fact-checking et vérification
Matériel

Plusieurs sondages récents montrent que la population fait de moins en moins confiance aux médias. Parmi les principales causes : la prolifération des infox (mot valise créé à partir d’information et intoxication). Cette prolifération est facilitée par les réseaux sociaux, offrant à chaque utilisateur la possibilité de publier. 

La désinformation est un problème mondial, qui ne cesse de grandir et les diffuseurs de contenus faux ne cessent d’innover pour tromper avec facilité, comme les deepfakes (vidéo montée à l’aide d’un logiciel imitant parfaitement la voix et les mimiques faciaux de n’importe qui). Les journalistes et, encore plus, les internautes se trouvent souvent désarmés face aux infox. Voici quelques astuces pour débusquer une infox en cinq points. Mais aussi, pour les journalistes, un mode d'emploi pour écrire un fact-check (article de vérification) informatif. Car, comme l’explique Rodriguez Katsuva, fondateur de Congo Check :

"Les fausses informations circulent six fois plus rapidement que l’information vraie. Il faut être sur l’infox le plus tôt possible, sur Facebook, sur Twitter, sur WhatsApp ou tout autre réseau social. Plus tard vous vous y attaquez, plus longtemps elles auront été virales, circulées et partagées. " 

L’enjeu de l’infox étant particulièrement important à l’heure actuelle, tout journaliste est appelé à se familiariser au fact-checking, un genre journalistique dont on ne pourrait plus se passer dans les rédactions. En République démocratique du Congo, l’infox a déjà coûté la vie à plusieurs personnes, lors de la dixième épidémie d'Ebola. C’est pour cela que Gustave Katsuva, journaliste et fact-checker à Congo Check, partage quelques astuces pour débusquer de fausses informations.  

Se questionner, avant tout, sur la source ayant publié l’information 

Il est très important de se poser la question : qui est cette personne ou ce média qui publie cette information ? A-t-elle vraiment du crédit ? 

Que ce soit sur Facebook, WhatsApp ou d’autres médias sociaux, on tombe souvent sur des informations provenant de sites qui peuvent être des faux ou trafiqués. Par exemple www.rfi.com alors que le vrai site est www.rfi.fr

S’il y a beaucoup de fautes de français, pas de date ni d’auteur : soyez vigilants 

Un média sérieux a une équipe de rédaction. Les journalistes sont fiers de leurs productions, et l’une des questions auxquelles doit répondre un journaliste dans son information c’est le "Quand ?" (les fameux 5W). Alors une information avec de fautes de syntaxe et d’orthographe, sans date ni d’auteur est probablement une infox. Aussi, quand dans un article il n’y a que des formulations comme : "Une source sûre, proche du dossier, sous anonymat" etc., méfiez-vous.

[Lire aussi : Des initiatives innovantes pour lutter contre les fakes news en Afrique]

Taper les mots-clefs de l’infox dans un moteur de recherche 

Pour réduire le doute face à une information, il vaut toujours mieux d’effectuer des recherches sur Google par exemple, voir si d’autres médias sérieux en ont parlé, avant de donner du crédit à l’information. 

Avoir un esprit critique, faire preuve de bon sens

L’une des raisons pour laquelle les gens considèrent les fausses informations, c’est qu’elles parlent à leurs instincts primaires. Elles font intervenir les sentiments et non la raison. Des complots, des informations censées révéler des choses graves, des faux scoops etc. Face à une information, il est toujours nécessaire d’avoir un esprit critique et ne pas se laisser guider par ses émotions.

Pour une photo ou une vidéo, regarder les détails avec minutie 

Une question mérite d’être posée ici : est-ce que cette image correspond vraiment à ce qu’elle illustre ?

La plupart du temps, les fausses informations s’accompagnent d’illustrations suspectes, trafiquées ou détournées. 

Grâce à plusieurs outils informatiques, il est aujourd’hui facile de vérifier la provenance d’une photo (Google image reverse, TinEye). 

[Lire aussi : La lutte contre les fakes news, à l'heure du COVID-19]

Ces cinq astuces vous préserveront au mieux des infox. Alors comment écrire un article de vérification ?

Rodriguez Katsuva, cité ici, l’a dit : "l’infox circule très rapidement. Quand on écrit la vraie information, il faut avoir en tête l’idée d’informer le plus rapidement possible", d’où :

Débunker l’infox déjà dans le titre 

Quand on écrit un fact-check, la première étape consiste à contrer la fausse information déjà dans le titre. Pour les lecteurs, il leur suffirait seulement de lire le titre pour se rendre compte que telle information n’est pas vraie. Comme on est submergé et très sollicité sur internet, on n’a pas toujours le temps pour lire tout l’article. Le titre en vignette doit donc être très informatif.

Débunker dans le chapeau aussi

Dire à quelle date et à quel jour l’infox a été publiée tout en la ‘’débunkant’’ 

Reprendre l’infox dans l’article telle qu’elle est écrite en raison de la transparence

  • Si l’infox est un texte, le reprendre à la lettre.
  • Si l’infox est une image, l’illustrer.

Citer les sources, les moyens utilisés et les personnes contactées lors de la destruction de l’infox. L’idée étant de permettre au lecteur, s’il le désire, de refaire sa propre enquête.

Dire dans quel contexte l’infox est née. Une contextualisation qui permet une vue d’ensemble de l’écosystème de l’infox en question.

Voilà de manière brève, comment s’armer contre la désinformation.


Gustave Katsuva est un journaliste et factchecker à Congo Check, le premier média spécialisé dans la vérification des faits en République démocratique du Congo. Il poursuit une licence en faculté d'économie. il est passionné de nouveaux médias, de contenus multimédias, de production web, de littérature et de blogging. Il est blogueur à Habari RDC et Mondoblog de Radio France Internationale.


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