Le développement durable, fil conducteur du média associatif Orb

parAbby Geluso
6 août 2020 dans Sujets spécialisés
Globe

De minuscules particules de plastiques, appelées microplastiques, ont été détectées dans l'eau et les produits alimentaires partout dans le monde. Les recherches sur leur impact sur la santé se multiplient. Un rapport publié en 2018 a indiqué que la présence de microplastiques potentiellement nocifs dans l'eau potable pourrait avoir un effet néfaste sur l'ensemble de la population mondiale.

Orb Media, un média de recherche associatif, a publié ce rapport pour qu'il serve de ressource aux journalistes dans leur propre travail de reportage. Le projet a soutenu des reportages dans plus de 100 pays et a été cité dans des articles écrits en plus de 30 langues selon Victoria Fine, directrice exécutive d'Orb Media.

Créé en 2011 par Molly Bingham, journaliste multi-récompensée, Orb allie recherche comparative mondiale et analyse de données pour produire des projets de reportage qui traitent de durabilité sociale et environnementale à travers la planète. Son objectif est de créer des contenus qui seront utiles aux journalistes au niveau local.

"Le projet a pris de nombreuses formes, mais a toujours été guidé par l'idée de faire comprendre les grands enjeux mondiaux à toutes sortes de publics, quelles que soient les cultures et en dépit des frontières", explique Mme Fine.

L'équipe d'Orb est internationale : les journalistes et chercheurs sont basés dans neuf pays, dont l'Allemagne, le Brésil, Singapour, le Royaume-Uni et le Ghana. L'équipe Data, dirigée par la data scientist en chef Heather Krause, identifie et analyse des tendances mondiales à travers les données. L'équipe de chercheurs et de reporters se servent de l'analyse de données pour produire des rapports exhaustifs qui contiennent les résultats détaillés des recherches, des graphiques et des angles potentiels que les journalistes pourront poursuivre.

Ils ont appliqué ce modèle sur des thèmes tels que la propagation du terrorisme depuis le 11 septembre 2001, l'inclusion financière pour éradiquer la pauvreté et les effets de la montée des eaux due au réchauffement climatique.

Projet sur les travailleurs de santé de quartier

Ce mois-ci, Orb a publié son dernier projet, qui traite de l'impact positif des travailleurs de santé de quartier sur la santé publique et la mortalité infantile dans les quartiers défavorisés.

Les chercheurs d'Orb ont commencé leur enquête sur la mortalité infantile début 2020 en récoltant, analysant et interprétant des données venant de 160 pays. En mars, l'équipe a concentré son attention sur les travailleurs de santé de quartier. En se servant de données analysées par l'équipe de Mme Krause, la journaliste et chercheuse Dr. Siddhi Camila Lama a pu monter un papier sur une avancée marquante. La Thaïlande, l'Argentine, la Hongrie, le Mexique, le Bangladesh, le Honduras et le Chili, sept pays avec peu de choses en commun à première vue, ont tous des taux de mortalité infantile en baisse, et ce malgré un budget limité de leurs systèmes de santé.

"On s'est d'abord intéressé au sujet de la santé, et de la mortalité infantile en particulier, à travers plusieurs angles. On s'est concentré principalement sur les pays dont le taux de mortalité infantile était moins élevé que ce qu'on imaginait", raconte Mme Lama. "D'autres chercheurs chez Orb ont plutôt travaillé sur les inventions et innovations locales, la médecine traditionnelle et le rôle de la démocratie et des élections."

Pendant plusieurs mois, une équipe de cinq chercheurs s'est plongée dans des études scientifiques et a interviewé des experts pour comprendre le secret de la réussite de ces pays.

Ils ont découvert que les travailleurs de santé de quartier étaient la clef. Les habitants, le gouvernement et la société civile s'appuient sur ces personnes pour rendre les services de santé accessibles à celles et ceux qui en seraient autrement exclus.

"Leurs missions sont très variées, tout comme leur formation et le matériel à leur disposition. Cette versatilité est leur point fort. Ils peuvent être mobilisés en un temps record pour répondre aux besoins les plus pressants de leur communauté," détaille le rapport. "Du point de vue de l'équité, ils peuvent être extrêmement efficaces pour toucher des populations historiquement exclues des dispositifs de droit commun."

Grâce à un abonnement gratuit, les membres d'Orb peuvent accéder aux résultats de ces recherches, aux visualisations des données sur la mortalité infantile, à des graphiques téléchargeables et une liste de propositions d'accroches et d'angles pour les aiguiller dans leur reportage.

Faire de la recherche pendant le COVID-19

Les recherches sur les travailleurs de santé de quartier ont véritablement démarré début mars, alors que le COVID-19 se propageait rapidement à travers la planète.

"Nous avons une équipe très éclatée et presque tout le monde a dû se déplacer à un moment ou changer radicalement de style de vie, même s'ils travaillaient déjà à distance", se souvient Mme Fine. "Nous avons eu énormément de chance que personne ne tombe malade."

Les reporters et chercheurs de cette équipe étaient basés au Canada, à Andorre, aux Etats-Unis et au Mexique. Même s'ils ont l'habitude de travailler à distance, l'arrivée de la pandémie a causé des problèmes inédits pour ce projet.

"Je pense qu'on aurait fait plus de recherche terrain sur ce projet s'il y avait pas eu le COVID-19", dit Mme Lama. "Evidemment, la journée type d'un travailleur de santé de quartier a changé mais il est devenu inenvisageable de leur rendre visite et rencontrer leurs bénéficiaires avec le COVID-19."

Projets futurs

Orb a déjà commencé à travailler sur son prochain projet, qui s'orientera autour des innovations inattendues nées de la pandémie de COVID-19.

"Nous sommes en train de développer un outil de suivi et une base de données pour répertorier comment les communautés et les organisations pivotent leur activité à cause du COVID-19 afin de la rendre plus durable", explique Mme Fine. "Ceci comprend notamment les nouvelles mesures mises en place pour gérer les interactions avec leurs membres, ce qui pourrait améliorer la durabilité sociale et environnementale des projets par ricochet", dit-elle.

L'équipe prévoit de lancer un portail numérique à destination des membres des communautés affectées par le COVID-19 afin qu'ils partagent les projets et actions dans lesquels ils se sont impliqués. Les chercheurs pourront ainsi corroborer ces contributions avec des données pour essayer d'établir combien de temps, d'argent et de moyens ont été investis dans ces actions.

Le projet s'inscrit dans la continuité des efforts menés par Orb pour ajouter de la valeur au travail que font les journalistes au quotidien à travers le monde.

"Nous avons la conviction que nous ne manquons pas d'individus qui s'engagent au quotidien pour notre planète mais leur travail est souvent perdu dans le brouhaha de tout le reste de ce qui se passe autour de nous", explique Mme Fine. "Au lieu de réinventer la roue, nous devons redoubler d'efforts pour donner de la résonance à ces actions, examiner ce qui marche et ce qui ne marche pas, et prendre des décisions plus conscientes et informées à partir de là."


Abby Geluso est une reporter freelance basée à New York.

Image principale sous licence CC par Unsplash via Anne Nygård.