Freelance : quelques bonnes pratiques pour avancer

par Marie Naudascher
28 mai 2021 dans Etre freelance
Une femme travaille à son ordinateur

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Le quotidien des journalistes pigistes exige à la fois d’être proactif pour proposer régulièrement des idées de reportages à différentes rédactions et de maintenir des revenus stables malgré les aléas des commandes.

"Le fait de travailler en freelance aboutit souvent à une sensation de perte de légitimité, à une difficulté à se projeter dans le futur et donc à une dévalorisation à la fois intellectuelle et financière", observe Margaux de Noiron, coach installée à New York après 10 années au Brésil.

Alors que la crise du COVID-19 a particulièrement touché les pigistes, voici quelques pistes pour continuer à exercer le métier de journaliste dans les meilleures conditions possibles.

Penser collectif 

Il existe différents réseaux et collectifs de journalistes indépendants et se rapprocher de ceux qui vivent les mêmes problématiques est un précieux soutien : 

Sur Twitter, les comptes de ces collectifs permettent de suivre les débats actuels sur la profession avec notamment Profession Pigiste (@pigist), @Raslaplume, @LesJournalopes, @collectif_W, @VuesLongues, @REC_Collectif, @friche_la, @Tu_Piges, @Youpress, @Incorrigibles, @PetitPigiste, Réseau @r-journalistes, la plateforme professionnelle @entre2piges, Demain journaliste @2m1journaliste… 

Pour les correspondants des radios francophones à l’étranger, Radio Spartacus est le réseau d’entraide et d’information à connaître. Ecrire à radiospartacus@gmail.com pour rejoindre le réseau. 

S’il n’existe pas de collectif qui vous représente, pourquoi pas créer votre propre collectif, et rassembler les professionnels de votre pays ? 

À noter : pour connaître les tarifs de la plupart des rédactions, le projet indépendant "Paye ta pige" liste les tarifs et statuts proposés par un grand nombre de médias. Ce travail collectif de transparence entend lutter contre "la précarité et l’opacité dans laquelle les journalistes indépendants sont maintenus par les médias qui les emploient".

Les associations de journalistes sont aussi des entités qui permettent de connaître vos droits ainsi que les opportunités de bourses ou de formation, où que vous soyez dans le monde. S’abonner aux newsletters permet de ne laisser passer aucune opportunités, même si suivre les réseaux sociaux régulièrement est indispensable. 

En Afrique, voici une sélection des institutions à suivre : 

N’oubliez pas les clubs de la presse en région ou à l’étranger : ces structures proposent souvent des événements, conférences de presse et parfois annuaires des journalistes. Il n’y a qu’en les connaissant que vous saurez si elles vous sont utiles et comment. 

Les événements pour les journalistes indépendants

Organisée par Profession Pigiste, la 10e édition des "48H de la Pige" se tiendra les jeudi 24 et vendredi 25 juin à Paris. L’inscription est payante (25 euros pour les adhérents ou 40 euros pour les non-adhérents).

Les thèmes choisis cette année témoignent de la réalité d’un métier en pleine évolution : "connaître mes droits et les faire valoir", "me repérer dans la jungle des organismes sociaux", "financer un reportage par un prix ou une bourse", "piger en radio", "une heure avec un rédacteur en chef de presse mag". 

Notez dans vos agendas les 14e Assises Internationales du Journalisme de Tours, du 29 septembre au 1er octobre 2021. À l’initiative du journaliste Jérôme Bouvier, les Assises du Journalisme proposent des ateliers, des débats et des soirées spéciales autour des grands thèmes de l’actualité, des expositions, des projections, des ateliers d’éducation aux médias, un Salon du Livre du Journalisme et des remises de Prix. Inscriptions ici

Et dans votre pays, quels sont les événements cette année qui pourraient vous intéresser et vous permettre de rencontrer vos confrères ? 

Les syndicats de journalistes sont aussi là pour défendre vos droits. Les connaissez-vous ? 

En France, savez-vous qu’un journaliste pigiste n’est pas un freelance, mais un "salarié non mensualisé" selon la Loi Cressard du 4 juillet 1974 ?  Cela signifie que chaque pige donne lieu à une fiche de paie sur laquelle figurent les cotisations sociales (congés maladie, retraite, droit à la formation etc…). Depuis le décret du 16 avril 2020, le chômage partiel  s’applique aussi aux pigistes dont l’activité est touchée par la crise du Coronavirus. Cette présomption de salariat est décrite dans la loi :

“Toute convention par laquelle une entreprise de presse s’assure, moyennant rémunération, le concours d’un journaliste professionnel est présumée être un contrat de travail. Cette présomption subsiste quels que soient le mode et le montant de la rémunération ainsi que la qualification donnée à la convention par les parties.” (Loi 74-630 du 4 juillet 1974, dite loi Cressard, article L 7112-1)

Pour en savoir plus sur le statut du journaliste pigiste, voici quelques exemples de sources/syndicats à connaître : 

Allergiques administratifs, si les mots "statuts" et "fiscalité" vous rebutent, se renseigner et comprendre les conséquences de chaque type de contrat est néanmoins fondamental. Et n’oubliez pas, vous n’êtes pas le seul à vous poser ces questions : au sein de l’un des collectifs cités ci-dessus ou bien via les représentants du personnel des rédactions avec lesquelles vous travaillez, vous trouverez toujours l’information. D’ailleurs, chercher l’information s’applique aussi à nous, journalistes !

La carte de presse française

À quoi sert la carte de presse délivrée par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnelle (CCIJP) ? Les conditions d’attribution sont fondées sur l’article L 7111-3 du code du travail qui indique : "est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée, l'exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques, ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources".

Le statut de salarié (le pigiste est un salarié, vous l’aurez compris) est donc un prérequis pour l’obtention de la carte. Travailler en auto-entrepreneur ou sur facture ne permet pas d’obtenir la carte de presse. 

À noter : dans la plupart des entreprises de presse, c’est le nombre d’années de la carte de presse qui détermine l’ancienneté et donc une prime de 5 % au bout de 5 ans de carte de presse, 10 % au bout de 10 ans, 15 % au bout de 15 ans sur vos fiches de paie chaque mois. Ce revenu supplémentaire n’est pas négligeable. 

L’abattement fiscal des 7 650 euros sur le revenu net déclaré aux impôts en France n’est pas lié à la détention ou non de la carte de presse. 

Enfin, sachez que grâce à la carte de presse, vous êtes éligibles à des formations professionnelles ou des bilans de compétences financées par l’opérateur de compétences Afdas.

Pour en savoir plus, explorez le site de la CCIJP, car la carte de presse ne sert pas qu’à entrer gratuitement dans les musées !

[Lire aussi : Que faire quand le quotidien de pigiste est trop difficile à gérer ?]

La Scam et les droits d’auteur

La Société Civile des Droits d’auteurs (Scam) rassemble 49 000 auteurs et autrices  de l’audiovisuel, radio, littérature, journalisme, traduction, photographie, dessin, podcast et web. 

Saviez-vous que les articles de presse écrite peuvent être déclarés à la Scam ? Saviez-vous que la Scam propose des modèles de contrats d’auteur ainsi qu’une permanence juridique ? Il existe depuis cette année des modèles de contrats d’écriture et de réalisation pour les podcasts ? Vous pouvez aussi déposer un projet et le protéger avant d’en parler sur le site de la Scam. 

Pour être au courant des bourses, ateliers, et toutes les nouveautés, inscrivez-vous à la newsletter de la Scam.

Donner des cours de journalisme 

Si vous avez fait des études de journalisme, les associations d’anciens élèves ou les comptes de vos anciennes écoles peuvent aussi être des sources de contact ou d’informations précieuses. Partagez vos articles, vos succès avec ce réseau peut donner lieu à de bonnes surprises. Et pourquoi pas leur proposer un cours ou atelier de journalisme en fonction de votre parcours ou spécialité ? Transmettre ce que l’on a appris permet aussi de valoriser ses compétences et d’échanger avec les futurs confrères. 

Écrire un livre, pourquoi pas moi ? 

Si le travail fourni pour divers formats courts laisse parfois l’impression d’avoir laissé de côté des témoignages, on a souvent l’intuition qu’un sujet mériterait d’y consacrer plus de temps. Pourquoi pas proposer un livre à un éditeur à partir d’un travail d’enquête déjà commencé ? Si le travail d’écriture est long, et la rémunération pas toujours attractive, il permet de se plonger dans un sujet, d’approfondir un thème et de se spécialiser. N’oubliez pas de vous renseigner auprès de la Scam avant de signer le contrat qui peut vous être proposé. 

[Lire aussi : Nos cinq conseils pour écrire des récits personnels]

Le droit aux vacances

Le statut de pigiste exige une disponibilité constante afin de ne pas passer à côté d’une commande ou d’une "actualité chaude", mais aussi pour recevoir un salaire à la fin de chaque mois. "Savoir cartographier son espace temps professionnel est très important pour les pigistes : se dire qu’on a le droit a des vacances fait partie de la valorisation de son travail", rappelle Margaux de Noiron.

Le droit à la déconnexion et aux congés ("congés payés" sur les fiches de paie mais en réalité cela signifie plusieurs jours ou semaines sans revenus) peut s’organiser avec les principaux employeurs en leur proposant un remplaçant. "Je prévois des scenarii en fonction des demandes, je préviens mes employeurs réguliers dont j’anticipe ou planifie les demandes, je renvoie vers un confrère", énumère Margaux de Noiron. 

Alors que les reportages sur le terrain sont parfois limités, et les opportunités de travail de plus en plus solitaires, ces quelques pistes permettront de continuer à créer son réseau tout en perfectionnant sa connaissance des possibilités et contraintes du métier. Un journaliste informé en vaut deux. 


Photo Daniel Thomas via Unsplash, licence CC

Marie Naudascher est journaliste radio et travaille comme correspondante pour Europe 1 radio au Brésil.