Au Togo, le journaliste Felix Tagba s'engage contre la pollution des masques

par Hector Nammangue
4 juin 2021 dans Couvrir le COVID-19
Un masque par terre

Depuis le 9 juin 2020, les Togolais se retrouvent à gérer d'autres types de déchets : ceux du COVID-19, notamment les masques. Et pour cause, c'est à cette date que le port systématique du masque dans les espaces publics a été décrété par l'exécutif. 

La gestion des masques usagés est devenue, de fait, de plus en plus difficile. Considérés par la plupart comme des déchets ordinaires, ces masques se retrouvent par terre dans chaque ruelle de la capitale, Lomé, et jonchent des caniveaux. Ils polluent et rendent  la nature de plus en plus sale.  

Cette situation ne laissa pas indifférents les défenseurs de l’environnement au Togo à l’instar de Félix Tagba, journaliste de formation et fondateur de l’Association de la protection de l’Environnement ‘Ecojogging’. Dès le début de la pandémie du coronavirus, il a initié la campagne "Beat Mask Pollution". L’initiative vise, selon lui, la sensibilisation de la population sur les dangers que représentent ces masques jetés dans les rues pour la santé et l’environnement.

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"Nous avons remarqué que beaucoup de personnes jettaient les masques sur la route après les avoir utilisés. Ces nouveaux déchets sont de plus en plus nombreux dans la nature. Certains masques peuvent par exemple faire plus de 400 ans dans la nature", a-t-il  expliqué.

Tout le monde peut prendre part à cette campagne, précise Félix Tagba. "Pour y participer, c’est simple. Il suffit de faire une vidéo d’une minute maximum dans laquelle vous sensibilisez les gens à ne plus jeter leurs masques dans la rue et puis vous publiez votre vidéo sur les réseaux sociaux avec le hashtag #BeatMaskPollution". L’initiative, bien qu’elle demande assez de persévérance, commence déjà à porter du fruit.  

Edem Atigossou est étudiant à l’Université de Lomé, il avait de la peine à jeter son masque dans la poubelle. Mais aujourd’hui, il dit avoir laissé cette habitude. "Moi personnellement je n’avais pas cette facilité de jeter mon masque dans la poubelle mais depuis que cette campagne a débuté. C’est devenu pour moi une gêne de porter mon masque et de le jeter directement par terre. Je crois que cette initiative est a encourager quand on voit déjà la difficulté qu’on rencontre dans la gestion de nos déchets."

 

Photo de Félix Tagba, profil Twitter
Le journaliste Félix Tagba, crédit photo Twitter 

 

Une autre étudiante du nom d’Aicha Bouraima affirme avoir sensibilisé ses frères et sœurs par le canal de cette campagne sur les dangers du mauvais usage des masques. La jeune fille recommande d’ailleurs le port des masques lavables. Des masques qui, selon elle, évitent toute sorte de propagation du virus. 

Nonobstant ces résultats, Félix Tagba n’est pas toujours satisfait. "Il faut dire que quand nous avons lancé la campagne au Togo, beaucoup ont pris conscience et évitent de jeter les masques dans la rue. Mais la bataille se poursuit parce qu’on retrouve toujours ces masques par terre", regrette M. Félix Tagba. 

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Avant d’interpeller, "nous appelons toute la population à éviter de jeter les masques dans la rue pour notre propre bien-être et pour mieux protéger notre environnement. On peut du moins jeter les masques usagés dans une poubelle, pour éviter qu’ils ne se retrouvent dans la rue. C’est ensemble qu’on pourra lutter contre ce phénomène."

Les centres de gestions des déchets impuissants

Quand ils ne sont pas jetés dans les rues, une fois dans les poubelles, les masques sont souvent acheminés vers les centres de gestion de déchets. Là aussi, en plus d’un déficit de protocole de recyclage, les masques usés deviennent un danger potentiel pour le personnel de ces centres. Impossible de savoir s'ils sont infectés ou pas. Ces masques, faits avec du polypropylène, sont considérés comme du plastique et nécessitent une gestion adéquate.  Les centres de gestions des déchets se retrouvent impuissants face à ces déchets hors du commun.

Comme solution, Félix Tagba  propose comme précaution, l’utilisation systématique des gants, des masques et des bottes, pour pouvoir protéger les équipes dans les centres de gestion des déchets.

Par ailleurs, au terme du sommet international "One World Protected", consacré à la question des vaccins contre le coronavirus, le Japon et l’Alliance GAVI (Global Alliance for Vaccines and Immunization ou, en français, "l’Alliance Globale pour les Vaccins et l’Immunisation") ont annoncé le soutien financier de 2,4 milliards $ en faveur des pays membres de l’initiative COVAX, dont le Togo.

Le pays a déjà réceptionné 200 000 doses d’AstraZeneca sur les 3 millions prévus d’ici le mois d’août 2021.


Hector Nammangue est un journaliste togolais spécialisé dans l'environnement, il est le créateur de Vert Togo, média traitant des questions environnementales en Afrique. 

Photo sous licence CC, via Unsplash, Cate Bligh