Même confinés, les journalistes ont continué d'informer

АвторCyril Michaud
May 26, 2020 в Couvrir le COVID-19
Une personne à son bureau

C’est un défi fou qu’ils n’auraient jamais pensé devoir un jour relever : informer à distance auditeurs, lecteurs et téléspectateurs. Avec la crise sanitaire, les rédactions du monde entier ont dû renvoyer leurs journalistes à la maison. Une situation inédite dans l’histoire de la profession.

« Jamais, je n’aurais cru un jour me retrouver en télétravail à la maison » raconte Alexandre Duval, journaliste à Radio Canada dans la ville de Québec. Ce qui a changé pour lui pendant le confinement ? « La façon de cueillir l’info et d’arriver à un produit fini. En temps que journaliste papier, on peut très bien écrire un reportage depuis la maison. Mais quand on fait de la télévision et de la radio comme moi, que l’on doit enregistrer une voix, faire du montage ou même être en direct, cela devient plus compliqué de le faire depuis chez soi. »

"[...] Très vite, nous avons trouvé des solutions"

Comme nombre de journalistes confinés, Alexandre Duval a donc dû repenser sa façon de travailler, avec pour seul outil un ordinateur et un bon microphone. « Il y a eu une période d’ajustement forcément, quand la caméra ou le micro ne fonctionnaient pas, que je devais enregistrer une voix off non pas depuis un studio professionnel mais une pièce de la maison avec de l’écho. Cela a été un petit défi. Mais très vite, nous avons trouvé des solutions. » Et la qualité de l’information ne s’en est jamais ressentie. « Ça a été ma plus grande surprise : de voir que l’on pouvait produire efficacement de l’information sans nécessairement se trouver sur le même lieu que l’équipe de rédaction. »

Le journaliste canadien l’assure : « La qualité de l’information transmise est restée la même, malgré des méthodes de production différentes. » Alexandre Duval estime même « qu’en étant seul à la maison, les journées sont encore plus productives, voire éreintantes parce que je suis 100 % consacré à la tâche ».

Un constat partagé à des milliers de kilomètres de là, à Bruxelles en Belgique, par Louise Vanderkelen, journaliste au sein du service débats de La Libre Belgique. « En fait, je ne fais plus vraiment de pause depuis que je télétravaille. » Chaque jour, le quotidien belge dans lequel elle officie publie des contributions écrites d’experts, spécialistes ou simples citoyens. Avec la crise sanitaire et les mesures de confinement, le nombre de courriers reçus par les journalistes du service a explosé. « Ça a été beaucoup de stress au début, lié au fait d’être sorti du cadre professionnel, à la crainte de bugs techniques, à la nouvelle organisation de la rédaction, etc. »

Une productivité accrue 

Mais Louise s’est vite accommodée de la situation, depuis la cuisine de l’appartement qu’elle partage en colocation, où elle a choisi d’installer son bureau de fortune. « Pour sortir un journal clair et de qualité, la pression il faut savoir se la mettre à soit-même. On a une grande responsabilité à l’égard de nos lecteurs.» Comme Alexandre Duval, son confrère québécois, Louise Vanderkelen n’aurait jamais imaginé être aussi productive éloignée de sa rédaction. « Je pensais que j’avais nécessairement besoin du cadre professionnel pour bien travailler. Or ce confinement m’aura appris que je suis capable de surmonter une charge de travail importante, seule dans mon coin.»

L’écueil, dans ce genre de situation, comme le souligne Timothée Maymon, journaliste à RMC Sport et RMC Sport News à Paris, c’est peut-être d’oublier combien parfois le regard d’un collègue ou l’œil avisé d’un rédacteur en chef peut se révéler précieux et ne doit pas être occulté. « Quand on ne sait pas et que l’on est seul chez soi, il faut avoir l’humilité de demander de l’aide à quelqu'un. Dans une rédaction, il y a des encadrants, des rédacteurs en chef qui sont là pour ça. Plutôt que de perdre un temps fou dans son coin à chercher un contact par exemple, il faut être capable de dire : je ne vais pas tout faire moi-même et avoir l’humilité de demander un coup de main. » 

S'adapter

Un mot revient dans la bouche de Timothée : l’adaptabilité. « L’une des qualités d’un bon journaliste, c’est d’être adaptable. C’est même une qualité majeure. » Le journaliste d’RMC Sport sait de quoi il parle. Lui, l’habitué des pelouses des grandes rencontres de foot, a été propulsé homme de terrain par la chaîne d’information en continu BFM durant le confinement. « Une partie de l’entreprise était au chômage partiel. Comme d’autres journalistes, j’ai été envoyé au service Informations Générales.» C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à faire des duplex d’un peu partout dans un Paris confiné, en compagnie d’un caméraman. « Nous avons beaucoup travaillé, dès le début, pour raconter le confinement en réalisant, soit des duplex, soit des reportages. Nous avions emporté notre matériel. Tu calais l’interlocuteur depuis chez toi, le caméraman t’aidait pour les images d’illustration, les plans de coupe. Ça s’est fait en bonne intelligence. C’était bien. »

Une expérience aussi exigeante qu’enrichissante. « Il a fallu que je me réadapte à faire de l’information généraliste et que je me remette en question. Mais ce confinement m’a rappelé et a rappelé, au grand public, qu’avant d’être des journalistes sportifs, nous sommes d’abord des journalistes. »

 


Photo : Hanny Naibaho via Unsplash