RDC : améliorer la représentation des femmes journalistes dans les médias

parBadylon Kawanda
30 avr 2021 dans Diversité
Une femme tape sur son ordinateur, contre-jour

Afin d’améliorer la représentation des femmes dans les médias et promouvoir le leadership féminin en République démocratique du Congo (RDC) pour un futur égalitaire, une grande ‘’Foire des femmes des médias’’ a été organisée pendant trois jours, du 29 au 31 mars dernier, à Kinshasa.

L'action a été encouragée par l’Ambassade des USA, de Suède, par l'Organisation internationale de la Francophonie et les activistes des droits humains.

Organisée par deux grandes organisations professionnelles, c’est-à-dire l’Union congolaise des femmes des médias (UCOFEM) ainsi que l’Association congolaise des femmes de la presse écrite (ACOFEPE), l'événement a reçu plusieurs personnalités, quelques patrons de médias, des défenseurs des droits humains en général et des droits des femmes en particulier, des journalistes. 

L’événement a bénéficié d’un appui financier de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) ainsi que de celui des coopérations suédoise et suisse. Internews a apporté son aide technique.

"Cet événement, dont c'est la deuxième édition, constitue une vitrine qui entend mettre en relief les expériences qui doivent servir de modèle pour un leadership féminin de qualité dans le secteur médiatique en RDC et dans le monde entier", a déclaré Rose Masala, la nouvelle directrice de l’UCOFEM. 

L’activité est une démarche en vue d’atteindre l’agenda 2030 en matière de parité femmes hommes et de leadership féminin comme le recommandent les ODD (Objectifs de développement durable) de l'ONU. 

De son côté, Grâce Ngykie, présidente nationale de l’ACOFEPE, a fait savoir que cet événement a donné aux femmes journalistes l’opportunité de parler des difficultés qu’elles rencontraient dans l’exercice de leur profession afin de dégager des pistes de solutions. 

Par ailleurs, au cours de son intervention, Néfertiti Tshibanda, déléguée générale à la Francophonie, a souligné l’importance du travail en synergie, notamment pour encourager les professionnelles à mettre le cap sur le numérique, qui est aujourd’hui au centre de toute interaction alors que le monde est secoué par le COVID-19.

Des expositions et des projections de productions (audiovisuelles, presse écrite, presse en ligne) ont été réalisées, tout en abordant également les technologies de l’information et de la communication en période de COVID-19 afin que les femmes des médias se les approprient. 

Au cours d’un message vidéo, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique et son homologue suisse ont exprimé leur engagement dans la promotion des droits des femmes.

On compte 19,4 % de femmes travaillant dans les médias en République démocratique du Congo, selon une récente étude.

Depuis le début de la pandémie, la situation politique, sociale et économique, la précarité du métier de journaliste déjà existante et la faiblesse de la législation de la presse ont constitué des freins à la présence des femmes dans les médias, autant dans le métier, dans la gestion que dans la couverture médiatique.

Des stratégies et conseils pratiques

A partir des expériences partagées lors des assises, et grâce à l’implication remarquable de plusieurs femmes leaders dans le métier, il s’est dégagé des stratégies et conseils à appliquer par les femmes journalistes ainsi que leurs partenaires pour l’amélioration de la situation. 

Concernant l’amélioration de la représentation des femmes dans les médias   

Avoir d’abord confiance en soi-même et être toujours présente

Une action sans croire en ses propres compétences est généralement vouée à l'échec, disent les psychologues. Les journalistes ne doivent pas se sous-estimer. La confiance en soi constitue une grande force de réussite. 

"Je viens d’être élue nouvelle présidente de l’UCOFEM, d’abord j’ai eu confiance en mes compétences et d’autres ont placé leur confiance en moi", témoigne Rose Masala, contactée à ce sujet.

Mener des campagnes des plaidoyers

L'action de plaidoyer en faveur d'une personne a pour objectif de faire changer la situation d'une personne donnée et de protéger ses droits.

"Ces campagnes peuvent être menées par des femmes journalistes elles-mêmes ou par d’autres organisations de défense des droits humains", indique Christine Luto, une des femmes leaders. 

ONU-Femmes renchérit : "à travers le monde, des organisations non gouvernementales (ONG) et des défenseurs des droits de l’homme plaident en faveur de la protection des femmes contre toutes les formes de violences fondées sur le genre".

Se former régulièrement et être compétitive

La formation permet aux agents de développer leurs carrières professionnelles, sur le long terme. Grâce à ces cursus, ils pourront améliorer leurs capacités, s'adapter au changement et éventuellement obtenir une promotion, soutiennent les spécialistes de l’éducation. 

"Les femmes des médias doivent devenir des autodidactes chevronnées sans forcément attendre des opportunités. Toutes les connaissances acquises leur ouvriront des portes et la représentation des femmes va s’améliorer petit à petit", affirme Maître Germaine Kitoko, juriste à Kinshasa. 

[Lire aussi : Améliorer la représentation des femmes dans les médias, un enjeu à relever]

Mettre en pratique des textes juridiques en la matière

Pour le cas de la RDC, c’est l’article 14 de la constitution qui prône la parité femme-homme en ces termes : "(…) La femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales. L'Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites institutions. La loi fixe les modalités d'application de ces droits”. 

Concernant le développement du leadership féminin 

Avoir des convictions

"Un vrai leader a non seulement des convictions et des croyances mais il n’a surtout pas peur de les affirmer haut et fort. Les femmes journalistes [...] doivent exprimer leurs idées chaque fois que cela est nécessaire", conseille l’actuelle présidente de l’UCOFEM.

Elle invite les femmes des médias à utiliser leurs convictions pour défendre leurs idées. 

Savoir fixer des objectifs clairs

Un leadership sans objectifs est quasiment nul. 

"L’absence d'objectifs partagés dans une équipe, et plus largement au sein de toute organisation, est en effet un élément déclencheur du mal-être et de la perte de cohésion des collaborateurs", déclare Sylvie Mamalu, une autre femme leader. 

Savoir communiquer en toute transparence

Un bon leadership est aussi lié à une bonne communication. 

"Un bon leader, plus que quiconque, se doit de communiquer avec transparence et sincérité dans toutes les situations. Il doit savoir encourager en cas de réussite mais aussi et surtout assumer les erreurs en cas d’échec, sans travestir la réalité", renseigne Brigitte Kilolo, l'une des femmes des médias dans la province du Kwilu dans le sud-ouest du pays.


Badylon Kawanda est journaliste, rédacteur en chef de la radio diocésaine Tomisa à Kikwit, en République démocratique du Congo. Il est également depuis 1995 directeur du Centre culturel Mwinda.


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