Paroles d'experts : comment devenir JRI ?

par Charles KOLOU
21 mai 2021 dans Divers
Une journaliste en train de filmer un groupe

Chaque semaine, dans le cadre du Forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale, des webinaires et formations vous sont proposés. Rejoignez-le pour étendre votre réseau et vos connaissances sur la pandémie. 

 

Couvrir seul des événements, faire des reportages, tourner les images, réaliser des montages et écrire un commentaire pour un journal télévisé ou un média, c’est ce qui peut résumer les tâches quotidiennes d’un journaliste reporter d’images (JRI).

Comment devenir un journaliste reporter d'images ? Quelles sont bases du JRI ? Comment préparer un reportage, tourner et monter les images ? Ces questions ont été au menu de l’atelier en ligne organisé par le Forum de reportage sur la crise sanitaire mondiale le 13 mai dernier.

 

 

Cette formation a été animée par Kayi Lawson, journaliste reporter d’images, correspondante au service francophone de la Voice Of America (VOA) et modérée par Kossi Balao, directeur du Forum.

Le JRI est avant tout un journaliste, a-t-elle fait savoir d’entrée. En plus d’être journaliste, le JRI est aussi un cameraman, un preneur de son, un monteur, une voix off. "Je définis un JRI comme un couteau suisse. Il est à lui seul toute une équipe", résume-t-elle. 

La correspondante de la VOA indique qu’un JRI a pour objectif d’illustrer par l’image et le son un sujet d’actualité ou un magazine à destination de la TV, d’un site web ou des réseaux sociaux. 

Un journalisme exigeant et de terrain

"Le JRI est un journalisme exigeant et de terrain", confie Mme Kayi Lawson. Sur le terrain, un JRI est appelé à couvrir des manifestations, des expositions, de grands rendez-vous politiques ou des zones de conflits. 

"Le JRI se distingue souvent par l’éventail large de ses compétences couvrant l’écriture audiovisuelle, pour le web, la prise de vue et le montage vidéo", détaille-t-elle.

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Pourtant, on ne peut pas considérer être JRI en sortant d'une école de journalisme. C’est un titre ou une compétence qui s’acquiert avec la pratique. Pour devenir JRI, il faut un minimum de deux à quatre ans de pratique sur le terrain, explique Kayi Lawson.

"La meilleure école reste avant tout le terrain. La couverture des manifestations reste un excellent exercice pour se former, car on assiste à de nombreux événements en peu de temps", indique la formatrice.

Le profil d’un bon JRI 

"Un JRI doit avoir de bonnes aptitudes physiques, être très débrouillard et honnête". C’est aussi un journaliste qui doit être rapide et pouvoir travailler sous pression. Il s’identifie aussi à celui qui dispose d’une solide culture générale, surtout pour les news, et une écoute active. "Le JRI doit maîtriser plusieurs langues, être curieux, créatif et original", renchérit Kayi.  

Appelé à se déplacer sur ses lieux de reportages avec un kit constitué au minimum d'une caméra, d'un micro, de lampes, de batteries secours, de trépieds, et d'un ordinateur, le JRI doit avoir une bonne condition physique. Ainsi lui est-il conseillé du faire du sport.

Pour être proactif, Mme Kayi Lawson conseille entre autres qu’un JRI puisse disposer de son propre matériel de travail. Un bon JRI doit naturellement savoir dérusher, monter et écrire un article après un reportage, poser la voix sur les images, mixer et exporter sa production. Il doit aussi savoir écrire et présenter un court duplex, donc passer devant la caméra.

Les JRI doivent s’abstenir de mêler conviction religieuse, appartenance politique, passion et professionnalisme sur un champ de reportage ou dans le traitement des images. 

Des conseils pour un néo-JRI 

Pour un journaliste qui fait ses premiers pas en tant que JRI, Kayi Lawson conseille de savoir comment il devra se positionner, se déplacer et se comporter sur le terrain de reportage. Le journaliste doit se faire former à cet effet surtout pour la couverture de conflits ou d’événements politiques. 

Il devra aussi éviter la passion sur le terrain. Être concentré et attentif à l’évolution des événements. Le JRI doit avoir une caméra assez légère pour faciliter le déplacement sur le terrain ou faire usage d’un téléphone portable adapté. 

Mme Lawson recommande aussi aux journalistes qui font leurs premiers pas vers le JRI d’avoir un mentor qui pourra évaluer objectivement leur production et apporter des observations constructives. Un JRI doit aussi mesurer les risques, et informer sa rédaction de tout déplacement. 

Un métier d’avenir

"Le JRI c’est le journalisme de demain", a conclu Kayi Lawson lors de ce webinaire. Pour elle, le JRI possède des perspectives d’emploi intéressantes avec la possibilité d’évoluer vers le documentaire et de devenir grand reporter. 

"Aujourd’hui, il est très rare de voir des équipes d'envoyés spéciaux à plusieurs sur le terrain. Les médias sont à la recherche de JRI pour limiter leurs dépenses et les risques. Le JRI dispose à lui seul de plusieurs compétences", soutient-elle. 


Charles Kolou est journaliste togolais spécialiste de l’environnement/climat et de l’agriculture. Passionné de la recherche scientifique et des thématiques relatives à l’économie, il a aussi un intérêt pour la santé. Il a été lauréat des Lauriers du journalisme d’impact 2020 du Togo et des ACCER Awards 2020.

Photo : Vanilla Bear Films, sous licence CC via Unsplash