Gérer son rôle de parent et son travail de journaliste durant la pandémie

parFabiana Santos
25 août 2020 dans Couvrir le COVID-19
Renata Feldmann et ses enfants

Depuis le début du COVID-19, gérer l'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale a été très difficile pour les journalistes. Ceux qui sont parents doivent gérer la fermeture des écoles, la distanciation sociale et le fait de travailler dans un époque morose.

"Le pire n'est pas d'être exposé à une overdose de mauvaises nouvelles et de souffrance mais de voir que beaucoup y sont aveugles et nient l'existence de la pandémie. Ils se mettent alors en danger ainsi que toute leur communauté, alors que toutes les informations sont disponibles", déplore Renata Feldmann, responsable éditoriale de GloboNews au Brésil.

Mme Feldmann continue de travailler à la rédaction mais doit maintenant suivre de nouveaux protocoles. "Quand j'arrive, je dois nettoyer l'ordinateur, le clavier, le téléphone, la chaise et mon casque audio", explique-t-elle. "Nous appliquons la distanciation physique ainsi les deux postes à côté de moi sont vides. Pour manger ou boire de l'eau, je dois quitter la rédaction et trouver un endroit isolé. Parfois, le masque rend la communication difficile mais il faut le porter."

Les journalistes qui travaillent à domicile depuis mars sont confrontés à d'autres défis. Pour beaucoup, leur charge de travail a augmenté alors que les limites entre le professionnel et le personnel sont devenues plus floues. "On reçoit des appels en permanence depuis WhatsApp, par mail ou par téléphone. Ma ligne directe fixe a été transférée à mon téléphone portable. Il n'y a plus de moyen de se déconnecter", raconte João Pimentel, attaché de presse pour la National Confederation of Industry (CNI).

Cris De Lamônica, attachée de presse du secrétariat des projets spéciaux au sein du Gouvernement du District Fédéral, dit qu'elle a perdu du poids et qu'elle souffre d'insomnie à cause de son nouveau régime professionnel. “Au début, c'était plus difficile car je travaillais les samedis et dimanches. Mon patron m'appelait souvent car il pensait que j'étais disponible comme j'étais à la maison. Il a fallu instaurer certaines limites", explique-t-elle. "Aujourd'hui, je ne travaille les week-ends que si c'est extrêmement urgent."

"Je ne travaille même plus en soirée," ajoute-t-elle. "Ma limite, c'est 19 h."

Cris Lamônica ajudando seu filho a estudar
La journaliste Cris De Lamônica aide son fils Bernardo avec l'école à distance.
Photo fournie par Mme De Lamônica.

Les journalistes qui sont parents ne parlent pas souvent de leurs difficultés liées à la parentalité, notamment car le journalisme est un secteur compétitif où les opportunités de croissance sont rares. Mais depuis la fermeture des écoles et la généralisation du télétravail, les enfants sont de plus en plus visibles durant les directs à la télévision ou pendant les réunions.

"Parfois, j'aide un journaliste, je suis sur un appel en visio ou en train d'écrire quelque chose quand ma fille m'appelle pour que je l'aide sur un sujet", explique M. Pimentel, qui est père de cinq enfants âgés d'un à 24 ans. Sa femme est récemment retournée travailler et ne peut pas télétravailler. Ainsi, même si M. Pimentel fait appel à une aide pour s'occuper des tâches ménagères, il doit donc gérer l'équilibre entre son travail et la gestion des enfants. Un retournement de situation car ce rôle retombe souvent sur les épaules des femmes.

Pour Mme Feldmann, qui a des enfants âgés de neuf et 13 ans, la mise en place de l'école à distance a été une difficulté en plus. "J'ai tendance à vouloir tout résoudre très vite, donc il faut que je me retienne de faire le travail à la place de mon fils cadet. Je trouve aussi qu'il est difficile de suivre les devoirs de manière digitale. Souvent, je me rends compte qu'il y a une liste de choses à faire que je n'ai simplement pas vue", raconte-t-elle.

Le côté positif du confinement avec des enfants

Le mari de Mme De Lamônica travaille aussi à la maison, et comme beaucoup de familles, ils ont dû acheter un ordinateur à leur fils de neuf ans.

"Au départ, il fallait surveiller mon fils en permanence pour qu'il se concentre, qu'il ne bidouille pas avec les fonctionnalités du chat pendant les classes virtuelles, qu'il ne joue pas avec son micro et dérange son institutrice", se souvient-elle. Mais elle a vite vu, à sa grande surprise, que les cours en ligne étaient plus efficaces que les cours en présentiel. "Bernardo est hyperactif et a du mal à se concentrer en classe à cause du bruit. A la maison, il est bien plus concentré et obtient de meilleures notes. Même notre relation s'est apaisée."

Ces trois journalistes limitent l'accès qu'ont leurs enfants aux actualités et choisissent plutôt de leur parler ouvertement de prévention du COVID-19 et de la sévérité de la maladie. Ils essaient aussi de tirer le maximum de la situation, en profitant du temps passé ensemble et des occasions de s'impliquer auprès d'eux d'une manière qui leur était impossible avant.

Pour la première fois de sa vie, M. Pimentel a pu préparer tous les repas avec ses enfants et jouer au ballon à la fin de la journée. "J'ai eu beaucoup plus de contact avec le plus petit", se réjouit-il. "Changer les couches, m'occuper du coucher..."

https://ijnet.org/sites/default/files/inline-images/15F78188-3D65-4E3C-B162-CAD6F583B741_1_201_a.jpeg

Garder sa famille occupée durant le confinement est difficile pour Mme Feldmann mais c'est l'occasion de passer du temps en famille. "On cuisine plus souvent ensemble, on lit ensemble, on invente des choses", dit-elle. "Bien sûr, on est de mauvaise humeur certains jours mais cet isolement facilite la proximité familiale. Cette co-habitation intense a plus de positifs que de négatifs."


Fabiana Santos vient du Brésil et vit à Washington. Elle est journaliste freelance, productrice audiovisuelle et gère le site Tudo sobre minha mãe.

Image principale : Renata Feldmann et ses deux enfants, fournie par Mme Feldmann.